Entre amitié et amour
- France Beaulieu
- 8 févr.
- 8 min de lecture
Dernière mise à jour : 22 févr.
Chapitre 2: Partie 2
Samedi 25 octobre 2025 • 10h30

Même si le petit restaurant du coin, Chez Mario, n'était pas très grand, il était bien connu de tous les habitants du village. Situé en plein cœur de Saint-Antoine-de-Tilly, il avait cette ambiance réconfortante des restos de campagne : une clochette qui tintait à l’entrée lorsque quelqu’un entrait, des banquettes en cuir rouge un peu usées par les années, et l’odeur du pain frais et des sauces mijotées qui se mêlait aux rires et aux conversations des habitués.
En poussant la porte, Éliane sentit tout de suite une chaleur familière l’envahir. Ce resto, c’était le lieu des repas rapides après les matchs de handball, des fous rires entre amis et des milkshakes partagés. Elle aimait y venir, et aujourd’hui, ça lui semblait encore plus spécial.
Assis à une table du fond, Jacob les attendait avec un sourire espiègle.
Éliane leva les yeux au ciel, faussement exaspérée.
— Je comprends mieux pourquoi tu m’as sortie de la maison, dit-elle à Camille. C’était pour rejoindre ton chum.
— Hey, protesta Camille en lui donnant un petit coup d’épaule. Pas seulement ! Jacob, lui aussi, voulait marquer le coup pour ton anniversaire.
Jacob se leva pour les accueillir. Ses cheveux noirs en bataille semblaient avoir été coiffés à la va-vite, comme s’il sortait d’un match, mais ça lui donnait un charme décontracté. Il portait sa veste d’équipe de football qui rappelait à tout le monde qu’il était capitaine. Ses yeux doux et son sourire franc le rendaient très attirant.
— Joyeux anniversaire, Éliane, dit-il d’une voix chaleureuse.
— Merci, Jacob, répondit-elle, un peu gênée mais souriante.
Il lui tendit une petite boîte de bonbons acidulés, son péché mignon.
— Pour la reine du jour. Rien de grandiose, mais au moins, c’est sucré.
Éliane éclata de rire.
— Tu me connais trop.
Ils s’installèrent tous les trois sur la banquette du fond. Camille s’assit près de Jacob et posa doucement sa main sur la sienne. Un simple geste, mais qui en disait long. Ces deux-là s’aimaient — c’était une évidence.
Ensemble depuis un peu plus de deux ans, ils avaient d’abord été amis pendant longtemps… puis, un jour, Jacob prit son courage à deux mains pour demander à Camille de sortir avec lui. Au début, Éliane ressentit une petite pointe de jalousie, mais elle comprit vite que le bonheur de sa meilleure amie avec Jacob était bien plus important, et qu’elle n’avait rien à craindre.
Jacob se tourna ensuite vers Éliane.
— Alors, raconte-moi, ça fait quoi de passer le cap des seize ans ? demanda-t-il.
Éliane réfléchit une seconde.
— J’ai l’impression que tout change, mais en même temps, rien ne change. C’est bizarre, non ?
Jacob hocha la tête, lui qui avait atteint ses seize ans quelques mois plus tôt.
— Moi, à seize ans, j’ai juste eu droit à un vélo et une tape dans le dos de mon père, dit-il en riant. Toi, je parie qu’ils te préparent quelque chose d’énorme.
Éliane leva un sourcil.
— Tu sais quelque chose que j’ignore ?
Jacob échangea un regard rapide avec Camille, puis haussa les épaules.
— Moi ? Non. Mais connaissant tes parents, ça doit être gros.
Éliane plissa les yeux, mais préféra changer de sujet.
Camille et Jacob commandèrent une assiette d’œufs et de petites patates, accompagnée de bons petits pains chauds faits maison, tandis qu’Éliane se contenta de son fameux chocolat chaud Spécial Mario, ayant déjà pris son petit-déjeuner à la maison.
— Tu pourras toujours piocher dans notre assiette si tu en veux, lui proposa Camille avec un sourire.
— Parfait ! Je te volerai peut-être un œuf alors… répondit Éliane en riant.
Quelques minutes plus tard, leur repas arriva, et le trio s’y attaqua avec appétit. Les conversations s’enchaînèrent : les prochains matchs de football et de handball, les devoirs de maths… Entre deux bouchées et quelques éclats de rire, les filles commencèrent à se remémorer des souvenirs qui les faisaient toujours sourire. C’est alors que Camille lança, avec un petit sourire complice :
— Tu te souviens du pacte qu’on a fait à treize ans ?
— Celui où on a juré que jamais un garçon ne nous séparerait ? répondit Éliane en éclatant de rire.
— Exact, confirma Camille.
Jacob grimaça en se tenant la poitrine.
— Ouch. Et moi, j’ai dû passer votre fameux « test d’entrée » pour avoir le droit de sortir avec toi, dit Jacob, un peu embarrassé en repensant à ce jour.
Éliane éclata de rire, les yeux pétillants :
— Pauvre toi… tu venais d’avoir quoi… quatorze ans ?! Tu fais ta grande demande à Camille, tout sérieux, et moi j’arrive comme ça, toute fière, et je te dis : si tu veux vraiment sortir avec ma meilleure amie, tu vas devoir passer le test d’entrée…
Elle se mit à rire encore plus fort.
— Tu aurais dû voir ta tête ! Une vraie de vraie… et le plus fou, c’est que tu l’as réussi haut la main !
— Heureusement, soupira Jacob. Sinon, j’étais foutu.
— Allez, raconte encore ce que tu as dû faire ! le taquina Camille.
Jacob leva les mains, faussement innocent.
— D’abord, vous m’avez obligé à apprendre votre pacte par cœur. Ensuite, il fallait que je récite toutes vos bêtises secrètes sans rire… et crois-moi, ce n’était pas facile !
Les deux filles se penchèrent l’une vers l’autre, complices, comme si le secret ne devait être entendu que d’elles, et murmurèrent à l’unisson :
« Pour nous, amies pour toujours,
L’amitié vaut plus que tous les amours.
Si l’une a un copain, l’autre devra accepter
Mais jamais un garçon ne pourra nous séparer. »
— Arrêtez les filles, c’est trop… s’exclama Jacob en se bouchant les oreilles pour ne rien entendre.
— Attends, ce n’est pas tout ! ajouta Éliane en mimant des gestes dramatiques.
— Tu as aussi dû traverser la cour de l’école en marchant à cloche-pied, avec un livre sur la tête, en chantant notre chanson secrète !
— Oh non… pas la chanson secrète… dit Jacob en se bouchant les oreilles encore plus fort.
Éliane et Camille éclatèrent de rire et se mirent à chanter en chœur :
🎵
Copines pour toujours, quoi qu’il arrivera,
Un copain peut venir, mais jamais il ne nous séparera !
On se dit tout, on se protège, c’est notre loi,
L’amitié d’abord, toujours, tu vois.
Et puis si un jour le doute frappe à la porte,
Notre amitié sera toujours la plus forte !
🎵
Jacob secoua la tête en riant :
— Sérieusement, c’était ridicule… mais j’avoue que ça valait le coup. Pour sortir avec toi,
j’aurais même fait une chorégraphie ridicule en tutu, s’il le fallait.
— Trop mignon, dit Éliane, et les trois éclatèrent de rire une fois de plus, le cœur léger, complices comme toujours.
Après le repas, ils quittèrent le restaurant de bonne humeur. Dehors, le ciel était clair et la température étonnamment douce pour un 25 octobre.

Ils se dirigèrent vers le parc voisin. Les feuilles mortes formaient un tapis coloré sous leurs pas, et le fleuve scintillait sous le soleil d’automne. Des enfants couraient en lançant des poignées de feuilles en l’air.
— J’adore l’automne, murmura Éliane. On dirait que tout brille avant de s’endormir.
— C’est ma saison préférée, répondit Camille. Ça me donne l’impression que tout est possible.
Jacob ramassa soudain une poignée de feuilles et les lança sur les deux filles.
— Attrapez !
Surprises, Éliane et Camille ripostèrent aussitôt. Les rires fusèrent, attirant les regards amusés des passants. Essoufflés, ils finirent par s’asseoir sur un banc.
Camille et Jacob discutaient de tout et de rien, mais Éliane semblait plongée dans ses pensées…
— Éliane ? Tu es dans la lune ? À quoi penses-tu ? demanda Camille.
— Ou à qui penses-tu ? ajouta Jacob, avec un sourire en coin.
— Hé, j’étais occupée à vous écouter, se défendit Éliane en souriant, feignant l’ennui.
— Occupée… ou bien distraite par quelqu’un ? ajouta Jacob avec un sourire coquin.
— Bon, allez, avoue, lança Camille.
— Tu rougis chaque fois qu’on parle de Léo, insista Jacob en lui donnant un léger coup de coude.
Léo était le coéquipier de Jacob. Tous deux faisaient partie des Tigers, l’équipe de football de l’école.
— Arrêtez, c’est ridicule ! protesta Éliane.
— Ridicule ? Non, réaliste, corrigea Jacob. Le bal de Noël approche, et si tu veux y aller accompagnée, faut te bouger avant que quelqu’un d’autre le fasse.
— Oui, et tu sais comment ça marche, renchérit Camille. Les filles qui traînent trop finissent toujours par se dire « si seulement… »
Éliane baissa les yeux, gênée. Son cœur battait plus vite rien qu’à entendre son nom.
— Je ne veux pas y penser, dit-elle dans un souffle. Et puis… aujourd’hui, c’est ma fête. Je voudrais juste profiter de cette journée, sans pression.
Camille échangea un regard entendu avec Jacob, puis haussa les épaules en adoucissant le ton.
— D’accord. Pas de plan amoureux aujourd’hui. Juste toi, nous, et… une balade.
— Une balade ? répéta Éliane.
— Oui, proposa Camille avec un sourire mystérieux. Marcher un peu. Digérer. Profiter de la journée…
Jacob se leva aussitôt.
— Excellente idée. Mais attention, Éliane, la prochaine fois qu’on reparle de Léo, on veut des détails croustillants.
Il lui fit un clin d’œil. Éliane éclata de rire malgré elle, son embarras déjà oublié.
Camille détourna le regard. Jacob consulta sa montre.
— Allez, il faut y aller.
— Allez où ? demanda Éliane avec curiosité.
Ils quittèrent le parc et reprirent leur marche vers le village. Une curiosité grandissante s’empara d’Éliane ; Camille, elle, avançait d’un pas assuré, choisissant chaque rue comme si elle suivait un itinéraire secret.
— On va faire les boutiques ? proposa Éliane.
— On va à la crèmerie ?
Camille sourit, sans répondre.
L’impatience d’Éliane grandissait. Soudain, Jacob s’arrêta et sortit quelque chose de la poche de son manteau.
— J’ai pensé à apporter ça, dit-il en dépliant un bandeau noir.
— Quoi ?! Vous êtes complètement fous, vous deux ! s’exclama Éliane.
— Allez, embarque dans le jeu, dit Camille. De toute façon, ce n’est plus très loin.
— Fais-nous confiance, ajouta Jacob. Laisse-toi guider.
De mauvaise foi, Éliane soupira.
— Bon… d’accord. Mais si je me cogne quelque part, c’est votre faute.
Jacob lui banda les yeux, et Camille prit sa main. Ils marchèrent ainsi pendant une dizaine de minutes. Éliane tenta de reconnaître les sons autour d’elle : les voitures, les voix, les pas sur le trottoir… Puis Jacob s’arrêta.
— Stop. Ne bouge plus.
Éliane obéit. Elle tendit l’oreille… et soudain, une odeur familière vint chatouiller ses narines.
— Attendez… du maïs soufflé ?

Jacob éclata de rire et, d’un geste rapide, retira le bandeau. Devant elle, le cinéma s’illumina, et l’odeur de maïs soufflé la fit sourire instantanément. Juste devant elle, une grande affiche colorée attira aussitôt son regard.
DERNIÈRE CIBLE
C’était le film qu’elle rêvait de voir depuis des semaines.
— La représentation est à midi trente, annonça Camille.
— Le film dure environ deux heures, ajouta Jacob. On devrait sortir juste à temps pour rentrer chez toi.
Camille se tourna vers elle, un sourire aux lèvres.
— Alors, Éliane… ça te tente ?
— Et comment que ça me tente ! répondit Éliane, folle de joie.
Elle les serra tous les deux dans ses bras.
— Quel… quel beau cadeau ! s’écria-t-elle. Merci, merci, merci ! Mon anniversaire n’a jamais été aussi parfait !
Deux heures plus tard, le trio ressortit de la salle, encore secoué par certaines scènes du film. Mi - effrayés, mi - excités, ils reprirent le chemin de la maison d’Éliane, sans se douter que cette journée parfaite n’était qu’un prélude à quelque chose de beaucoup plus grand.
Fin de la partie 2
Ne pars pas trop loin... la partie 3 t'attend ! 💚
France
👉 Tome 1


