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Les deux clés

  • Photo du rédacteur: France Beaulieu
    France Beaulieu
  • 3 août
  • 7 min de lecture

Dernière mise à jour : 17 août

Chapitre 7: Partie 3


Mardi 28 octobre 2025 • 9 h 50


— Bonjour! Est-ce que tout est à votre goût?


Éliane, perdue dans ses pensées, avait à peine touché à son assiette. Assise près de la fenêtre de la salle à manger de l’Auberge du Toit Grenat, elle regardait distraitement le paysage lorsqu’elle entendit cette voix…


Pas de doute… c’était bien elle.


Éliane leva lentement la tête. Devant elle se tenait Olivia, sa sœur.


Elle ouvrit légèrement la bouche, mais aucun son ne sortit. Les mots restèrent coincés dans sa gorge.


De son côté, Olivia remarqua son étrange réaction. Elle baissa les yeux et aperçut une clé dorée qui pendait au cou d’Éliane. Au centre de celle-ci brillait un petit rubis rouge.


Le visage d’Olivia devint livide.


D’un geste contrôlé, elle glissa ses doigts sous sa chemise et en sortit doucement une chaîne qu’elle gardait dissimulée contre elle. Au bout pendait une clé identique à celle d’Éliane, mais… en son centre brillait une pierre d’un bleu profond.


Pendant quelques secondes, plus rien n’exista autour d’elles.


Deux clés.


Deux jeunes filles.


Deux histoires qui semblaient soudainement liées.


Éliane avait l’impression que le monde autour d’elle venait de s’arrêter. Elle ne savait plus quoi dire ni comment réagir.


Elle réussit finalement à murmurer :


— Bonjour… je m’appelle Éliane.


Les deux filles restèrent là, sans bouger, incapables de détourner le regard, puis une voix

provenant d’une table voisine brisa le moment.


— Mademoiselle? L’addition, s’il vous plaît.


La voix du client ramena Olivia à la réalité. Elle se redressa légèrement, encore troublée par ce qu’elle venait de voir.


— Oui… bien sûr, dit-elle d’une voix hésitante.


Elle se tourna vers la table voisine, prit quelques secondes pour déposer l’addition, puis revint vers Éliane.


Sa voix était basse.


— Je termine mon service à treize heures.


Elle regarda rapidement autour d’elles. Personne ne semblait avoir remarqué quoi que ce soit.


— Derrière l’auberge… près du vieux saule. Au bord de l’eau.


Elle hésita.


— On pourra parler tranquillement.


Éliane hocha doucement la tête.


— J’y serai.


Les trois heures suivantes furent les plus longues de toute la vie d’Éliane.


Elle essaya de lire dans le salon de l’auberge. Elle relut la même page cinq fois sans comprendre un seul mot. Elle referma finalement son livre.


Elle sortit marcher sur le quai, espérant que l’air frais de l’automne lui permettrait de calmer un peu son esprit. Pendant quelques minutes, elle observa le fleuve en silence, tentant de se concentrer sur le paysage qui s’étendait devant elle et d’oublier ce qui l’attendait. Mais c’était peine perdue.


Elle revint dans l’auberge, incapable de rester en place. Elle s’installa quelques instants près du foyer, laissant son regard errer sur les clients qui entraient et sortaient. Au bout d’un certain temps, elle regarda l’heure.


12 h 05.


Encore trop tôt.


Elle soupira. Elle avait l’impression que chaque minute durait une éternité.


12 h 15.


12 h 30.



Incapable d’attendre plus longtemps, Éliane se dirigea finalement vers la réception. Derrière le comptoir, Madeleine discutait avec un homme au sourire chaleureux.


— Ah! Bonjour Éliane. Tu cherches quelque chose? demanda-t-elle avec gentillesse.


Éliane lui adressa un petit sourire, légèrement embarrassée.


— Non… enfin, pas vraiment. Je crois que j’avais simplement besoin de bouger un peu.


L’homme à ses côtés acquiesça d'un air entendu.


— Rien de mieux qu’une bonne marche pour remettre ses idées en place, dit-il d’un ton enjoué.


Madeleine se tourna vers lui.


— Éliane, je te présente mon mari, Georges. Georges, voici Éliane, une charmante jeune fille qui voyage seule.


— C’est votre première visite à l’Isle-aux-Coudres? demanda-t-il.


— Oui, c’est ma première fois. Franchement, c’est vraiment beau ici, répondit Éliane spontanément.


Madeleine eut un petit rire.


— L’île a une façon particulière de toucher les gens.


— Qu’est-ce qui vous amène ici, jeune demoiselle? demanda Georges avec curiosité.


Madeleine remarqua immédiatement la légère hésitation d’Éliane.


— Georges, n’embête pas Éliane avec tes questions…


Pourtant, la question était simple, mais Éliane hésitait. Elle ne pouvait évidemment pas leur raconter toute son histoire.


— Disons que je suis venue chercher des réponses, dit-elle simplement.


Madeleine l’observa quelques secondes, comme si elle comprenait plus qu’elle ne le laissait paraître.


— Alors tu es peut-être arrivée au bon endroit.


Il y avait quelque chose dans la voix de cette femme, dans sa façon de la regarder, qui apportait à Éliane un étrange sentiment de sécurité.


Madeleine regarda par la fenêtre vers le fleuve.


— Tu sais Éliane… cette île est remplie d’histoires. Certaines familles y vivent depuis plusieurs générations. Elles ont vu passer les saisons, les tempêtes… et bien des secrets.


— Wow… c’est fou de penser que des familles ont vécu ici pendant autant de temps. Tous ces souvenirs cachés… Ça doit être vraiment spécial.


Madeleine sourit tendrement.


— Crois-moi… ça l’est.


Rapidement, Éliane sentit qu’une belle complicité était en train de naître entre elles. C’était facile de parler avec Madeleine, comme si elles se connaissaient depuis longtemps.


— Vous pensez rester combien de temps parmi nous? demanda Georges.


— Je ne sais pas encore, répondit Éliane.


Son regard se posa alors sur l’horloge.


12 h 55.


Elle se redressa aussitôt.


— Désolée, mais je dois y aller.


— À tout à l’heure, Éliane. J’ai l’impression que nous aurons encore beaucoup de choses à nous raconter, dit Madeleine en lui adressant un regard entendu.


Éliane se leva rapidement et monta chercher son manteau.



13 h 10


Le service venait enfin de se terminer. Olivia traversa le jardin derrière l’Auberge. Les couleurs de l’automne donnaient au paysage une allure magnifique.


Les dernières journées douces de la saison avaient attiré quelques bernaches qui nageaient

tranquillement près de la rive, ajoutant à la scène une impression de calme et de sérénité.


Au bout du jardin, un vieux saule déployait ses longues branches au-dessus de l’eau. À l’ombre de son feuillage, un vieux banc de bois avait été installé. C’est là qu’Éliane attendait déjà, son sac à dos posé à ses pieds.



Olivia s’approcha doucement et s’arrêta devant elle. Pendant quelques secondes, aucune des

deux ne parvint à trouver les mots.

Elles se regardèrent simplement.


Sans son uniforme de serveuse, Olivia semblait différente. Plus jeune… plus fragile aussi. Un petit sourire gêné apparut sur son visage.


— Salut…


— Salut…

Olivia passa une main dans ses cheveux.


— C’est vraiment bizarre, hein?


Éliane laissa échapper un petit rire nerveux.


— Oui… vraiment bizarre.


Elle baissa les yeux vers la grande enveloppe brune qu’elle tenait entre ses mains, puis la tendit à Éliane.


— J’ai reçu cette enveloppe le jour de mes seize ans. À l’intérieur, il y avait la clé… et une lettre. Je pense que tu devrais la lire.


Éliane prit l’enveloppe avec précaution. Elle la retourna lentement entre ses mains, observant le papier vieilli. Son regard s’arrêta alors sur les mots écrits sur le devant.


À Olivia.


Le jour de ses seize ans.


Très important.


Pendant quelques secondes, Éliane resta immobile, troublée par cette inscription. Quelqu’un avait laissé cette enveloppe pour Olivia, exactement le jour de son seizième anniversaire.


Après un dernier regard vers Olivia, Éliane ouvrit délicatement l’enveloppe. À l’intérieur se trouvait une lettre pliée avec soin. Elle la déplia soigneusement, puis commença à lire.



Ma chère Olivia,


Si tu lis ces mots, c’est que tu viens d’avoir seize ans.


À partir d’aujourd’hui, porte toujours le pendentif qui accompagne cette lettre. Ne t’en sépare jamais. Il est le seul lien qui te rattache encore à ton passé.


Un jour, une jeune fille nommée Éliane viendra à ta rencontre. Elle portera le même pendentif que toi.


Fais-lui confiance. Elle détient les réponses que je ne peux pas encore te révéler.


Lorsque ce jour arrivera, ton véritable destin commencera.



Au bas de la page, aucun nom. Rien.


Son regard se posa aussitôt sur Olivia. Elle avait besoin de comprendre.


— Qui t’a envoyé cette lettre? demanda Éliane, brusquement.


Olivia secoua la tête.


— Je ne sais pas.


Elle haussa les épaules, complètement dépassée.


— Sur le coup, j’ai pensé que c’était une mauvaise blague. Mais là, après avoir vu ta clé…


Elle releva les yeux vers Éliane.


— Maintenant, je ne sais plus quoi penser. Toi… tu sais pourquoi on a ces clés?


— Attends… je crois que j’ai peut-être une partie de la réponse.


Aussitôt, Éliane prit son sac et le posa sur le banc. Elle fouilla à l’intérieur, puis en sortit un petit coffret de bois qu’elle tendit à Olivia.


Celle-ci prit le coffret entre ses mains. Son regard s’arrêta sur le couvercle où un nom était gravé.


Son nom.


Son expression changea aussitôt.


— Je… je ne comprends pas.


Elle fixa le coffret, intriguée.


— C’est quoi?


— Honnêtement, je ne sais pas ce qu’il y a à l’intérieur, répondit Éliane, mais ta clé devrait

permettre de l’ouvrir.


Lentement, Olivia inséra sa clé dans la serrure.


Clic.


Elle souleva le couvercle.



À l’intérieur reposait une magnifique broche ancienne en argent. En son centre brillait un saphir bleu royal.


Olivia resta sans voix. Elle approcha calmement sa main de la pierre.


— Je peux?


Éliane hocha la tête.


Olivia effleura doucement le saphir. Aussitôt… la pierre s’illumina.


Éliane sentit une chaleur familière dans sa poche. Son rubis. Elle le sortit rapidement. La pierre rouge brillait elle aussi.


Soudainement, deux lumières apparurent : l’une bleue, l’autre rouge. Elles tourbillonnèrent

autour d’elles, encore et encore, jusqu’à se rejoindre au centre en une seule lumière.


Émerveillées, les filles regardaient ce tourbillon de couleurs valser autour d’elles. Puis, sans crier gare, tout disparut.


Elles observèrent les alentours, cherchant le moindre signe que quelqu’un avait assisté à ce qui venait de se produire. Des gens marchaient près du quai. Un couple prenait des photos. Des enfants lançaient des cailloux dans l’eau.


Personne n’avait rien vu.


Elle se retourna vers Éliane.


— Dis-moi que je n’ai pas imaginé ça.


Éliane serra son médaillon dans sa main.


— Non. Je l’ai vu aussi.


Olivia regarda leurs deux clés.


Puis la broche.


Puis Éliane.


— Mais… pourquoi nous? demanda Olivia avec une voix chevrotante.


Éliane prit doucement la main d’Olivia.


— Olivia…


Un long silence passa entre elles.


— Tu es ma sœur.


Fin de la partie 3.


La révélation d'Éliane est venue ébranler Olivia, et cela ne fait que commencer... Quels secrets entourent leurs deux clés et le mystérieux lien qui les unit?


Bonne lecture ! 💚


France




👉 Tome 1


 
 

Merci de voyager à travers les mots avec moi !

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