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L’ appel du fleuve

  • Photo du rédacteur: France Beaulieu
    France Beaulieu
  • 6 juil.
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 28 juil.

Chapitre 6: Partie 3


Lundi 27 octobre 2025 • 12h30


Cela faisait déjà un peu plus de trois heures que la voiture avait quitté la maison.


Au début, ils longeaient encore des champs, des maisons et de petites routes familières. Puis, kilomètre après kilomètre, le paysage s’était transformé. Les villages s’étaient espacés, les arbres étaient devenus plus nombreux.


C’est alors qu’il apparut devant eux : le fleuve, immense, s’étendant à perte de vue.


Éliane se pencha légèrement vers la vitre, et abaissa celle-ci. Elle inspira profondément.


— Oh wow… laissa-t-elle échapper.


Camille, curieuse, se pencha vers l’avant.


— Quoi?


— L’air… Ça sent le fleuve.


Camille colla son front contre la vitre.


— C’est tellement beau…


Au milieu de l’eau, une forme se dessinait. Une île.


— C’est elle? demanda Camille doucement.


Éliane hocha la tête.


— Oui… l’Isle-aux-Coudres.


La voiture ralentit puis s’arrêta près d’un petit belvédère en bois.


— Pause bouffe! annonça Jacob en étirant ses bras.


— J’ai les jambes tout engourdies, dit Camille en sortant de la voiture.



Éliane ouvrit la portière. Le froid lui mordit aussitôt les joues. Elle resserra son manteau autour d’elle et avança jusqu’à la rambarde de bois.


— Est-ce que quelqu’un veut un jus? demanda Camille en ouvrant un sac de papier. Elle en sortit quelques petites bouteilles et les tendit à ses amis.


— Moi j’dis jamais non à un jus, répondit Jacob en riant.


— J’en veux bien un aussi, dit Éliane à son tour.


Camille replongea la main dans le sac et en sortit ensuite trois gros sandwichs bien emballés.


Elle les déposa sur la table de pique-nique.


— Servez-vous!


— Moi, j’ai faim, avoua Éliane en rejoignant ses amis. J’ai complètement oublié de manger ce matin.


Une vibration se fit entendre… puis deux… trois…


Éliane prit son cellulaire. Ses parents. Encore.


— Ce sont mes parents. Je dois leur répondre. Ils n’arrêtent pas de m’appeler depuis qu’on est parti.


Éliane se leva et s’éloigna.


Appel entrant : Maman.


Éliane décrocha.


— Allo?


Éliane entendit la voix de sa mère, nerveuse.


— Éliane! Où êtes-vous? Vous avez mangé? Tu vas bien? Jacob conduit prudemment?


Éliane recula un peu le cellulaire de son oreille.


— Maman, oui, on est corrects. On vient de s’arrêter pour faire une pause.


— Vous êtes rendus où?


— Pas loin du traversier.


Un silence… puis un soupir.


— Éliane… je sais pas si j’aime ça cette histoire-là. Une île, des recherches comme ça... c’est dangereux.


Éliane lança un regard vers ses amis. Jacob faisait semblant de ne pas écouter. Camille, elle, souriait avec tendresse… comme pour la rassurer.


— Maman, je vais bien. Je te promets. Dès que j’arrive sur l’île, je t’appelle.


— Et si tu n’as pas de réseau?


— J’en aurai.


— Tu es sûre de ce que tu fais?


Éliane hésita une seconde.


— Oui.


Silence encore.


— D’accord… mais sois prudente.


— Je le serai.


Elle raccrocha.


— Ça va? demanda Camille, en rejoignant son amie près de la rambarde.


— Ils sont juste… inquiets.


— Il faut que tu leur laisse du temps… Tu viens de partir, lança Jacob entre deux bouchées.


Éliane sourit faiblement, le regard triste.


— J’ai senti ma mère vraiment nerveuse. Tu aurais dû entendre sa voix… elle parlait rapidement.


Camille, sentant son amie sur le point d’éclater en sanglots, posa une main sur son épaule.


— Oh Cam… je me sens tellement coupable de leur faire vivre tout ça… mais en même temps, tu te rends compte? Je suis ici, prête à embarquer sur un traversier qui me mènera vers Olivia… ma sœur.


Jacob les rejoignit à son tour, les mains dans les poches.


— Franchement, je comprends pas comment tu peux être sûre de tout ça… le message de ta mère, tes visions... Quelle histoire abracadabrante! Si tu veux mon avis, c’est complètement fou!


Éliane tourna la tête vers lui, le regard sérieux.


— C’est là-bas, murmura-t-elle. Je le sens.


Les trois amis restèrent là, silencieux, à contempler le paysage devant eux.


— On devrait y aller, dit Camille calmement. Sinon on va manquer le traversier.


La voiture reprit la route. Quand ils arrivèrent à l’embarcadère, plusieurs voitures attendaient déjà.


Jacob ralentit.


— Ok… là, c’est officiel. On embarque sur un bateau.


— Un traversier, Jacob, corrigea Camille.


— C’est la première fois que je prends… un traversier, dit Jacob en jetant un coup d’œil vers l’eau.


Éliane ne répondait pas. Elle tenait son sac à dos fermement sur ses genoux, ses doigts crispés.


— Tu stresses? demanda Camille sans quitter Éliane des yeux.


— Un peu… admit Éliane.


Elle lança à ses fidèles compagnons un regard reconnaissant.


— Merci d’avoir fait la route avec moi. Je ne sais pas si j’aurais eu le courage de venir jusqu’ici toute seule.


— Ben voyons… Depuis qu’on est toutes petites, on s’est toujours promis d’être là l’une pour l’autre. Et en plus, pas question de rater ça.


Un agent fit signe aux voitures d’avancer. Un à un, les véhicules embarquèrent sur le traversier.


Jacob suivit la file, puis se gara.



Ils sortirent de la voiture et montèrent aussitôt sur le pont supérieur. Là-haut, le vent glacé leur fouetta le visage, mais la vue valait tout.


L’île s’approchait peu à peu. On distinguait déjà quelques maisons blanches, une église au clocher pointu, et les collines couvertes de bois qui semblaient plonger directement dans le fleuve.


À mesure que l’île grandissait devant elle, Éliane ressentait un mélange d’excitation, d’angoisse et d’impatience.


— C’est irréel…


Jacob s’accouda à la rambarde, les yeux plissés.


— On dirait un décor de film. Mais perso, si j’avais grandi ici… je serais toujours dehors à regarder ça. C’est juste… incroyable!


— Toi, t’es juste heureux parce qu’il y a de l’eau partout, répondit Camille.


— Exact.


Le traversier avançait doucement tandis que le vent ébouriffait leurs cheveux. Jacob ne pouvait s’empêcher d’admirer l’immensité du bateau.

— Wow… c’est énorme, dit-il en parcourant le pont des yeux. On dirait presque une petite ville flottante.


— C’est sûr qu’il y a de la place pour plusieurs voitures, remarqua Camille.


Celle-ci fixa l’île, la mine songeuse.


— Tu imagines vivre sur une île comme celle-là? demanda-t-elle à Éliane.


Éliane, surprise par la question de son amie, prit quelques secondes avant de répondre.


— J’imagine qu’ici, tout le monde connaît tout le monde. Si quelqu’un fait une bêtise, j’ai

l’impression que toute l’île est au courant cinq minutes plus tard. Mais en même temps, ça doit être une communauté vraiment tissée serrée. Les gens doivent souvent s’entraider.


Camille enchaîna :


— Et ceux qui ne travaillent pas sur l’île… ils doivent prendre le traversier tous les jours? Franchement, ça doit être bizarre.


Jacob leva un sourcil, curieux.


— Mais ils doivent quand même avoir des épiceries, des commerces sur l’île, non?


— Arrêtez… je suis en train d’angoisser là! Je verrai bien une fois rendue sur place, lâcha Éliane un peu trop vite.


— Ok, ok… on arrête. Tout va bien aller, Éli.


Camille hésita un instant avant de revenir sur un sujet délicat. Malgré tout, elle avait besoin de lui poser la question une dernière fois.


— Éli… je sais que tu ne veux plus qu’on en parle, mais… tu veux vraiment retrouver tes sœurs? T’es sûre de toi? Il est encore temps de faire marche arrière…


Éliane se retourna vers elle.


— Cam… dans une de mes visions, j’ai vu une auberge. On a fait des recherches, et elle existe vraiment. C’est pas une coïncidence… Je dois la trouver.


Jacob se tourna vers les filles, pensif.


— OK, laisse tomber Camille. On ne la fera pas changer d’idée. Mais… on peut t’accompagner sur l’île. T’es pas obligée d’y aller seule.


Éliane baissa la tête.


— Non… je dois continuer seule.


Camille hésita un instant, puis se tourna vers Éliane.


— Je ne veux pas revenir tout le temps là-dessus, mais… est-ce que t’as eu d’autres visions?


Éliane secoua simplement la tête.


— Non. Depuis celle d’Olivia, plus rien. Pendant le trajet en voiture, j’ai touché quelques fois mon médaillon…mais il est resté froid.


Jacob pencha la tête sur le côté, intrigué.


— Tu penses que ton médaillon réagit seulement quand une vision est sur le point d’arriver?


Éliane mordilla sa lèvre.


— Peut-être… Je ne sais pas trop comment l’expliquer. Tout à coup, il devient chaud. C’est comme s’il essayait de me prévenir… puis les images apparaissent.


Jacob écarquilla les yeux.


— Tu réalises que c’est carrément flippant, tout ça?


Éliane eut un petit rire nerveux.


— Oui, un peu… mais c’est ça le plus étrange. Les visions ne me font pas peur. Je ne sais pas… elles me rassurent, dans un sens. Comme si elles me disaient que je suis sur la bonne voie. Tu comprends?


— Oui… je crois que je vois ce que tu veux dire, dit Camille, peu rassurée.


Le traversier fit retentir une longue sirène, grave et puissante.


L’île était maintenant toute proche, si près qu’on distinguait des silhouettes qui bougeaient sur le quai.


Le haut-parleur grésilla :


— Nous arrivons à l’Isle-aux-Coudres. Nous accosterons dans quelques minutes. Les passagers sont priés de regagner leurs véhicules.


Le moment de se quitter devenait inévitable. Une boule se forma dans la gorge d’Éliane. Dans quelques minutes, elle poserait le pied sur cette île où vivait peut-être sa sœur.



Elle ferma les yeux une seconde. Quand elle les rouvrit, l’Isle-aux-Coudres se dressait devant elle.


Le traversier était déjà accosté, et la voiture de Jacob s’engageait sur la route de l’île, prête à poursuivre le trajet.


Pour Éliane, tout commençait enfin.


Fin de la partie 3.


Pour Éliane, les réponses semblent enfin à portée de main... pourtant, les plus grands secrets sont encore bien cachés.


La suite au prochain chapitre...


France



👉 Tome 1


 
 

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