Entre amitié et amour
- France Beaulieu
- 8 févr.
- 7 min de lecture
Dernière mise à jour : 14 mai
Chapitre 2: Partie 2
Samedi 25 octobre 2025 • 10h30

Même si le restaurant, Chez Mario, n'était pas très grand, il était bien connu de tous les habitants du village.
Situé en plein cœur de Saint-Antoine-de-Tilly, il avait cette ambiance réconfortante des restos de campagne : une clochette qui tintait à l’entrée, des banquettes en cuir rouge un peu usées par les années, et l’odeur du pain frais et des sauces mijotées qui se mêlait aux rires et aux conversations des habitués.
En poussant la porte, Éliane sentit tout de suite une chaleur familière l’envahir.
Ce resto, c’était le lieu des repas rapides après les matchs de handball, des fous rires entre amis et des milkshakes partagés. Elle aimait y venir, et aujourd’hui, ça lui semblait encore plus spécial.
Assis à une table du fond, Jacob les attendait.
Éliane leva les yeux au ciel, faussement exaspérée.
— Je comprends mieux pourquoi tu m’as sortie de la maison, dit-elle en jetant un regard à Camille. C’était pour rejoindre ton chum.
— Hé! protesta Camille en lui donnant un petit coup d’épaule. Jacob, lui aussi, voulait marquer le coup pour ton anniversaire.
Jacob se leva pour les accueillir. Ses cheveux noirs en bataille semblaient avoir été coiffés à la va-vite, comme s’il sortait d’un match, mais ça lui donnait un charme décontracté. Il portait sa veste d’équipe de football qui rappelait à tout le monde qu’il était capitaine.
— Joyeux anniversaire, Éli, dit-il d’une voix chaleureuse.
— Merci, Jacob, répondit-elle, un peu gênée.
Il lui tendit une petite boîte de bonbons acidulés, son péché mignon.
— Pour la reine du jour. Rien de grandiose, mais au moins, c’est sucré.
Éliane éclata de rire.
— Tu me connais trop.

Ils s’installèrent tous les trois sur la banquette du fond. Camille s’assit près de Jacob et posa doucement sa main sur la sienne. Un simple geste, mais qui en disait long. Ces deux-là s’aimaient... c’était une évidence.
Ensemble depuis un peu plus de deux ans, ils avaient d’abord été amis pendant longtemps… puis, un jour, Jacob avait pris son courage à deux mains pour lui demander de sortir avec lui.
Au début, Éliane avait ressenti une petite pointe de jalousie, mais elle comprit vite que le bonheur de sa meilleure amie comptait plus que tout, et que leur amitié n’avait rien à craindre.
Jacob se tourna ensuite vers Éliane.
— Alors, raconte-moi, ça fait quoi d’avoir seize ans? demanda-t-il.
Éliane réfléchit une seconde.
— J’ai l’impression que tout change, mais en même temps, rien ne change. C’est bizarre, non?
Jacob hocha la tête, lui qui avait atteint ses seize ans quelques mois plus tôt.
— Moi, à seize ans, mon père m'a seulement offert un vélo et une bonne tape dans le dos, dit-il en riant. Toi, je parie que tes parents te préparent quelque chose d’énorme.
Éliane leva un sourcil.
— Tu sais quelque chose que j’ignore?
Jacob échangea un regard rapide avec Camille, puis haussa les épaules.
— Moi? Non. Mais connaissant tes parents, ça doit être gros.
Éliane plissa les yeux, mais préféra changer de sujet.
Camille et Jacob commandèrent une assiette d’œufs et de petites patates, accompagnée de bons petits pains chauds faits maison, tandis qu’Éliane se contenta de son fameux chocolat chaud Spécial Mario, ayant déjà pris son petit-déjeuner à la maison.
— Tu pourras toujours piocher dans notre assiette si tu en veux, lui proposa Camille.
Quelques minutes plus tard, leur repas arriva, et le trio s’y attaqua avec appétit. Les conversations s’enchaînèrent : les prochains matchs de football et de handball, les devoirs de maths…
Entre deux bouchées et quelques éclats de rire, les filles commencèrent à se remémorer des souvenirs franchement inoubliables...
— Tu te souviens du pacte qu’on a fait à treize ans? lança Camille, à la surprise de tous.
— Oh non, les filles... pas le pacte... répondit aussitôt Jacob.
— Celui où on a juré que jamais un garçon ne nous séparerait? répondit Éliane, un sourire aux lèvres.
— Exact, confirma Camille.
Jacob grimaça en se tenant la poitrine.
— Ouch! Et moi, comme un idiot, j’ai dû passer votre fameux « test d’entrée » pour avoir le droit de sortir avec toi, dit Jacob, un peu embarrassé en repensant à ce jour.
Éliane partit d'un fou rire incontrôlable...
— Pauvre toi… tu venais d’avoir quoi… quatorze ans?! Tu fais ta grande demande à Camille, tout sérieux, et moi j’arrive comme ça, et j'te dis : si tu veux vraiment sortir avec ma meilleure amie, tu vas devoir passer le test d’entrée…
Elle se mit à rire encore plus fort.
— Tu aurais dû voir ta tête! Une vraie de vraie… et le plus fou, c’est que tu l’as réussi haut la main!
— Heureusement, soupira Jacob. Sinon, j’étais foutu.
— Allez, raconte encore ce que tu as dû faire! le taquina Camille.
Jacob leva les mains innocemment...
— D’abord, vous m’avez obligé à apprendre votre pacte par cœur. Ensuite, il fallait que je récite toutes vos bêtises secrètes sans rire… et crois-moi, ce n’était pas facile!
Les deux filles se penchèrent l’une vers l’autre, complices, comme si le secret ne devait être entendu que d’elles, et murmurèrent à l’unisson :
Pour nous, amies pour toujours,
L’amitié vaut plus que tous les amours.
Si l’une a un copain, l’autre devra l’accepter
Mais jamais un garçon ne pourra nous séparer.
— Arrêtez les filles, c’est trop… s’exclama Jacob en se bouchant les oreilles pour ne rien entendre.
— Attends, ce n’est pas fini! répondit Éliane.
— On ne doit surtout pas oublier la finale, ajouta Camille. C’est le bout le plus important…. Juste les deux dernières phrases, ça nous avait pris un temps fou à les écrire….
Éliane et Camille se mirent à réciter en chœur :
Et puis si un jour le doute frappe à la porte,
Notre amitié sera toujours la plus forte!
Jacob secoua la tête en riant :
— Sérieux, c’était ridicule… mais j’avoue que ça valait le coup. Pour sortir avec toi,
j’aurais même fait une chorégraphie en portant une jupe!
— Tellement adorable, dit Éliane, et les trois éclatèrent de rire une fois de plus, le cœur léger, complices comme toujours.
Après le repas, ils quittèrent le restaurant de bonne humeur. Dehors, le soleil était au rendez-vous et la température était étonnamment douce pour un 25 octobre.

Ils se dirigèrent vers le parc voisin. Les feuilles mortes formaient un tapis coloré sous leurs pas.
— J’adore l’automne, murmura Éliane. Toutes ces couleurs… C’est vraiment ma saison préférée!
Jacob ramassa soudain une poignée de feuilles et les lança sur les deux filles.
— Attrapez!
Surprises, Éliane et Camille ripostèrent aussitôt. Les rires fusèrent, attirant les regards amusés des passants. Essoufflés, ils finirent par s’asseoir sur un banc.
Camille et Jacob discutaient de tout et de rien, pendant qu’ Éliane semblait plongée dans ses pensées…
— Éliane? Tu es dans la lune… À quoi penses-tu? demanda Camille.
— Ou à qui penses-tu? ajouta Jacob, avec un sourire en coin.
— Arrêtez... j’étais occupée à vous écouter, se défendit Éliane en souriant, feignant l’ennui.
— Occupée… ou bien distraite par quelqu’un? ajouta Jacob.
— Bon, allez, avoue, lança Camille.
— Tu rougis chaque fois qu’on parle de Léo, insista Jacob en lui donnant un léger coup de coude.
Petite précision : Léo (le coéquipier de Jacob) fait partie des Tigers, l’équipe de football de l’école.
— Ça suffit, c’est ridicule! protesta Éliane.
— Ridicule? Non, réaliste, corrigea Jacob. Le bal de Noël approche, et si tu veux y aller accompagnée, faut te bouger avant que quelqu’un d’autre le fasse.
— Oui, et tu sais comment ça marche, renchérit Camille. Les filles qui traînent trop finissent toujours par se dire « si seulement… »
Éliane baissa les yeux, gênée. Son cœur battait plus vite rien qu’à entendre son nom.
— Je ne veux pas y penser, dit-elle. Et puis… aujourd’hui, c’est ma fête. Je voudrais juste profiter de cette journée, sans pression.
Camille échangea un regard entendu avec Jacob, puis haussa les épaules en adoucissant le ton.
— D’accord. Pas de plan amoureux aujourd’hui. Juste toi, nous, et… une balade.
— Une balade? répéta Éliane.
— Oui, proposa Camille avec un sourire mystérieux. Marcher un peu. Profiter de la journée…
Jacob se leva aussitôt.
— Excellente idée. Mais attention, Éliane, la prochaine fois qu’on reparle de Léo, on veut des détails croustillants.
Il lui fit un clin d’œil, et Éliane ria de bon cœur, son embarras déjà oublié.
Jacob consulta sa montre.
— Allez, il faut y aller.
— Allez où? demanda Éliane avec curiosité.
Ils quittèrent le parc, se dirigeant vers le village. Une curiosité grandissante s’empara d’Éliane ; Camille, elle, avançait d’un pas assuré, choisissant chaque rue comme si elle suivait un itinéraire déjà tracé.
— On va faire les boutiques? proposa Éliane. À la crèmerie?
Camille sourit, sans répondre.
L’impatience d’Éliane grandissait. Soudain, Jacob s’arrêta et sortit quelque chose de la poche de son manteau.
— J’ai pensé à apporter ça, dit-il en dépliant un bandeau noir.
— Quoi?! Vous êtes complètement fous, vous deux! s’exclama Éliane.
— Allez, embarque dans le jeu, dit Camille. De toute façon, ce n’est plus très loin.
— Fais-nous confiance, ajouta Jacob. Laisse-toi guider.
De mauvaise foi, Éliane soupira.
— Bon… d’accord. Mais si je me cogne quelque part, c’est votre faute.
Jacob lui banda les yeux, et Camille prit sa main. Ils marchèrent ainsi pendant une dizaine de minutes. Éliane tenta de reconnaître les sons autour d’elle : les voitures, les voix, les pas sur le trottoir… Puis Jacob s’arrêta.
— Stop. Ne bouge plus.
Éliane obéit. Elle tendit l’oreille… et soudain, une odeur familière vint chatouiller ses narines.
— Attendez… du maïs soufflé?

D'un geste rapide, Jacob retira le bandeau.
Éliane était là, devant le cinéma. L’odeur de maïs soufflé la fit sourire instantanément.
Une grande affiche colorée attira aussitôt son regard. DERNIÈRE CIBLE. C’était le film qu’elle rêvait de voir depuis des semaines.
— La représentation est à midi trente, annonça Camille.
— Le film dure environ deux heures, ajouta Jacob. On devrait sortir juste à temps pour rentrer chez toi.
Camille se tourna vers elle, ravie de sa surprise.
— Alors, Éliane… ça te tente?
— Et comment que ça me tente! répondit Éliane, folle de joie.
Elle les serra tous les deux dans ses bras.
— Quel… quel beau cadeau! s’écria-t-elle. Merci, merci, merci! Mon anniversaire n’a jamais été aussi parfait!
Deux heures plus tard, le trio ressortit de la salle, encore secoué par certaines scènes du film.
Mi-effrayés, mi-excités, ils reprirent le chemin de la maison d’Éliane, sans se douter que cette journée parfaite n’était qu’un prélude à quelque chose de beaucoup plus grand.
Fin de la partie 2
Ne pars pas trop loin... la partie 3 t'attend! 💚
France
👉 Tome 1


