L’Auberge du Toit Grenat
- France Beaulieu
- 26 juil.
- 7 min de lecture
Dernière mise à jour : 3 août
Chapitre 7: Partie 2
Lundi 27 octobre 2025 • 17h30

Éliane demeura quelques instants devant l’Auberge du Toit Grenat, les yeux fixés sur la voiture de Jacob et Camille, jusqu’à ce qu’elle disparaisse au détour du chemin.
La solitude lui pesa aussitôt. Ses amis lui manquaient déjà. Elle essuya rapidement une larme du revers de la main.
— Allez, Éliane… tu peux le faire.
Pour se donner du courage, elle prit une grande inspiration, ajusta son sac à dos sur ses épaules, puis gravit les quelques marches en pierre menant à l'auberge.
En poussant la porte, elle s’arrêta aussitôt. L’auberge était encore plus belle que sur les photos. Tout était en bois : les murs, les poutres au plafond, l’escalier. De vieux tableaux représentant le fleuve et des maisons d’autrefois décoraient les murs. À sa gauche, un grand foyer de pierre réchauffait la pièce. Le feu crépitait doucement.
Devant elle se trouvait la salle à manger. Une bonne odeur de soupe, de pain chaud et de pâté au poulet flottait dans l’air. Son ventre gargouilla aussitôt. Elle prit alors conscience qu’elle n’avait mangé qu’un seul sandwich de toute la journée.
À droite, un comptoir servait de réception. Une dame aux cheveux gris, attachés en chignon, leva les yeux de son registre.
Elle lui sourit.
— Bonjour, jeune demoiselle. Bienvenue à l’Auberge du Toit Grenat. Que puis-je faire pour toi?
Éliane s’approcha.
— Bonjour. J’aimerais avoir une chambre pour cette nuit, s’il vous plaît.
— Bien sûr.
La dame consulta son registre.
— Voyons…
Elle tourna quelques pages.
— Oui, il me reste justement une chambre.
Elle leva les yeux.
— Tu voyages avec tes parents?
— Non…
— Ah?
— Je voyage seule.
La dame eut un petit air surpris.
— Toute seule?
— Oui.
Elle observa Éliane quelques secondes avant de lui sourire de nouveau.
— Eh bien, tu sembles débrouillarde.
Elle tendit la main.
— Je m’appelle Madeleine.
— Moi, c’est Éliane.
— Enchantée, Éliane.
Madeleine prit une vieille clé attachée à un porte-clés en bois.
— Tu seras dans la chambre 212, au deuxième étage.
Éliane prit la clé.
— Merci.
— Le déjeuner est compris avec la chambre. Il est servi entre sept heures et dix heures, juste ici, dans la salle à manger.
— Parfait.
Madeleine remarqua les cernes sous les yeux de la jeune fille.
— Tu dois être fatiguée.
Éliane sourit.
— Un peu.
— Est-ce que tu aimerais manger quelque chose? Notre cuisinière vient tout juste de préparer de la soupe et un pâté au poulet. Ça te ferait du bien.
Pendant une seconde, Éliane hésita. L’odeur de la soupe lui mettait l’eau à la bouche, mais elle serra un peu plus fort l’enveloppe rangée dans son sac. C’était l’argent que ses parents avaient économisé pour son voyage. Combien de temps lui faudrait-il pour retrouver ses sœurs? Deux semaines? Un mois? Plus longtemps? Impossible de le savoir. Cette chambre lui coûtait déjà cher, et ce n’était que la première nuit. Elle devait faire attention à chaque dépense.
— Merci beaucoup… mais je vais plutôt prendre une douche et aller me coucher. Je suis
vraiment fatiguée.
Madeleine hocha la tête.
— Je comprends.
Puis elle ajouta avec un sourire.
— Si jamais tu changes d’idée, viens me voir.
— Merci. C’est vraiment gentil.
— Passe une belle soirée, Éliane.
— Vous aussi.
Éliane monta lentement l’escalier. Le plancher craquait sous ses pas. Arrivée au deuxième étage, elle chercha le numéro de sa chambre.

210, 211…
— Ah! Voilà... 212.
Elle glissa la clé dans la serrure. La porte s’ouvrit.
Un sourire apparut aussitôt sur son visage.
La chambre était simple, mais très accueillante. Deux lits simples étaient recouverts de jolies courtepointes fleuries. De petites lampes éclairaient la pièce. Une grande fenêtre laissait entrer les dernières lueurs du soleil.
Éliane balaya la pièce du regard, les yeux grands ouverts.
— Génial, cette chambre! Il y a même un téléviseur mural!
Elle n’en revenait pas. Tout était tellement plus beau qu’elle ne l’avait imaginé. Un calme
apaisant régnait dans la chambre. Seuls quelques pas étouffés dans le corridor rompaient le
silence.
Épuisée par le trajet, elle déposa son sac et alla prendre une longue douche chaude. En ressortant, elle enfila son pyjama. Son regard tomba sur son cellulaire posé sur la commode.
20 h.
— Ils doivent être presque arrivés…
Elle composa aussitôt le numéro de Camille. À la première sonnerie, son amie répondit.
— ÉLIAAAAAANE!
Éliane éclata de rire.
— Salut!
— Enfin! Je t’attendais!
En arrière-plan, elle entendit Jacob.
— Dis-lui qu’on arrive bientôt!
— Jacob dit qu’on est presque rendus!
— Alors? demanda Camille. Comment est ton auberge?
Éliane regarda autour d’elle.
— Elle est vraiment belle.
— Ah oui?
— Tu verrais ça! Ma chambre est tellement grande. Il y a deux lits, une télévision, une grande fenêtre…
— Tu as de la chance!
— La dame à l’accueil est vraiment gentille aussi.
— Tant mieux. Ça me rassure.
Camille se fit soudain plus sérieuse.
— Tu vas bien?
— Oui.
— Tu es certaine?
— Oui, oui. Tout va bien.
— Tu n’as pas pleuré?
Éliane sourit.
— Peut-être… un tout petit peu.
Camille éclata de rire.
— Moi aussi.
Jacob prit soudain le téléphone.
— Salut, détective!
— Salut!
— Tu fais attention à toi?
— Ouais.
— Et si tu rencontres un fantôme, appelle-nous avant de sauver le monde!
Éliane rit.
— Marché conclu!
Camille reprit le téléphone.
— Bon… tu m’appelles demain soir?
— Oui.
— Promets-le.
— Cam... je te le promets.
Éliane bâilla.
— Oups… désolée.
— OK, t’es crevée.
— Un peu.
— Je te laisse alors… Bonne nuit.
Avant de poser son cellulaire, Éliane pensa à ses parents. Elle savait qu’ils devaient attendre de ses nouvelles avec impatience. Elle prit quelques secondes avant d’écrire son message.

Éliane : Salut maman, papa, c’est Éliane… Je suis bien arrivée sur l’île. J’ai trouvé l’endroit que je cherchais et j’ai réussi à réserver une chambre pour cette nuit. Tout va bien. Ne vous inquiétez pas. 💗
La réponse arriva presque immédiatement.
Mère d'Éliane : Oh Éliane… on est tellement soulagés d’avoir de tes nouvelles. Tu dois être épuisée après une journée comme celle-là. Comment ça s’est passé? Le trajet? Tu as réussi à trouver facilement?
Éliane sourit en lisant le message. Elle imaginait très bien ses parents devant leur téléphone, à attendre sa réponse.
Éliane : Ça va, maman. C’était une grosse journée, mais je suis correcte. L’endroit où je dors est vraiment bien et les gens ici sont gentils.
Quelques secondes plus tard, son père écrivit :
Père d'Éliane : Tu es certaine que tout va bien?
Éliane : Oui papa. Je fais attention. Inutile de vous inquiéter. Tout va bien.
Un autre message apparut.
Père d'Éliane : Est-ce que tu as retrouvé ta sœur?
Éliane regarda l’écran quelques instants avant de répondre.
Éliane : Pas encore, mais je vais commencer mes recherches demain.
Mère d'Éliane : D’accord ma grande, mais sois prudente. Peu importe ce qui arrive, tu nous appelles. On veut savoir que tu vas bien.
Éliane : Oui maman. Je vous le promets.
Mère d'Éliane : Bonne nuit, ma cocotte. Repose-toi. On t’aime très fort. 💓
Éliane : Moi aussi je vous aime. Bonne nuit. 💗
Éliane déposa son cellulaire sur la table de chevet. Quelques minutes plus tard, elle dormait
profondément.
Au petit matin, une lumière douce entra dans la chambre. Éliane ouvrit lentement les yeux.
Pendant quelques secondes, elle crut être chez elle, puis elle aperçut les deux lits et les poutres de bois au-dessus d’elle.
Elle se redressa.
— Ah oui… l’île.
Le traversier.
Les adieux.
Et surtout…
Olivia.
Éliane étira son bras vers la table de chevet et prit son cellulaire. Elle regarda l’heure et ouvrit grand les yeux.
— 9 h 00! Sérieux? J’ai dormi tout ce temps-là?
Elle se laissa retomber quelques instants sur son oreiller. Après la journée de la veille, rien d'étonnant : elle avait visiblement eu besoin de récupérer.
Elle regarda autour d’elle. Elle avait encore un peu de mal à réaliser qu’elle était vraiment ici, toute seule. Elle se leva, puis s’habilla rapidement avant de descendre à la salle à manger.
Madeleine se trouvait près de l’entrée.
— Bonjour Éliane! Tu as bien dormi?
— Très bien.
— Tant mieux!
Elle sourit.
— Tu as faim?
Éliane rit.
— J’avoue que je suis affamée!
— Alors tu es au bon endroit. Ici, le petit-déjeuner est à volonté. Tu peux te resservir autant de fois que tu le souhaites.
Éliane tourna la tête vers le brunch du matin. Ses yeux s’agrandirent.
Il y avait des œufs brouillés, du bacon, des saucisses, des pommes de terre, des crêpes, des rôties, des céréales, des muffins, des croissants, des chocolatines, de la confiture maison, du yogourt et plusieurs variétés de fruits.
— Wow! Ça, c’est ce que j’appelle avoir l’embarras du choix!
Madeleine éclata de rire.
— Ici, personne ne repart avec le ventre vide!
Éliane remplit son assiette, prit un verre de jus d’orange et alla s’installer près d’une grande
fenêtre.
Pendant qu’elle mangeait, elle sortit son carnet, ses dépliants et la carte de l’île. Elle avait
beaucoup de travail devant elle.
Par où commencer?
Elle relut les quelques notes qu’elle avait prises :
- Aller jusqu’à l’Isle-aux-Coudres, c’est fait.
- Chercher l’Auberge du Toit Grenat, c’est fait.
- Retrouver Olivia…
Je t’attends… Ces trois mots lui revenaient sans arrêt.
Elle leva les yeux vers la fenêtre. Quelque part sur cette île, une jeune fille l’attendait peut-être.
Elle était tellement plongée dans ses pensées qu’elle n’entendit pas quelqu’un s’approcher. Une voix se fit entendre juste derrière elle.
— Bonjour! Est-ce que je peux vous offrir un café ou un autre jus?
Éliane sursauta. Elle se retourna.
Cette voix…
Une jeune serveuse venait de terminer de servir la table voisine. Elle avait les cheveux brun
foncé, attachés en queue de cheval.
Éliane arrêta de respirer pendant quelques secondes. Elle fixa la jeune fille, incapable de
détourner les yeux.
— Non… Ce n’était pas possible…
Elle connaissait ce visage. Elle l’avait déjà vu dans une de ses visions.
Les mêmes yeux. Le même sourire. La même jeune fille.
La serveuse s’approcha de sa table.

— Bonjour! Est-ce que tout est à votre goût?
Éliane ouvrit la bouche. Aucun mot ne sortit. Elle n’arrivait plus à la quitter des yeux.
Dans sa tête, un seul nom revenait encore et encore.
Olivia.
Fin de la partie 2.
Après une première nuit à l'Auberge du Toit Grenat, Éliane commence enfin ses recherches pour retrouver sa sœur, mais une rencontre inattendue viendra bouleverser ses plans... 💛
Pour découvrir la suite, rendez-vous dès maintenant à la partie 3!
France
👉 Tome 1


