top of page

La dame du manoir

Photo du rédacteur: France Beaulieu
France Beaulieu
19 oct.
8 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 6 jours

Chapitre 10 : Partie 2


Mercredi 29 octobre 2025 • 19 h 00


Sept heures venaient de sonner. Dans le salon, seul le crépitement du feu dans la cheminée venait rompre le silence.


Éliane gardait les yeux baissés, encore bouleversée par tout ce que Lyla venait de leur révéler.

Olivia, elle, observait leur nouvelle sœur avec curiosité, mais aussi avec une certaine prudence.


La porte s’ouvrit doucement.


Une femme élégante entra dans la pièce. Ses cheveux châtains étaient soigneusement coiffés et ses yeux bleus, d’une grande douceur, parcoururent le salon avant de s’arrêter sur Lyla.


— Lyla, ma chérie… tout va bien?


Lyla se retourna aussitôt.


— Oui, maman. Tout va bien.


La dame s’approcha et adressa un sourire poli à Olivia, puis son regard croisa celui d’Éliane et son expression changea légèrement.


— Bonsoir… Éliane.


Éliane cligna des yeux, déstabilisée. Elle ne se souvenait pas avoir rencontré cette femme.


— Bonsoir, madame, répondit Éliane timidement.


Olivia observa Éliane, tout aussi perplexe. Aucune des deux ne semblait comprendre ce qui se passait.


— Madame… vous me connaissez?


— Pas encore, ma chérie, mais je sens que j’en saurai davantage demain.


Éliane pencha légèrement la tête, cherchant à comprendre le sens de ces paroles. La réponse était étrange, mais le ton de la femme restait si calme qu’elle ne savait pas vraiment quoi en penser.


Mme Tudor regarda ensuite les trois jeunes filles. Dehors, la pluie s’était intensifiée, martelant les fenêtres du manoir. Un grondement de tonnerre résonna au loin.


— Il se fait tard, dit-elle doucement. Et avec ce mauvais temps, il n’est pas question de vous laisser reprendre la route ce soir. Vous pouvez dormir ici, nous avons suffisamment de chambres. Vous êtes nos invitées.


Éliane échangea un regard avec Olivia, qui semblait soudain préoccupée.


— Mais… mon scooter est encore au petit café, fit remarquer Olivia.


Mme Tudor lui adressa un sourire rassurant.


— Ne vous inquiétez pas pour ça, ma chère. Mon mari ira le chercher demain matin, dès l’aube. Il n’y a aucune raison de prendre des risques par un temps pareil. Votre scooter sera ici avant même que vous ayez terminé votre petit-déjeuner.


Olivia parut soulagée.


— Vous êtes certaine que cela ne vous dérange pas?


— Absolument pas! répondit Mme Tudor avec chaleur. Nous serons ravis de vous garder auprès de nous pour la nuit.


Mme Tudor posa doucement une main sur l’épaule de sa fille.


— Et toi aussi, ma belle. Tu devrais aller te reposer. Cette journée a dû être éprouvante.


Lyla lui sourit.


— Merci, maman.


Dans l’encadrement de la porte, Roberta, la fidèle employée de maison, attendait patiemment.


— Roberta, veux-tu bien montrer leurs chambres à nos invitées?


— Bien sûr, madame.


La domestique leur fit signe de la suivre.



Des tableaux anciens couvraient les murs et de petites chandelles diffusaient une lumière chaleureuse.


Olivia promena un regard ébahi autour d’elle.


— C’est immense!


Roberta ouvrit la porte de la première chambre.


— Voilà, vous pouvez vous installer ici.


Olivia entra et s’arrêta net en découvrant le grand lit à baldaquin, les rideaux crème et les

meubles anciens.

— Wow! Elle est magnifique! Je peux prendre celle-ci?


Roberta sourit devant la réaction d’Olivia.


— Vous pouvez vous installer ici, si vous le souhaitez.


— Sans hésiter! répondit Olivia. Cette chambre est parfaite!


Roberta lui adressa un sourire amusé avant de les conduire jusqu’à la porte suivante.


— Entrez, mademoiselle Éliane. J’espère que cette chambre vous plaira. Si vous avez besoin de quelque chose, tirez sur la corde près de la porte. Je viendrai aussitôt.


Éliane entra et regarda autour d’elle avant de se tourner vers la servante.


— Merci, Roberta. C’est très gentil.


— Madame Tudor voudrait savoir si vous avez faim. Il est déjà tard, mais elle peut vous faire préparer quelque chose à manger, si vous le souhaitez.


Olivia, qui avait suivi Éliane à l’intérieur, se retourna aussitôt.


— Oh oui, je meurs de faim! s’exclama Olivia.


— Dans ce cas, je vais vous apporter votre repas. Installez-vous confortablement, je reviens tout de suite.


— Merci beaucoup! répondit Olivia.


Roberta leur adressa un dernier sourire avant de quitter la chambre.


Éliane posa son sac sur le lit et commença à en sortir son pyjama. Olivia s’installa

confortablement sur le matelas.


— Dis, t’as remarqué quelque chose?


Éliane leva les yeux vers elle.


— Quoi donc?


— La mère de Lyla t’a appelée par ton prénom…


Éliane s’arrêta un instant.


— Ouais… j’ai trouvé ça bizarre aussi.


À cet instant, Roberta revint avec un plateau. Elle déposa les assiettes sur la table près de la

fenêtre, puis quitta la chambre aussi discrètement qu’elle était arrivée.


Olivia souleva la cloche qui recouvrait son assiette. Une délicieuse odeur de sauce tomate et de fromage gratiné s’en dégagea.


— Des lasagnes! Ça sent trop bon! s’exclama-t-elle.


Les deux filles s’installèrent à table et commencèrent à manger.


— Franchement, cette journée… complètement folle! dit Olivia, entre deux bouchées.


Éliane piqua un morceau de lasagne avec sa fourchette.


— Je te le fais pas dire! Entre la route, le traversier, le café, notre rencontre avec Lyla et

maintenant ce manoir… J’ai l’impression qu’on a vécu un mois en une seule journée.


Olivia termina son assiette à toute vitesse, puis se leva.


— Je suis crevée. Je vais dormir.


— À demain, Olivia.


La porte se referma dans un léger grincement.


Éliane enfila son pyjama, se brossa les dents, puis se glissa sous les couvertures.


Allongée dans son lit, elle repensa aux paroles de Mme Tudor et surtout à Lyla. Tant de choses s’étaient passées en si peu de temps…


Elle finit par fermer les yeux. Pour une fois, aucune vision ne vint troubler son sommeil. Elle s’endormit paisiblement.



Jeudi 30 octobre 2025 • 9 h 00


Le lendemain matin, une lumière douce traversait les rideaux crème. Une délicieuse odeur flottait dans la maison.


Éliane ouvrit les yeux et jeta un coup d’œil au cadran sur sa table de chevet.


— Quoi? Déjà neuf heures?


Elle n’en revenait pas. Elle qui se réveillait habituellement bien plus tôt avait dormi comme une bûche! Elle se leva rapidement, s’habilla et sortit dans le couloir.


En descendant les marches, elle entendit des éclats de rire qui provenaient de la cuisine. Curieuse, elle accéléra le pas.


En entrant dans la salle à manger, Éliane aperçut Olivia, déjà installée à table, les mains autour d’une tasse de chocolat chaud. En face d’elle, Lyla discutait avec un homme aux cheveux poivre et sel.


Olivia se tourna vers elle avec un sourire amusé.


— Ah, te voilà, la marmotte!


Lyla se retourna à son tour.


— Éliane, je te présente mon père.


L’homme se leva et lui tendit la main avec un sourire chaleureux.


— Enchanté, Éliane! Tu peux m’appeler Martin.


Éliane lui serra la main timidement et s’assit à la table.


Roberta déposa devant elle une assiette remplie d’œufs brouillés, de fruits frais et de pain chaud.


— Oh… merci. Ça semble délicieux!


— Au fait, Olivia, je suis allé chercher ton scooter ce matin. Il est dans la cour.


— Merci beaucoup, monsieur Tudor. C’est vraiment gentil!


Martin secoua la tête en riant.


— Je n’arrive toujours pas à croire que vous avez fait tout ce chemin sur un scooter!


— Moi non plus! Je pensais mourir là-dessus! lança Éliane.


Olivia éclata de rire.


— Avoue qu’après une heure, tu commençais à trouver ça amusant!


— Bon, d’accord… un peu! admit Éliane en levant les mains.


Martin lui fit un clin d'oeil.


— Alors, racontez-nous votre voyage. Vous avez sûrement vécu quelques aventures en chemin.


Olivia échangea un regard complice avec Éliane.


— Vous n’avez pas idée!


Les deux filles racontèrent leur trajet et leur rencontre avec Lyla. Les anecdotes firent rire tout le monde, mais Éliane avait toujours une question en tête.


Depuis le début du repas, elle cherchait le bon moment pour la poser. Son regard se tournait

régulièrement vers Mme Tudor, qui discutait tranquillement avec les autres.


Finalement, elle prit son courage à deux mains.


— Euh… Madame Tudor?


Mme Tudor tourna la tête vers elle.


— Oui, Éliane?


La jeune fille hésita un instant.


— Hier soir, quand vous êtes entrée dans le salon, vous m’avez dit : « Bonsoir, Éliane. »


Elle marqua une pause, puis poursuivit :


— Comment saviez-vous que je m’appelais Éliane?


Mme Tudor posa lentement sa tasse et tourna la tête vers Lyla.


— C’est à toi de lui expliquer, Lyla. Tu ne crois pas?


Lyla, qui venait de porter une bouchée à sa bouche, manqua de s’étouffer.

— Maintenant? demanda-t-elle, surprise.


— Oui. Je crois qu’il est temps.

Lyla repoussa sa chaise, se leva et quitta la cuisine.


Quelques instants plus tard, elle revint avec une petite enveloppe qu’elle posa sur la table.


— Depuis que je suis toute petite, je l’ai toujours traînée avec moi.


Lyla sortit une lettre jaunie. Le papier était si vieux qu’il semblait presque transparent.


— Je l’ai lue des centaines de fois.


Elle déplia délicatement le papier. Son écriture fine et penchée semblait appartenir à une autre époque.


Mme Tudor posa doucement sa main sur le bras de Lyla.


— Tu devrais la lire à voix haute, ma chérie.


Lyla acquiesça, puis reporta son attention sur la lettre.



Lyla,


Je suis là, devant l’orphelinat, le cœur brisé à l’idée de te laisser ici. Si tu savais comme

j’aimerais te serrer dans mes bras et te dire combien je t’aime. Mais le temps me manque, et je dois faire vite.


J’ai pris la décision la plus difficile de ma vie : confier mes cinq filles à d’autres familles pour vous protéger d’un monde qui pourrait vous faire du mal.


N’oublie jamais ceci : un jour, une jeune fille à la chevelure de feu nommée Éliane viendra à toi. Elle est ta sœur, l’une des cinq. Écoute-la attentivement. Elle t’aidera à comprendre ce que je ne peux pas encore t’expliquer.


Pardonne-moi de ne pas pouvoir être auprès de toi. Un jour, nous nous retrouverons. Je t’en fais la promesse.


Je t’aime de tout mon cœur.


Maman



Lorsque Lyla termina sa lecture, personne ne dit un mot.


Les yeux d’Éliane se remplirent de larmes.


— Lyla… tu savais que j’existais?


— Oui. Depuis toujours.


Lyla baissa les yeux vers la lettre.


— Mais j’avais peur.


— Peur de quoi? demanda Éliane.


Lyla prit une grande inspiration.


— D’être déçue.


Elle essuya rapidement une larme.


— Imagine… J’ai passé mon enfance à changer de famille d’accueil, de maison, d’école…

J’espérais tellement qu’un jour, j’aurais une sœur. Quelqu’un qui serait là pour moi. Mais bon, les années passaient et il ne se passait rien.


Elle tourna la tête vers ses parents adoptifs.


— Puis, je suis arrivée chez les Tudor.


M. Tudor lui sourit tendrement.


— Et tu es devenue notre fille.


Éliane et Olivia échangèrent un regard attendri. Chacune comprenait un peu mieux ce que leur sœur avait traversé avant de les retrouver.


Mme Tudor jeta un coup d’œil à l’horloge accrochée au mur.


— Il est bientôt midi! Après le copieux petit-déjeuner de ce matin, que diriez-vous d’un bon sandwich, à la bonne franquette?


— On va manger dans la véranda. Il y a des fenêtres tout autour. Vous allez pouvoir admirer le paysage, les filles. À l’automne, c’est tout simplement magnifique, ajouta le père de Lyla.


Le déjeuner se déroula dans une ambiance chaleureuse. Après avoir écouté Lyla raconter son enfance, ce fut au tour d’Éliane et d’Olivia de partager leurs souvenirs. Entre confidences et éclats de rire, les heures passèrent sans qu’elles s’en aperçoivent.


Vers quatorze heures, tout le monde était détendu et l’atmosphère, joyeuse. Éliane sentit que le moment était venu de révéler une nouvelle vérité à Lyla.


Son regard s’attarda sur sa sœur, puis elle sembla prendre une décision.

— Je reviens.


Olivia la regarda se lever.


— Où vas-tu?


Éliane ne répondit pas immédiatement. Elle revint quelques minutes plus tard avec son sac et le posa sur une chaise. Puis, elle fouilla à l’intérieur.


Éliane en sortit un petit coffre ancien qu’elle posa soigneusement sur la table, devant Lyla.


Intriguée, Lyla regarda ses deux sœurs.


— C’est quoi?


Sans répondre, Éliane glissa une main sous son chandail et en sortit une petite clé suspendue à une chaînette.


Olivia comprit immédiatement. Elle imita sa sœur et sortit à son tour la sienne.


Les yeux de Lyla s’agrandirent de surprise. Lentement, presque comme si elle avait peur de ce qu’elle allait découvrir, elle porta la main à la chaînette qu’elle gardait autour du cou.


Elle en sortit une clé.


La même.



Pendant quelques secondes, les trois sœurs demeurèrent silencieuses, fascinées par leurs clés.


Elles étaient enfin réunies, mais elles le savaient, ce n’était que le début.


Un long chemin les attendait, semé d’embûches et de révélations.


Fin de la partie 2.


Lyla retrouve enfin ses deux sœurs, mais une mystérieuse lettre et trois clés identiques révèlent que leurs retrouvailles ne sont que le début d'une grande aventure.


Envie de connaître la suite? La prochaine partie t'attend!


Bonne lecture ! 💜


France





👉 Tome 1



 
 

Merci de voyager à travers les mots avec moi !

bottom of page