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  • Photo du rédacteur: France Beaulieu
    France Beaulieu
  • 17 août
  • 7 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 3 jours

Chapitre 8: Partie 1


Mardi 28 octobre 2025 • 15 h 00


— Olivia… tu es ma sœur.


Ces quatre mots semblèrent arrêter le temps.


Olivia recula d’un pas. Son regard passa du visage d’Éliane à la broche qu’elle tenait toujours dans sa main. Le saphir bleu venait de cesser de scintiller, tout comme le rubis du médaillon d’Éliane.

Olivia secoua vivement la tête.


— Non, c’est impossible. Il doit y avoir une erreur.


Éliane se leva et fit un pas dans sa direction, mais s’arrêta aussitôt. Elle voyait bien qu’Olivia était complètement bouleversée.


— Olivia, je sais que c’est beaucoup à encaisser. J’ai tellement de choses à te raconter.


Les deux adolescentes échangèrent un long regard. Il n’y avait ni colère ni méfiance dans les yeux d’Olivia. Seulement une immense confusion.


— Depuis mon anniversaire, je me pose plein de questions. Cette lettre… la clé… je sentais que quelque chose allait arriver, mais jamais… jamais je n’aurais imaginé ça, dit-elle d’une voix tremblante.


Olivia sembla hésiter quelques secondes avant d’ajouter :


— Tu peux venir me rejoindre dans ma chambre dans une heure?


— Quoi? Tu habites ici?


— Oui. Chambre 420. J’ai juste besoin d’un peu de temps toute seule.


— D’accord. Prends ton temps. Je viendrai te rejoindre dans une heure.


Sans ajouter un mot, Olivia se retourna et se dirigea lentement vers l’auberge.


Éliane la suivit du regard jusqu’à ce que les grandes portes vitrées se referment derrière elle. Elle resta seule au milieu du jardin.



Une heure plus tard…


Éliane monta jusqu’au quatrième étage. Arrivée devant la chambre 420, elle frappa délicatement. Trois petits coups. La porte s’ouvrit sur Olivia qui se tenait devant elle, ses yeux légèrement rougis.


— Salut.


— Salut, répondit Éliane, un peu gênée.


Olivia s’écarta pour la laisser entrer.


— Entre.


La chambre était magnifique. De grandes fenêtres donnaient directement sur le fleuve. Les murs étaient recouverts de boiseries chaleureuses et, au centre de la pièce, un immense lit à baldaquin occupait presque tout l’espace.


— Wow! C’est vraiment beau ici.


Olivia laissa échapper un petit rire.


— Mes grands-parents appellent ça leur chambre de princesse.


— Je comprends pourquoi.


Éliane regarda la vieille commode près du lit. Une photographie, posée à côté de la petite lampe, attira son attention.


Olivia suivit son regard et sourit.


— Cette photo-là… c’est probablement l’un de mes plus beaux souvenirs d’enfance.



Elle s’approcha de la commode et prit le cadre entre ses mains.


— C’était pendant une fin de semaine de ski de fond. Mes parents réservaient toujours une chambre dans un petit chalet près des pistes. On partait le vendredi soir et on restait là-bas jusqu’au dimanche.


Elle regarda la photo avec tendresse.


— Ce matin-là, il faisait vraiment froid. Genre… moins vingt! Mon père, lui, était super content. Pour lui, c’était une température parfaite pour skier.


Éliane sourit.


— Sérieux?


— Oui! Il répétait chaque fois : « Une belle journée de ski comme on les aime! » Moi, je trouvais surtout que j’allais perdre mes doigts et mes orteils!


Éliane rit.


— Ça devait être quelque chose!


— Après le ski, on retournait au chalet complètement gelés. On se faisait un bon chocolat chaud, puis on s’installait tous les trois près du feu. C’était simple, mais j’adorais ces moments-là.


Olivia baissa les yeux vers la photographie.


— Quand je regarde cette photo, je me souviens surtout de ça… On était ensemble. On était heureux.


Son sourire disparut peu à peu.


— Mais… tout a changé quand j’ai eu douze ans.


— Comment ça? demanda Éliane, sentant que quelque chose de grave s’était passé.


— C’est arrivé le soir de la Saint-Valentin… Mes parents avaient une petite tradition. Chaque année, ils allaient manger dans le même restaurant italien à Baie-Saint-Paul.


Elle eut un petit sourire triste.


— Ils réservaient toujours la même table. Ma mère adorait ça. Elle disait que ça lui rappelait leur premier rendez-vous.


Olivia prit une grande inspiration avant de poursuivre.


— Mais cette année-là, il y avait une grosse tempête. Les routes étaient glacées. En revenant, un conducteur qui avait trop bu a perdu le contrôle de sa voiture.


Son sourire disparut.


— Il les a frappés de plein fouet.


Elle s’arrêta quelques secondes.


— Ils sont morts sur le coup.


Éliane sentit son cœur se serrer.


— Olivia…


Olivia secoua doucement la tête.


— J’étais à la maison avec une amie parce qu’on devait terminer un projet pour l’école. Elle est repartie vers huit heures. Je me souviens qu’environ trente minutes plus tard, quelqu’un a frappé à la porte.


Sa voix se fit plus fragile.


— Je me souviens encore des policiers. Il y avait de la neige partout sur leur manteau.


Elle serra un peu plus fort le cadre.


— Ils m’ont demandé si j’étais Olivia Bélanger.


Elle avala difficilement.


— Puis… ils m’ont annoncé que mes parents étaient morts.


Un silence lourd de sens s’installa dans la chambre.


— Au début, j’ai même pas pleuré, continua Olivia. Je comprenais rien. Je les regardais parler et… j’avais l’impression qu’ils parlaient de quelqu’un d’autre.


Éliane s’approcha doucement et posa une main sur la sienne.


Olivia ne la retira pas.


— Après, tout est allé super vite. Comme j’étais mineure, une travailleuse sociale s’est occupée de moi. Mais mes grands-parents, les parents de ma mère, n’ont jamais hésité. Pour eux, il était hors de question que j’aille vivre ailleurs. Ils m’ont dit : « Tu viens vivre avec nous. Point final. »


Éliane, attristée, avait les yeux humides.


— Mais les premiers mois… je faisais des cauchemars presque toutes les nuits. Je me réveillais en sursaut, convaincue que j’avais entendu la porte d’entrée s’ouvrir. Je pensais vraiment que mes parents étaient revenus. Mais ensuite, je me rappelais qu’ils ne reviendraient pas…


Elle essuya rapidement une larme.


— Puis, quand je suis allée vivre chez mes grands-parents, j’ai changé d’école. J’ai perdu mes amis, mes habitudes… toute ma vie avait changé d’un coup.


— Ça devait être vraiment difficile… murmura Éliane.


— T’as même pas idée à quel point ça m’a fait mal… J’avais l’impression d’avoir tout perdu.


Elle resta silencieuse quelques secondes, puis son regard se posa sur la commode.


— Tu vois cette photo?



Éliane suivit son regard. Sur la photographie, Olivia se tenait devant une pierre tombale, un bouquet de fleurs dans les mains.


— C’est au cimetière? demanda Éliane.


Olivia hocha la tête.


— Oui. C’est moi avec mes grands-parents.


Éliane observa la photo plus attentivement.


— Madeleine et Georges sont… tes grands-parents?


Olivia sourit.


— Eh oui… les meilleurs grands-parents au monde. Chaque été, on va porter des fleurs sur la tombe de mes parents.


— Vous faites ça tous les ans?


— Oui. C’est devenu notre petit rituel.

Éliane la regarda avec curiosité.


— Pourquoi?


Olivia passa doucement son doigt sur le bord du cadre.


— Je sais pas trop comment l’expliquer… J’ai juste peur de les oublier… Leur voix. Leur rire. Leur visage.


Sa voix trembla.


— J’ai peur qu’un jour, je me rappelle moins bien d’eux.


Elle regarda encore une fois la photo, puis la reposa délicatement sur la commode.


— Heureusement que mes grands-parents sont là. L’année dernière, ils ont décidé de réaliser un vieux rêve.


— Lequel?


— Passer leur retraite sur l’Isle-aux-Coudres.


Elle regarda autour d’elle.


— C’est pour ça qu’ils ont acheté cette auberge.


Éliane ouvrit de grands yeux.


— Sérieux? C’est eux, les propriétaires?


— Ouais.


— Et toi, tu travailles ici?


— Comme serveuse.


— Ça doit être spécial de travailler avec tes grands-parents.


Olivia leva les yeux au ciel avec un sourire.


— Spécial? Ouais… surtout quand ils me donnent des ordres comme si j’avais encore douze ans!


Éliane éclata de rire.


— Ah! Je te comprends tellement!


Olivia sourit, puis son expression devint plus sérieuse.


— Tu sais… après l’accident, mes grands-parents m’ont fait voir une psychologue.


— Ça t’a aidée?


— Ouais. Vraiment. Ça m’a pris du temps, mais j’ai fini par retrouver une vie normale.


Olivia marqua une pause.


— Et là, tout d’un coup… j’apprends que j’ai une sœur. Et même quatre!


Éliane eut un petit sourire.


— J'avoue... c’est complètement fou, tout ça. Mais je suis vraiment contente de t’avoir trouvée. Pour être honnête, chercher toute seule la vérité, ça devenait vraiment lourd. Maintenant… je me sens moins seule.


Dehors, le soleil commençait à descendre doucement sur le fleuve.


— Olivia…


— Oui?


— Il y a encore quelque chose que je dois te montrer.


Éliane ouvrit son sac à dos et en sortit un vieux parchemin soigneusement plié.


Olivia le regarda, intriguée.


— C’est quoi?


— Une lettre. Lis-la.


Olivia prit le parchemin avec précaution. Le papier était fragile et jauni par le temps.


Elle commença à lire.


Au début, elle resta silencieuse. Peu à peu, son expression changea. La surprise laissa place à l’incompréhension, puis à la tristesse.


— C’est… notre mère qui a écrit ça?


— Oui.


Olivia resta silencieuse, touchée par ce qu'elle venait de lire. Une larme glissa sur sa joue. Elle l’essuya rapidement du revers de la main.


— Alors… elle nous a séparées pour nous protéger?


Éliane hocha doucement la tête.


— C’est ce que je crois.


Elle fouilla une nouvelle fois dans son sac et sortit une vieille photographie dans un cadre usé.


— Et il y a encore autre chose. Regarde.


Olivia prit le cadre et examina la photo.


— C’est…


Les mots restèrent coincés dans sa gorge.


— Oui, répondit doucement Éliane. C’est nous.


Olivia passa lentement son doigt sur la photographie.


— Moi qui pensais avoir perdu toute ma famille… et finalement, j’ai quatre sœurs.


Éliane sentit ses yeux se remplir de larmes.


— On a été séparées pendant tellement longtemps…


Olivia regarda encore la photo, puis releva les yeux vers Éliane.


— Et les autres?


— Je ne les ai pas encore trouvées.


Olivia observa les cinq petites filles sur la photo. Elle secoua la tête, puis releva les yeux vers Éliane. Quelque chose dans son regard avait changé. Pour la première fois, elle semblait vraiment commencer à croire à toute cette histoire.


Olivia se leva et s’approcha de la fenêtre. Elle resta un moment à regarder le fleuve.


— Éliane… quand je suis arrivée ici après la mort de mes parents, j’avais besoin d’un endroit où aller quand ça devenait trop difficile. Je l’ai découvert un peu par hasard. C’est pas très loin d’ici.


Olivia enfila son manteau.


— C’est un vieux phare abandonné.


Éliane la regarda, surprise.


— Un phare?


Olivia sourit légèrement.


— Je sais… ça paraît bizarre, mais j’aime vraiment être là-bas. Il n’y a presque jamais personne et… je sais pas. Je me sens bien quand je suis là.


Elle se tourna vers Éliane.


— Je pense que c’est l’endroit parfait pour continuer notre conversation.


Éliane attrapa son manteau.


— D’accord. Je te suis.



Avant de partir, Olivia déposa soigneusement la photo des cinq bébés sur la commode.


Elle avait encore mille questions dans la tête. Elle ne savait pas encore quoi penser de tout ça.


Mais au moins, maintenant, elle se sentait prête à faire face à la vérité.


Fin de la partie 1.


Au vieux phare, une nouvelle révélation pourrait bien tout changer... La suite risque bien te surprendre!


Bonne lecture ! 💛


France




👉 Tome 1


 
 

Merci de voyager à travers les mots avec moi !

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