La rencontre avec Lyla
Dernière mise à jour : 11 oct.
Chapitre 9 : Partie 3
Mercredi, 29 octobre 2025 • 15 h 45

Quinze minutes plus tôt…
La pluie ne semblait plus vouloir s’arrêter. Peu à peu, les clients avaient quitté le Café du Port. Il ne restait presque plus personne.
Éliane s’était installée près de la porte et regardait le fleuve d’un œil inquiet, les bras croisés.
Au loin, les eaux du fleuve s’agitaient. De grosses vagues commençaient à se former. Les arbres se balançaient sous les bourrasques du vent et le ciel, devenu presque gris foncé, semblait annoncer une tempête.
Cela faisait des heures qu’Éliane et Olivia attendaient leur sœur Lyla dans le café.
Éliane jeta un coup d’œil à l’horloge accrochée au mur.
15 h 30
Éliane serra les bras contre elle et lança un regard à Olivia.
— Elle ne se pointera pas.
Olivia leva les yeux de son cellulaire.
— Éli…
— Pas avec une température pareille. Elle ne viendra pas.
Éliane retourna s’asseoir à la table, l’air découragé.
— Ça fait plus de quatre heures qu’on attend.
— Je sais.
— On aurait pu partir depuis longtemps… mais on est restée… je me sens tellement idiote.
Olivia posa son téléphone sur la table.
— Ne dis pas ça.
Olivia regarda l’horloge.
— Le café ferme dans trente minutes.
Éliane baissa les yeux. Trente minutes. Après tout ce temps passé à attendre, il ne leur restait presque plus de temps.
Elle commençait sérieusement à se demander si elles n’avaient pas fait tout ce chemin pour rien.
Dehors, une violente rafale fit claquer une branche contre la fenêtre. Éliane sursauta et regarda le fleuve. Les vagues grossissaient à vue d’œil.
Dans le café, on n’entendait plus que la pluie qui martelait les vitres.
Éliane fixa la porte d’entrée. Elle allait détourner les yeux lorsqu’une clochette retentit.
15 h 45
Une jeune fille venait d’entrer.

Ses cheveux bruns, rassemblés en une longue tresse, retombaient sur son épaule. Quelques mèches humides s’étaient échappées autour de son visage.
Elle s’attarda un instant près de la porte, luttant avec son parapluie détrempé qu’elle tentait tant bien que mal de refermer.
Ensuite, son regard parcourut rapidement la salle avant de se poser sur Éliane.
Celle-ci sentit son cœur s’arrêter un instant. Elle attrapa doucement le bras d’Olivia.
— Oli…
— Quoi?
Éliane ne quittait pas la jeune fille des yeux.
— C’est elle… c’est Lyla.
Lyla s’avança lentement vers leur table.
— Éliane… dit-elle.
Éliane sentit ses yeux se remplir de larmes.
— J'arrive pas à croire que t'es là…
Olivia intervint calmement.
— On est venues pour te parler.
Lyla se tourna brusquement vers elle, le regard dur et méfiant.
— … Et si moi, je n’ai pas envie de vous parler? dit Lyla d’une voix remplie de colère.
Éliane, sous le choc de ces paroles, se leva.
— Lyla… on est tes sœurs!
Le visage de Lyla se crispa. Elle recula d’un pas.
— Ne dis pas ça.
Éliane resta là, ne sachant pas quoi dire.
— Vous n’auriez jamais dû venir jusqu’ici. Vous avez perdu votre temps!
La tristesse laissa peu à peu place à la colère. Éliane sentit son incompréhension se transformer en frustration.
— On a traversé la moitié du Québec pour te retrouver!
— Je vous ai jamais demandé de venir!
Éliane reçut ces paroles comme une gifle en plein visage.
— Quoi???
Lyla baissa légèrement la tête avant de murmurer :
— Vous devez partir.
— J’ai attendu quatre heures pour te parler. Je ne vais pas partir maintenant.
Lyla recula d’un pas. Son visage se décomposa, comme si la présence d’Éliane et d’Olivia réveillait une peur qu’elle cherchait désespérément à cacher.
— Si vous restez… vous allez tout gâcher!!! cria Lyla avant de faire volte-face et de se diriger rapidement vers la sortie.
— Lyla!
Elle s’arrêta, la main posée sur la poignée. Sans se retourner, elle dit tout bas :
— Vous n’auriez jamais dû venir jusqu’ici…
La porte se referma derrière elle.
Éliane resta sans voix, incapable de croire ce qui venait de se passer.
Olivia posa doucement une main sur son bras.
— Éli…
Éliane se dégagea.
— Qu’est-ce qui lui prend? Elle nous rejette sans même nous écouter! Tu te rends compte? Elle veut rien savoir de nous!
— Éli…
Elle essuya rageusement une larme.
— Qu’est-ce qu’on lui a fait? Pourquoi elle nous déteste?
Éliane, brusquement, attrapa son sac.
— Elle nous cache quelque chose, c'est sûr. Et crois-moi, on va le découvrir.
Olivia la regarda.
— Tu veux la suivre?
— Allez, on y va!
Elles sortirent du café. La pluie tombait toujours. Un vrai déluge… mais Éliane s’en fichait. Elle devait retrouver Lyla.
Au coin de la rue, elles aperçurent sa silhouette qui s’éloignait rapidement en direction du vieux port.
Olivia ralentit.
— Le scooter reste ici, dit Éliane.
— Quoi?
— T'inquiète... on le reprendra plus tard.
Elle désigna Lyla.
— Là, c’est plus important.
Olivia hocha la tête.
— D’accord. Mais on garde nos distances.
— Pourquoi?
Olivia lui lança un regard.
— Parce que si elle nous voit, elle risque de repartir en courant. Lyla doit connaître tous les recoins de cette ville… pas nous.
Un bref regard suffit. Elles se mirent à marcher d’un pas rapide.
Après quelques instants, Olivia murmura :
— Éli…
— Quoi?
— Tu as remarqué quelque chose?
— Quoi?
— Elle connaissait ton nom.
Éliane fixa au loin la silhouette de Lyla.
— Oui. T’as raison. Elle ne m’a pas demandé qui j’étais. Elle savait déjà.
Olivia réfléchit.
— Tu crois qu’elle a reçu une lettre, comme moi?
— C’est possible.
— Alors elle savait probablement qu’on allait venir.
Éliane ne répondit pas. Une question tournait dans sa tête. De quoi Lyla avait-elle peur?
Elles continuèrent à la suivre jusqu’à la sortie du village.
Lyla traversa une petite route bordée de champs, puis s’engagea sur un sentier dissimulé derrière une rangée de cèdres.
Éliane s’arrêta.
— Tu crois qu’elle sait qu’on est là?
Olivia observa Lyla au loin.
— Si c’est le cas, elle fait semblant de ne pas nous voir.
Olivia fit un pas en avant.
— Allons-y.
Elles longèrent la haie et s’enfoncèrent dans le sentier. Au bout de celui-ci se dressait une immense maison. Un véritable manoir.
Un imposant portail de fer forgé s’ouvrait sur une longue allée de pierres menant jusqu’au
perron. Sous la pluie battante, l’endroit semblait tout droit sorti d’un vieux film.
Olivia laissa échapper un sifflement.
— C’est…
Elle resta bouche bée.
— Magnifique!
Éliane leva les yeux vers la demeure, impressionnée.
— Grandiose serait un mot plus juste, répondit Olivia.

Elles virent Lyla franchir le portail en regardant nerveusement derrière elle, comme si elle avait peur d’être suivie.
Elle remonta rapidement l’allée, puis disparut à l’intérieur.
Éliane resta silencieuse, les yeux rivés sur l’entrée du manoir.
Elle serra les poings.
— Non.
Olivia lui adressa un regard qui disait clairement : calme-toi.
— Éli…
— Non, Oli.
— Qu’est-ce que tu comptes faire?
— Entrer.
Olivia la dévisagea.
— Dans cette maison?
— Oui.
— Tu plaisantes?
— Pas du tout.
— Éli, on ne peut pas simplement débarquer chez elle!
— Pourquoi pas?
— Parce qu’elle vient clairement de nous demander de partir!
— Et moi, je veux savoir pourquoi!
Olivia secoua la tête.
— Tu es en colère.
— Oui, je suis en colère… et après?
— Quand tu es dans cet état, tu ne réfléchis plus.
Éliane se retourna brusquement.
— Alors, explique-moi ce qu’on est censées faire… Repartir tranquillement chacune chez soi et tout oublier?
— Non… c’est pas ce que je dis.
— Alors quoi?
Olivia prit une inspiration.
— Attendre qu’elle soit prête.
Éliane éclata presque de rire.
— Attendre???
Elle désigna la maison.
— On attend depuis des heures! Et maintenant qu’on l’a enfin retrouvée, tu veux encore attendre?
— Je veux éviter de tout gâcher.
— Mais elle nous a déjà rejetées!
— Justement.
Olivia s’approcha d’elle.
— Tu crois vraiment que lui foncer dessus va arranger les choses?
Éliane détourna les yeux.
— Elle nous doit des explications.
— Peut-être.
Éliane serra les mâchoires.
— Non. Pas peut-être. Tu sais que j’ai raison.
Olivia soupira, et posa sa main sur l’épaule d’Éliane.
— Mais Éli, sois raisonnable. Si tu la brusques, tu risques de la faire fuir.
Ce geste d’Olivia eut l’effet d’un électrochoc. La colère d’Éliane retomba peu à peu.
Elle regarda Olivia.
— Toi…
— Quoi?
— Tu as encore fait quelque chose.
Olivia prit un air faussement étonné.
— Quoi?
— Ton don.
— Je ne sais pas de quoi tu parles.
— Arrête d’utiliser ton don sur moi, d’accord? J’ai pas besoin que tu me calmes à chaque fois que je pète ma coche.
Olivia sourit, un peu amusée.
— Oli…
— D’accord, d’accord.
Éliane esquissa un sourire malgré elle.
— Mais merci quand même.
Olivia regarda de nouveau l’immense portail de fer.
— Maintenant que tu es calmée…
Éliane leva les yeux au ciel.
Olivia la dévisagea quelques secondes, comme si elle essayait de deviner ce qu'elle avait encore en tête.
— Je sens que tu vas quand même faire quelque chose de complètement fou, ajouta Olivia.
Éliane ne chercha même pas à se défendre.
— Probablement.
— Évidemment.
Éliane s’avança vers le portail. Olivia la suivit.

Arrivées devant les grandes grilles de fer, elles s’arrêtèrent. Éliane posa ses mains sur le métal froid.
— Prête?
Olivia regarda la maison.
Éliane poussa le portail qui s’ouvrit lentement dans un long grincement métallique.
Elles échangèrent un dernier regard puis, sans dire un mot de plus, elles franchirent ensemble les grandes portes du domaine.
Fin de la partie 3.
Le portail vient de se refermer derrière elles... mais ce qu'Éliane et Olivia s'apprêtent à découvrir pourrait bien changer leur histoire à jamais.
Pour ne rien manquer de la suite, rendez-vous au chapitre 10.
Bonne lecture ! 🧡
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