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La malle et ses vérités enfouies

  • Photo du rédacteur: France Beaulieu
    France Beaulieu
  • il y a 23 heures
  • 6 min de lecture

Chapitre 3: Partie 2


Samedi 25 octobre 2025 • 23h15

Le grenier était plongé dans l’obscurité, éclairé seulement par une vieille ampoule suspendue au plafond. L’air sentait la poussière et le bois ancien.


Un craquement retentit derrière elle.


Elle se figea.


Ses doigts se resserrèrent autour de la clé.


Son regard fit rapidement le tour de la pièce : les poutres fendues, les boîtes empilées de travers, les vieux cadres couverts de poussière.


Rien ne bougeait.


Elle inspira profondément, puis tourna les yeux vers la malle.


Elle était là, au milieu du grenier. Immobile.


Un mélange étrange la traversa : peur, curiosité, impatience.


Est-ce que je veux vraiment savoir ?


Et si je regrette ?


Elle ferma les yeux une seconde. Revit le visage de sa mère, les larmes, la voix cassée. Les mains de son père qui tremblaient un peu. Le ruban doré, les mots gravés : À ma fille adorée.


Pourquoi avoir attendu seize ans pour lui révéler la vérité ?


Pourquoi m’avoir gardée dans l’ignorance pendant si longtemps ?


Tant de questions se bousculaient dans la tête d’Éliane… Ses pensées s’embrouillaient, glissant entre la colère et l’incompréhension.


Elle inséra la clé.


Un déclic sec retentit.


Éliane retint sa respiration.


Elle souleva le couvercle lentement. Le bois grinça légèrement sous ses doigts.


Une odeur de vieux papier et de laine monta jusqu’à elle.


Son cœur battait vite. Beaucoup trop vite.


À l’intérieur, tout était soigneusement rangé.


Un petit pyjama rose. Son pyjama.


Elle le porta instinctivement à son nez, comme pour y chercher un souvenir.



Juste à côté, il y avait une couverture beige, décorée de petites fleurs roses brodées, reliées par de fines feuilles vert pâle.


Éliane passa lentement sa main dessus.


Elle était incroyablement douce… presque réconfortante.



Posé juste derrière la couverture, bien en évidence sur le dessus de la malle, se trouvait un petit bonnet rose pâle. Minuscule. Soigneusement plié.


Elle le prit délicatement entre ses doigts et le retourna.


À l’intérieur, cousue à l’aide d’un fil argenté, une inscription apparaissait :

« Pour Éliane — Première-née — ouvre la voie. »


Éliane se figea.


Première-née ?


Le mot résonna dans sa tête, lourd, étrange…


Première-née… ça voulait dire qu’il y en avait une deuxième… peut-être une troisième.


Son estomac se noua.



Puis elle aperçut un cadre. Elle le sortit avec précaution, soufflant légèrement pour chasser la poussière.


Sur l’image, cinq bébés étaient assis côte à côte.


Cinq bébés identiques ?!


— Non… c’est impossible…


Ses yeux parcouraient frénétiquement les visages ronds, les mêmes yeux, les mêmes joues, les mêmes petites mains posées sur leurs genoux.


— Laquelle… laquelle suis-je ?


Son doigt glissa doucement sur le verre froid.


— C’est toi… ? Ou toi… ?

Aucune différence. Aucun indice.


— Première-née… murmura-t-elle à voix basse. Je suis née la première. Je suis l’aînée…


— Et ça veut dire quoi, « ouvre la voie » ?


Une confusion profonde s’installa en elle, lente et déroutante.


Elle retourna la photo.


Au dos : « Mes trésors, unies par le sang et le destin. »


Elle n’avait jamais été enfant unique...


Le sol sembla se dérober sous elle.



Elle s’assit, la photo serrée contre sa poitrine, puis son regard tomba sur un carnet en cuir brun.

« Ce carnet, ma mémoire… »


Prenant une profonde inspiration, elle détacha l’élastique et ouvrit le carnet. La première page retint immédiatement son attention…


***


Cher lecteur,


Ici, le temps s’arrête un instant.


Ce carnet s’ouvre sur des vérités que même Éliane ignore encore. En tournant ces pages, nous remonterons vingt ans en arrière, jusqu’en 2005 — bien avant sa naissance.


C’est le passé de sa mère que tu t’apprêtes à découvrir, un fragment de vie précieux, empreint de secrets et d’émotions.


Ce retour en arrière nous aidera à comprendre ce qui, bientôt, bouleversera le présent.


***


1er Janvier 2005


Moi, Amélia, je commence aujourd’hui à me confier à toi, mon cher carnet. Je te confierai mes chagrins, mes joies, mes espoirs et mes peurs. Je ne sais pas encore ce que la vie me réserve, mais je veux que tu sois là, silencieux et fidèle, pour tout garder.


Éliane sentit son souffle se faire plus court.


Elle s’assit, et commença à tourner les pages.


25 mars 2009


Après tant d’années d’essais infructueux, je n’espérais plus devenir mère. Chaque échec avait laissé une cicatrice dans mon cœur. Puis, un miracle : je suis enceinte !



25 octobre 2009


C’est le grand jour ! Je vais bientôt donner naissance à mon enfant… Enfin ! Une fille… un garçon ? Peu importe… ce qui compte, c’est que mon bébé soit en santé.



26 octobre 2009


Mon accouchement s’est merveilleusement bien passé. Ma mère avait deviné qu’il n’y avait pas qu’un seul enfant… Elle me racontait que, dès qu’elle avait vu la taille de mon ventre, elle avait pensé : « C’est impossible que ma fille n’attende qu’un seul bébé… ce doivent être des jumeaux ! » Mais peux-tu imaginer ma stupéfaction quand j’ai réalisé qu’il n’y avait pas un, ni deux, ni trois… mais bien cinq enfants ! Cinq bébés en parfaite santé. Mon cœur de mère débordait d’émerveillement.


Éliane posa sa main sur sa bouche, submergée par l’émotion.


Sa mère, si heureuse d’accueillir cinq petites filles…


Mais qu’avait-il bien pu se passer pour que tout bascule après ça ? pensa Éliane.



25 décembre 2009


C’est Noël. Aujourd’hui, mes chéries ont deux mois, et nous allons vivre notre tout premier réveillon de Noël. Mon cœur déborde de bonheur à les voir toutes les cinq, si petites, si fragiles. Leurs rires, leurs gazouillis et leurs petits doigts serrés sur les miens remplissent la maison d’une chaleur que rien d’autre ne pourrait égaler. Chaque sourire, chaque mouvement me rappelle combien elles sont précieuses, et je n’ai qu’une envie : les serrer contre moi encore et encore, savourer chaque instant de ce miracle de Noël.



26 décembre 2009


Hier soir, pendant que nous fêtions Noël, il s’est passé des choses étranges. Des objets semblaient changer de place tout seuls. J’ai d’abord cru que j’avais mal vu, mais ensuite Clara, ma petite Clara, qui dormait paisiblement dans son berceau, s’est retrouvée dans notre lit. Personne ne l’avait touchée. Lyla, ma petite colérique, s’est mise à hurler comme jamais. Rien de ce qu’on faisait ne la calmait… jusqu’à ce qu’Olivia la regarde calmement. Et aussitôt, elle s’est calmée. C’est à ce moment que j’ai compris. Mes filles ont hérité de…


Éliane remarqua que le bas de la page avait été arraché, et la suite restait un mystère…


Que pouvait bien cacher ces derniers mots ?


Elle passa ses doigts sur le papier déchiré, presque comme pour sentir ce que sa mère avait voulu lui transmettre.


Puis, prenant une grande inspiration, elle tourna la page suivante.


Elle devait savoir.


Chaque parcelle de ce carnet pourrait la rapprocher de la vérité…



25 janvier 2010


Aujourd’hui, j’ai dû prendre la décision la plus difficile de toute ma vie. Pour protéger mes chéries, je dois les confier à l’orphelinat. Cet endroit leur procurera protection et sécurité, même si mon cœur de mère se brise à l’idée de les laisser partir. Comment pourrais-je supporter de ne pas les tenir contre moi, de ne pas entendre leurs rires ou leurs petits cris de colère ? L’idée de les laisser entre les mains d’inconnus me déchire, mais je sais, au fond de moi, que c’est ce qu’il y a de mieux pour elles.


L’écriture se faisait précipitée, tremblante :


Mes petites filles si spéciales… un monde qui n’est pas encore prêt à les accepter. Je dois les confier à des mains sûres, chacune dans un foyer différent, pour leur sécurité. La Maison d’Éryndor veillera sur elles. Et même si la douleur me déchire, j’espère qu’un jour elles se retrouveront… car leur lien sera le salut de notre monde.


Éliane pouvait presque sentir la détresse et l’amour immense de sa mère à travers les lignes.


Et puis… plus rien.


Les pages suivantes étaient vides, comme si, à la dernière minute, sa mère avait refermé le carnet et décidé de le glisser dans la malle.


La dernière page, griffonnée à la hâte, révélait tout l’amour et le désespoir de sa mère :


Mes filles, je vous laisse mon carnet. À travers ces pages, je vous transmets une partie de ma vie. J’espère qu’il vous aidera à comprendre ma décision… et qu’un jour, vous pourrez me pardonner. Mon seul désir : vous retrouver un jour.


Avec tout mon amour — Maman



Éliane resta immobile un long moment, le carnet serré contre elle.


Chaque mot, chaque ligne, chaque date venait de révéler un pan de vérité qu’elle n’aurait jamais imaginé.


Peu à peu, elle reprit son souffle... puis referma le carnet.


C’est là qu’elle vit le symbole, en haut à droite : un cercle finement dessiné, avec cinq feuilles en son centre, soutenues par une seule tige.


Et ce nom : Maison d’Éryndor.


Étrange… mystérieux… inquiétant.


Éliane se tourna à nouveau vers la malle.


Qu’est-ce qu’elle pouvait encore lui cacher ?


À l’intérieur, tout au fond, elle y découvrit des souvenirs soigneusement conservés : un hochet au nom d’ Olivia, une bavette avec le nom de Clara, une petite doudou jaune portant le nom de Stella, et un ourson en peluche au nom de Lyla.


Puis, son regard fut attiré vers un objet : un parchemin enroulé et attaché d’une ficelle rouge.

Le cœur battant, elle s’assit sur le plancher du grenier, les jambes repliées contre elle, et déroula lentement la ficelle…


Fin de la partie 2


👉 Tome 1

 
 

Merci de voyager à travers les mots avec moi !

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