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L’éveil de la pierre

Photo du rédacteur: France Beaulieu
France Beaulieu
il y a 7 jours
9 min de lecture

Chapitre 10 : Partie 3


Jeudi 30 octobre 2025 • 14 h 00


Les trois filles étaient toujours réunies autour de la table dans la véranda. Éliane et Olivia venaient de montrer leurs clés à Lyla, qui tenait maintenant la sienne entre ses doigts.


— C’est quand même bizarre, non? finit par dire Lyla en observant les trois clés. Comment on peut avoir exactement les mêmes?


— Pas exactement… la mienne a une pierre rouge, celle d’Olivia est bleue et la tienne est verte.


— Éliane, la tienne est un rubis, la mienne un saphir et la tienne, Lyla, une émeraude, ajouta Olivia.


Lyla regarda Olivia, impressionnée.


— Son père était bijoutier, dit Éliane, tout en poussant doucement le coffre vers sa sœur.


— Voici une petite surprise pour toi. Cela va résoudre le mystère de ta clé…. du moins en partie.


Lyla baissa les yeux vers le coffre. Son prénom était gravé sur le couvercle.


— Attends… c’est à moi, ça?


— Quand j’ai été adoptée, la responsable de l’orphelinat a donné cinq coffrets à mes parents… Je parie que ta clé ouvre celui-ci, répondit Éliane.


Derrière Lyla, Mme Tudor et son mari s’étaient rapprochés. Tous deux observaient la scène avec une curiosité grandissante.


— Vous saviez qu’il existait? demanda Lyla en se tournant vers eux.


Sa mère échangea un regard avec son mari.


— Non, ma chérie. Nous n’avons jamais vu ce coffre auparavant.


Lyla reporta son attention sur le couvercle.


— Super. Donc, j’ai un coffre à mon nom dont j’ignorais l’existence, et une clé qui ressemble à celles de mes deux sœurs que je viens à peine de rencontrer. Tout va bien!


Olivia étouffa un rire.


— Tu sais, quand tu le dis comme ça, c’est vrai que ça fait un peu beaucoup à encaisser.


— Un peu? répéta Lyla en lui lançant un regard incrédule.


Éliane sourit, puis montra la serrure.


— Allez, essaie. J’ai hâte de découvrir ce qu’il contient.


Lyla, hésitante, glissa la clé dans la serrure et souleva lentement le couvercle.



À l’intérieur, posé sur un morceau de velours vert, reposait un bracelet ancien avec, en son centre, une magnifique pierre verte.


Lyla écarquilla les yeux.


— Oh…


Les trois filles se penchèrent pour mieux voir. Martin s’approcha à son tour et examina le bijou sans le toucher.


— À première vue, ce bracelet semble très ancien.


Lyla glissa ses mains sous le bracelet et le souleva délicatement. Elle en observa chaque détail avec attention.


Le bijou était plus lourd qu’elle ne l’avait imaginé. Elle le fit légèrement pivoter pour examiner la pierre, dont la couleur variait selon la lumière.


Soudain, au contact du bracelet, une chaleur inhabituelle se propagea dans sa paume.


— Euh… les filles?


Elle s’interrompit. L’émeraude venait de s’illuminer d’une lueur verte, d’abord discrète, puis de plus en plus intense.


Un grondement sourd résonna sous leurs pieds. Les verres posés sur la table se mirent à vibrer. Une cuillère glissa sur une assiette et tomba dans un tintement métallique.


Olivia se redressa brusquement.


— Vous avez entendu ça?


— Oui, répondit Martin en regardant autour de lui. Qu’est-ce que…


Il n’eut pas le temps de terminer sa phrase qu’une violente rafale de vent traversa la pièce.


Une fenêtre s’ouvrit brusquement dans un grand fracas, faisant voler les rideaux. Des feuilles d’automne pénétrèrent dans la pièce et tourbillonnèrent autour des filles.


— Mais c’est quoi, ce délire? cria Olivia en s’agrippant au bord de la table.


Mme Tudor porta instinctivement une main à sa bouche. Martin se plaça aussitôt près d’elle, tout en gardant les yeux rivés sur Lyla.


Le vent continuait de s’intensifier autour de la jeune fille. Ses cheveux se soulevaient dans tous les sens. Plusieurs objets commencèrent à glisser pour s’écraser au sol.



Pourtant, Lyla ne bougeait pas. Ses yeux restaient rivés sur l’émeraude. Elle semblait complètement absorbée par le bijou, incapable de réagir à ce qui se passait autour d’elle.


— Lyla! appela sa mère.


Aucune réponse.


Mme Tudor fit un pas vers elle, mais une chaise racla brusquement le sol dans sa direction. Elle s’arrêta net, effrayée.


— Martin, fais quelque chose!


— Lyla, ma chérie, regarde-moi! lança-t-il en s’approchant prudemment. Pose le bracelet!


Mais la jeune fille ne semblait pas l’entendre.


Le bruit du vent se mêlait maintenant au grondement sourd qui montait du sol. Martin tenta de contourner la table pour rejoindre sa fille, tandis que Mme Tudor cherchait visiblement à

comprendre comment l’aider sans aggraver la situation.


— Lyla, je t’en prie ! cria sa mère, la voix brisée par la peur.


Soudain, Lyla ferma les yeux.


Le vent s’interrompit brutalement.


Les rideaux retombèrent. Les objets cessèrent de trembler, et les feuilles qui tournoyaient encore dans la pièce se posèrent doucement sur le carrelage.


Le silence qui suivit fut presque aussi impressionnant que le vacarme qui venait de secouer

l’endroit.


Lyla rouvrit les yeux. Elle avait toujours le bracelet entre les mains, mais son visage avait perdu toute couleur. Elle regarda les rideaux, les objets déplacés, puis les membres de sa famille, qui la dévisageaient comme s’ils ne reconnaissaient plus la personne devant eux.


— Qu’est-ce qui vient de se passer?


Sa voix n’était qu’un murmure.


— Pourquoi vous me regardez comme ça? insista-t-elle. Qu’est-ce que j’ai fait?


Mme Tudor se précipita vers elle.


— Ma chérie, est-ce que tu vas bien? Tu n’es pas blessée?


Elle lui prit le visage entre les mains, cherchant le moindre signe de douleur.


— Je vais bien, maman… enfin, je crois. Mais je ne comprends rien!


Martin ramassa une chaise renversée avant de s’approcher à son tour.


— Tout va bien, Lyla. Essaie de te calmer.


Lyla tourna la tête et regarda autour d’elle. Des morceaux de verre jonchaient le sol près de la fenêtre grande ouverte. Les rideaux étaient encore agités par le vent, tandis que des feuilles d’automne recouvraient le plancher et s’étaient glissées jusque sous la table. Une autre chaise gisait sur le côté.


Elle resta figée devant le spectacle.


Puis, lentement, elle reporta son attention sur ses parents et ses deux sœurs. Tous la regardaient. Dans leurs yeux, elle pouvait lire la surprise, l’incompréhension… et quelque chose d’autre qui la troubla davantage.


La peur.


Lyla sentit son ventre se nouer.


— Mais comment veux-tu que je me calme?!


Elle posa brusquement le bracelet sur la table et recula d’un pas.


— C’est moi qui ai fait tout ce bordel?


Sa voix se brisa sur les derniers mots. Elle recula encore, les yeux humides, puis secoua

vivement la tête.


— Non, non, non…


Olivia s’approcha lentement d’elle.


— Hé… Lyla.


La jeune fille ne semblait pas l’entendre. Elle regardait autour d’elle, affolée, comme si elle

craignait que le vent se déchaîne de nouveau.


Olivia posa doucement une main sur son épaule.


— Ça va aller. Regarde-moi.


Lyla tourna la tête vers elle. Peu à peu, ses épaules se relâchèrent et sa respiration retrouva un rythme plus régulier. La panique qui déformait son visage s’apaisa presque instantanément.


Éliane, qui n’avait pas quitté le bracelet des yeux, hésita avant de prendre la parole. Elle

repensait à sa propre pierre, aux images qui avaient envahi son esprit lorsqu’elle l’avait touchée.


— Les filles… je crois que je commence à comprendre.


Elle releva les yeux vers ses sœurs, cherchant ses mots.


— Je pense que chacune de nous a un don.


Lyla la dévisagea, bouche entrouverte.


— Un quoi?


— Un don. Un pouvoir, si tu préfères.


— Ah, super! s’exclama Lyla. Parce que ma journée n’était pas encore assez bizarre!


Éliane montra du doigt son rubis rouge.


— Quand j’ai touché ma pierre, j’ai vu des images que je n’avais jamais vues. C’était comme des visions.


Olivia hocha la tête.


— Moi, j’ai découvert que je pouvais agir sur les émotions des autres. Quand quelqu’un est triste ou en colère, je peux l’aider à se calmer juste en le touchant.


Elle lança un regard à Lyla.


— Comme tout à l’heure.


Lyla ouvrit de grands yeux.


— Attendez, là! Vous êtes en train de me dire que vous avez des pouvoirs toutes les deux et que, maintenant, j’en ai un aussi?


— C’est ce que je pense, répondit Éliane.


— Non, mais sérieusement… C’est complètement dingue! Comment c’est possible, un truc pareil?


Olivia haussa les épaules.


— Je te signale que ta véranda vient de se transformer en mini-tornade.


Éliane reporta son attention sur l’émeraude.


— Je pense que ton pouvoir a un lien avec les éléments. Le vent, peut-être la terre…


— Quoi?! Tu veux dire que je peux contrôler le vent?


Éliane jeta un coup d’œil à la fenêtre brisée et aux feuilles éparpillées dans toute la pièce.


— Disons que « contrôler » est un grand mot… Vu l’état de la pièce, on va dire que tu as encore un peu de pratique à faire!


Lyla passa ses mains sur son visage avant de les laisser retomber le long de son corps.


— Bon, résumons. Je suis Lyla Tudor, j’ai grandi dans des familles d’accueil, je découvre à peine que j’ai deux sœurs, j’apprends qu’une clé mystérieuse ouvre un coffre qui m’attend depuis des années… et maintenant, je serais capable de contrôler les éléments! J’oublie quelque chose?


Elle regarda Éliane, puis Olivia.


— Sérieusement, vous n’auriez pas un manuel d’utilisation, par hasard?


Olivia eut un petit sourire.


— Désolée, on cherche encore le nôtre!


Lyla allait ajouter quelque chose lorsqu’elle remarqua un détail dans le coffre. Sous le morceau de velours vert, un petit objet dépassait.


— Hé, attendez! C’est quoi, ça?


Elle se pencha et souleva délicatement le tissu.


— Il y a quelque chose en dessous!


Les autres se rapprochèrent aussitôt. Dissimulé sous le velours, un vieux document avait été soigneusement plié en plusieurs parties. Lyla le dégagea avec précaution et le déposa sur la table.



Le papier était jauni par le temps et ses bords commençaient à s’effriter. Des dessins à l’encre y étaient représentés. Certains détails étaient difficiles à distinguer, mais un mot apparaissait

clairement dans la partie inférieure du document.


Québec.


Éliane se pencha sur le dessin.


— Regardez… on dirait une vieille carte.


Lyla parcourut le document du regard et remarqua un prénom inscrit au-dessus des illustrations.


— Et ça, vous avez vu?


Clara.


Lyla releva les yeux vers elle.


— Clara… Tu crois que c’est le nom de notre sœur?


Martin s’approcha et prit la carte avec précaution.

— Laissez-moi regarder.


Il ajusta ses lunettes et observa attentivement le dessin.


— Regardez, on reconnaît le fleuve, les fortifications et ce bâtiment qui ressemble au Château Frontenac. La personne qui a réalisé ce dessin voulait probablement nous orienter vers des endroits précis de Québec.


Olivia désigna un petit personnage au milieu du document.


— Et ce soldat, qu’est-ce qu’il représente?


Martin fronça les sourcils.


— Peut-être un lien avec la bataille des Plaines d’Abraham. Il y a certainement quelque chose à découvrir derrière ces indices.


Mme Tudor, qui était restée silencieuse, contemplait le prénom inscrit sur le papier.


— Clara…


Mme Tudor releva les yeux, visiblement troublée.


— Vous pensez vraiment que votre sœur pourrait se trouver à Québec?


Éliane échangea un regard avec Olivia, puis avec Lyla.


— On ne peut pas en être certaines, mais c’est notre seule piste pour le moment.


— Alors, on doit y aller, déclara Lyla, d’une voix déterminée.


Sa réponse fut si immédiate que les autres se tournèrent vers elle.


— Lyla, commença sa mère…


— Je sais que ça paraît fou, maman, mais toute ma vie, j’ai eu des questions auxquelles personne ne pouvait répondre.


Elle baissa un instant les yeux vers la carte.


— Et maintenant, j’apprends que j’ai quatre sœurs. Deux que je n’ai pas encore rencontrées. Je ne peux pas faire comme si je n’avais rien découvert.


Sa voix se fit plus douce.

— J’ai besoin de savoir qui je suis. Et si Clara peut nous aider, je veux la retrouver.


Martin replia soigneusement la carte avant de la déposer sur la table.


— Québec n’est qu’à quelques heures de route. Je peux vous accompagner.


Mme Tudor se tourna vers lui.


— Martin…


— Elles ont besoin de comprendre ce qui leur arrive et cette carte pourrait être importante. Je préfère être avec elles plutôt que de les savoir seules dans cette grande ville.


Il regarda les trois adolescentes.


— Nous préparerons le voyage ce soir et nous partirons demain matin, si tout le monde est prêt.


— Oh… merci, papa, murmura Lyla, visiblement touchée.


Sa mère l’attira contre elle et la serra longuement dans ses bras.


— Je comprends que tu veuilles retrouver tes sœurs. Je ne vais pas t’en empêcher, mais promets-moi de rester prudente. Vous ne savez pas ce qui vous attend là-bas.


Lyla lui rendit son étreinte.


— Je te le promets.



Pendant que sa mère la gardait dans ses bras, son père, Éliane et Olivia commencèrent à remettre la pièce en ordre.


Pour la première fois depuis que le vent s’était déchaîné, la tension retomba un peu, mais une nouvelle aventure se préparait déjà.


Et elle les conduirait à Québec.


Fin de la partie 3.


Lyla vient tout juste de découvrir son pouvoir, mais ce n'est que le début! Grâce à une mystérieuse carte, elle et ses deux soeurs s'apprêtent à partir à la recherche de Clara.


Rendez-vous le lundi 16 novembre 2026 pour la suite!


Bonne lecture ! 💓


France




👉 Tome 1



 
 

Merci de voyager à travers les mots avec moi !

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