Là où tout commence
- France Beaulieu
- 20 juil.
- 7 min de lecture
Dernière mise à jour : 29 juil.
Chapitre 7: Partie 1
Lundi 27 octobre 2025 • 15h00

Le traversier ralentit et s’arrêta contre le quai. La rampe s’abaissa, puis les voitures
commencèrent à quitter le bateau une à une.
— Ça y est…, souffla Camille.
En tournant la tête vers la fenêtre, elle aperçut un panneau qui affichait en grandes lettres :
Isle-aux-Coudres, Bienvenue !
Éliane se pencha entre les deux sièges avant.
— Jacob… tu peux te ranger sur le côté une minute?
— Bien sûr. Qu’est-ce qu’il y a?
Jacob immobilisa la voiture dans un petit accotement. Éliane attrapa son sac à dos posé à ses pieds et l’ouvrit à la hâte.
— Avant de partir, j’avais imprimé des notes sur l’île… Je les ai mises quelque part là-dedans.
Camille se retourna vers elle.
— Tu es certaine de les avoir apportées?
— Oui… enfin, je crois.
Éliane ouvrit son sac à dos et fouilla parmi ses affaires.
— Je l’ai trouvé!
Éliane sortit de la voiture et montra le dépliant à ses amis.
— Ce n’est pas ma feuille de notes… mais c’est encore mieux. Regardez.
Camille se pencha pour lire le titre.
— Tourisme Isle-aux-Coudres.
— J’avais imprimé le dépliant du bureau d’information touristique. Il devrait se trouver pas bien loin du traversier.
Jacob prit le dépliant et parcourut rapidement les informations avant de lire à voix haute :
— 1324, chemin des Coudriers, L’Isle-aux-Coudres (Québec). Parfait. On va commencer par là. Allez les filles… en route!
Quelques minutes plus tard, ils se stationnèrent devant le bureau de Tourisme Isle-aux-Coudres. C’était un petit bâtiment discret au bord de la route, avec de larges fenêtres.
Tous les trois descendirent de la voiture. Avant d’entrer, Éliane jeta un coup d’œil par la fenêtre. À l’intérieur, elle aperçut des présentoirs remplis de dépliants colorés, des cartes de l’île accrochées aux murs et des photos mettant en valeur les magnifiques paysages de L’Isle-aux-Coudres.

Son regard fut aussitôt attiré par une grande affiche. On y voyait différents endroits de l’île : un moulin à vent, un phare, des vergers… puis, au milieu de toutes ces images, une bâtisse qui lui
sembla étrangement familière.
Elle s’approcha, hésitante.
— Pas possible…, s’exclama Éliane.
Sur l’affiche, une auberge au toit rouge trônait au centre. Ses murs de bois chaleureux, ses volets blancs au charme d’autrefois et sa grande terrasse à l’avant lui donnaient un air accueillant.
— C’est elle…, murmura-t-elle.
Camille et Jacob se rapprochèrent.
— Quoi? demanda Camille.
Éliane pointa la photo du doigt, incapable de détourner les yeux.
— L’Auberge du Toit Grenat…
Elle posa doucement sa main sur la fenêtre. Ce n’était plus seulement une impression. L’endroit qu’elle cherchait depuis le début existait vraiment.
Les trois amis entrèrent avec empressement. Une petite clochette tinta au-dessus de la porte, annonçant leur arrivée.
Éliane s’approcha timidement du guichet, où une jeune femme triait des dépliants. Elle releva la tête et leur adressa un sourire chaleureux.
— Bonjour! Bienvenue à Tourisme Isle-aux-Coudres. Est-ce que je peux vous aider?
Éliane prit une inspiration.
— Oui… Je cherche l’Auberge du Toit Grenat. Vous savez où c’est?
La jeune femme sourit aussitôt.
— Ah! L’Auberge du Toit Grenat. Oui, je vois très bien.
Elle se pencha légèrement vers une carte posée sur le comptoir et pointa un endroit avec son doigt.
— Vous continuez sur la route principale, puis vous prenez ce chemin-là. C’est assez facile à trouver.
Elle releva les yeux vers eux.
— Vous n’êtes pas du coin, vous autres?
Camille et Jacob échangèrent un regard amusé.
— Ça se voit tant que ça?
La jeune femme rit doucement.
— Un peu, oui. Mais ne vous inquiétez pas, c’est plutôt un compliment. Ici, on aime voir de nouveaux visages.
— On vient d’arriver, expliqua Jacob. C’est notre première fois sur l’île.
— Alors bienvenue chez nous! Vous allez voir, c’est un endroit magnifique. Plus tranquille
qu’en ville, mais c’est justement ce que les gens viennent chercher ici.
Elle leur tendit quelques dépliants.
— Prenez ça. Il y a une carte de l’île, des endroits à visiter… et un qui concerne l’auberge que vous recherchez.
Éliane regarda le dépliant de l’auberge qu’elle tenait dans ses mains.
— Si je veux m’y rendre à pied, c’est à combien de temps d’ici?
— À pied? Je dirais environ trente minutes.
Éliane ouvrit de grands yeux.
— Trente minutes?
Elle jeta un regard vers son sac.
— Avec ça sur le dos, j’ai l’impression que ça va me prendre une heure…
La jeune femme sourit.
— Je vois… votre sac semble bien rempli.
— Disons que j’ai peut-être un peu trop prévu de choses.
Camille étouffa un rire. Éliane lui lança un regard amusé, puis soupira.
— Je vais y arriver. C’est pas grave.
Aussitôt, Jacob secoua la tête.
— Non. On vient avec toi.
— Quoi? Non, voyons… Vous en avez déjà fait beaucoup aujourd’hui.
— Éli…
— Sérieusement, vous n’avez pas besoin de…
— On t’accompagne, coupa Camille avec un sourire. En voiture, ça prendra à peine quinze
minutes.
Jacob consulta rapidement son cellulaire.
— Selon les informations que j’ai ici, le dernier traversier ne part pas avant ce soir. Ne t’en fais pas… on a tout notre temps. On ne va pas te laisser marcher seule avec ton sac jusqu’à l’auberge!
Éliane voulut protester, mais ses deux amis avaient déjà pris leur décision.
— Je vous jure, vous êtes impossibles…
Jacob ouvrit la porte, déterminé.
— Pas de discussion. On t’emmène à l’auberge.

Quinze minutes plus tard, à travers les arbres, Éliane distingua enfin une grande bâtisse ancienne avec un toit rouge foncé. Une grande enseigne de bois sculptée était accrochée au-dessus de l’entrée. Sur celle-ci, on pouvait lire :
Bienvenue à l’Auberge du Toit Grenat.
Éliane resta un instant fascinée par la bâtisse qui se dressait devant eux. Elle détacha aussitôt sa ceinture et se pencha vers l’avant pour mieux voir.
— L’auberge… murmura-t-elle.
Un frisson lui parcourut le corps.
— C’est ici.
Camille regarda le bâtiment, puis son amie.
— Tu es certaine?
Éliane hocha lentement la tête.
— Oui… C’est exactement celle que j’ai vue.
Un silence chargé de questions les enveloppa. Même après tout ce qu’ils avaient vécu depuis le départ, entendre Éliane parler de ses visions était encore étrange pour eux.
Excités, les trois amis sortirent de la voiture et avancèrent vers l’auberge. Éliane observait les lieux avec attention, laissant son regard parcourir chaque détail. Elle voulait graver cette image dans sa mémoire.
C’est alors qu’un détail attira son attention. À côté de l’escalier menant à l’auberge, une énorme pierre recouverte de mousse se dressait à l’écart.
— Attendez…
Camille et Jacob la suivirent.
— Qu’est-ce que tu as vu? demanda Jacob.
Éliane s’accroupit et écarta délicatement la mousse avec ses doigts.
Un symbole apparut. Un cercle. Et au centre, cinq feuilles.
Elle resta figée.
— Non…
Camille, inquiète, fixa son amie, cherchant à comprendre.
— Quoi? Qu’est-ce qu’il y a?
Éliane ne répondit pas tout de suite. Elle ouvrit rapidement son sac et sortit le carnet de sa mère.
Ses mains tremblaient légèrement.
— Regardez.
Elle leur montra le symbole gravé sur la couverture. Le même cercle. Les mêmes cinq feuilles.
— Attends… c’est exactement pareil, dit Jacob.
— Je sais, répondit Éliane d’une voix basse.
Camille regarda la pierre, puis le carnet.
— Mais comment c’est possible? Tu crois que cette auberge a un lien avec elle?
Éliane posa une main sur la couverture du carnet.
— Je crois que tout est lié.

Éliane approcha doucement sa main du symbole gravé dans la pierre. Aussitôt, une chaleur remonta dans son bras. Le rubis de son médaillon s’illumina faiblement.
Jacob recula d’un pas.
— Vous avez vu ça?
Camille resta bouche bée devant la scène qui se déroulait devant elle. Puis, Éliane n’entendit plus rien autour d’elle. Une nouvelle vision s’imposa à elle. Brève. Floue.
Elle vit Olivia, debout devant une pierre tombale, habillée de noir, le visage rempli de tristesse.
L’image changea.
Olivia était dans les bras de deux personnes âgées qui la serraient contre elles avec amour.
Puis une dernière image.
Olivia restait là, les yeux fixés droit devant elle. Son regard était différent. Plus déterminé.
Une voix lointaine murmura :
— Je t’attends…
Puis tout s’arrêta. Éliane revint à elle brusquement. Elle inspira profondément et réalisa qu’elle était toujours agenouillée près de la pierre.
Le vent froid soufflait autour d’eux. Le médaillon avait cessé de briller. Pendant quelques
secondes, personne ne parla.
Camille fut la première à réagir.
— Éliane…
Sa voix tremblait légèrement.
— Tu étais là, devant nous… mais on aurait dit que tu étais ailleurs.
— Et ton médaillon... il brillait, dit Jacob, encore sous le choc.
Camille s’accroupit près d’elle.
— Encore une vision?
Éliane baissa les yeux.
— Oui. J’ai vu Olivia… devant une tombe. Elle m’a dit: Je t’attends.
Jacob demeura pensif, cherchant à comprendre le lien entre la pierre, le médaillon et ce
qu’Éliane venait de lui révéler.
— Tu crois qu’elle est en danger?
Cette question fit hésiter Éliane qui serra le carnet contre elle.
— Je ne sais pas Jacob, mais je crois qu’elle a besoin de moi.
Éliane regarda une dernière fois l’Auberge du Toit Grenat devant elle. Elle avait imaginé ce moment tellement de fois. Maintenant qu’elle y était, une nouvelle réalité s’imposait à elle.
— Écoutez… vous m’avez amenée jusqu’ici. Vous m’avez accompagnée alors que vous auriez dû rentrer depuis longtemps.
Elle prit une grande inspiration, cherchant ses mots.
— Mais maintenant, j’ai trouvé l’auberge. Vous devez repartir. C’est à moi de continuer seule.
Camille baissa les yeux, retenant à peine ses larmes.
Éliane s’approcha d’elle.
— Vous avez le traversier à prendre, puis encore presque trois heures de route. Sans compter qu’à cette période de l’année, la nuit tombe tellement vite.
Elle regarda le ciel qui commençait déjà à changer de couleur.
— Je préfère savoir que vous êtes sur la route pendant qu’il fait encore clair.
Un silence pesant s’installa entre eux. Personne n’avait vraiment envie d’admettre que le
moment était arrivé.
Éliane poursuivit, en retenant ses larmes.
— Je vais prendre une chambre à l’auberge, dormir un peu… Demain, ce sera une grosse
journée.
Camille essuya rapidement une larme qui coulait sur sa joue.
— Tu es certaine?
Éliane hocha la tête.
— Oui.
Camille fut la première à la prendre dans ses bras. Très fort. Jacob les rejoignit, et tous les trois restèrent ainsi un moment, sans parler.
Finalement, Jacob recula, ses yeux encore humides.
— Éli… fais attention à toi.
Il marqua une pause.
— Sois prudente.
Éliane hocha doucement la tête.
— Promis.
— Et ce soir, avant de te coucher, appelle-moi… supplia Camille d’une voix fragile. Je veux juste savoir que tu vas bien.
Un petit sourire apparut sur le visage d’Éliane.
— Promis.
Elle les serra une dernière fois dans ses bras. Lorsqu’ils se séparèrent enfin, Éliane les regarda rejoindre la voiture. Elle leur fit un signe de la main, et ils lui répondirent avant de prendre la route.
Quelques minutes plus tard, le véhicule disparut au bout du chemin, laissant Éliane seule devant l’Auberge du Toit Grenat.
Ce moment marquait plus qu’une simple séparation. C’était le début de quelque chose de
nouveau.
Fin de la partie 1.
Éliane est enfin arrivée à bon port. Devant elle se dresse l'auberge qu'elle a aperçue dans ses visions. Mais trouvera-t-elle réellement les réponses qu'elle est venue chercher?
Envie de découvrir la suite? Rendez-vous dès maintenant à la partie 2!
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