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La veille du départ

  • Photo du rédacteur: France Beaulieu
    France Beaulieu
  • 24 mai
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 8 juin

Chapitre 5: Partie 3


Dimanche 26 octobre 2025 • 16h00


La porte de la chambre claqua si fort qu’un silence de plomb s’abattit sur la maison.


En bas, dans la cuisine, le père d’Éliane releva brusquement la tête. Son visage se durcit aussitôt.


— Ça, par exemple…


Sans attendre, il repoussa sa chaise et se dirigea vers l’escalier d’un pas décidé. La colère se lisait dans chacun de ses mouvements. Chez lui, on ne claquait pas les portes comme ça.


Sa femme se leva rapidement à son tour et le suivit jusqu’au bas des marches.


— Attends…


Elle posa une main sur son épaule pour le retenir. Il s’arrêta, tendu, les yeux levés vers l’étage.


— Laisse-la tranquille pour l’instant, murmura-t-elle. Ce n’est pas le moment.


— Elle ne peut pas nous parler comme ça et monter en claquant la porte!


— Je sais… mais Éliane a besoin d’être seule. Et toi aussi, tu dois te calmer un peu.


Le père serra la mâchoire sans répondre. Pendant quelques secondes, il continua de fixer l’escalier, comme s’il hésitait encore à monter malgré tout.


— Elle va se calmer, finit-il par dire. Elle va réfléchir un peu… puis elle va comprendre que ça n’a pas de sens, tout ça.


— Paul, tu crois vraiment ça?


— Bien sûr. Elle a seize ans… elle veut partir seule vers un endroit qu’on ne connaît même pas… pour chercher une sœur dont elle ignore tout. C’est dangereux, voyons!


— Jacob et Camille feront le trajet avec elle jusqu’à L’Isle-aux-Coudres…


— Jusqu’à l’île seulement! Après ça, elle veut continuer seule! Claire, tu trouves que c’est normal de laisser partir notre fille de seize ans, seule, vers un endroit que l’on ne connaît même pas?


Sa femme resta silencieuse un instant avant de répondre plus doucement :


— Non… c’est pas normal.


Il tourna la tête vers elle.


— Alors pourquoi t’as l’air de prendre son bord?


— Parce que… je n’ai jamais vu Éliane aussi déterminée.


Le père ne répondit pas.


— Depuis qu’elle a découvert cette lettre… ces coffres… quelque chose a changé en elle, continua sa mère. Sa vie vient de basculer… et elle cherche des réponses. Je peux la comprendre.


— Mais elle est encore jeune…


— Oui, et ça me fait peur aussi… Mais si on essaie de l’empêcher… on risque… de la perdre.


Ces mots semblèrent l’atteindre de plein fouet. On pouvait lire sur son visage l’inquiétude.


— Paul… le plus important, selon moi, c’est qu’elle sache qu’on sera là pour elle. Qu’elle a une famille qui la soutient… peu importe ce qu’elle découvrira là-bas.


— Et si elle trouve quelque chose qui lui fait du mal?


— Alors elle reviendra ici. Sa maison sera toujours ici.


Il ferma les yeux un instant.


— J’arrive juste pas à croire qu’on en soit rendus là…


Elle posa délicatement sa main sur la sienne.


— Notre fille souffre… et elle a besoin qu’on lui fasse confiance.



À l’étage, Éliane était étendue sur son lit, le visage enfoui dans son oreiller. Des larmes coulaient sur ses joues sans qu’elle réussisse à les arrêter.


Pourquoi ils ne comprenaient pas?


Quelques heures plus tôt, elle était si excitée à l’idée d’aller à la rencontre de sa sœur… mais maintenant, elle pleurait. De rage. De colère. De désespoir.


Cette douleur qu’elle ressentait au fond d’elle lui faisait terriblement mal.



Dans un geste nerveux, elle attrapa son cellulaire sur sa table de chevet et envoya un message à sa meilleure amie.


Éliane : Cam, t’es réveillée?


Les trois petits points apparurent presque aussitôt.


Camille : Ouais. Qu’est-ce qui se passe?


Éliane prit quelques secondes avant de répondre.


Éliane : J’viens de me chicaner avec mes parents…


Quelques secondes plus tard…


Éliane : Camille, appelle-moi.


Éliane inspira profondément avant d’appuyer sur appeler.


— Allo? demanda Camille aussitôt.


— Cam…


Sa voix se brisa immédiatement.


— Éli… hey… pleure pas… qu’est-ce qui s’est passé?


Éliane essuya ses yeux du revers de sa manche.

— Ils comprennent pas…


— Pour le voyage?


— Oui…


Elle renifla.


— Mon père veut pas que je parte seule… il trouve que ça n'a aucun sens…


— Ouf…


Sa voix se coupait entre deux sanglots.


— J’ai des sœurs quelque part… peut-être une mère qui m’attend depuis des années… pis eux veulent que je reste ici comme si de rien n’était!


— Éli… tes parents ont peur, c’est tout.


— Je le sais! Mais moi aussi j’ai peur! J’suis assez grande pour prendre mes décisions!


Camille resta quelques secondes sans parler avant de répondre calmement :


— Je pense juste que tout le monde est à bout là… toi… eux aussi… Demain matin, ça va peut-être être différent. J’suis certaine que tes parents vont réfléchir de leur côté.


Éliane soupira.


— Peut-être…


— Pis honnêtement? Si mes parents apprenaient demain matin que j’ai quatre sœurs cachées quelque part dans le monde… ils capoteraient aussi.


Malgré ses larmes, un petit rire nerveux échappa à Éliane.


— Ouais… sûrement…


Le ton de Camille devint plus doux.


— Peu importe ce qui arrive demain… t’es pas toute seule là-dedans.


— Merci…


— Moi pis Jacob, on est avec toi jusqu’au bout.


Éliane sentit sa gorge se serrer.


— J’ai tellement peur… de ce que je vais découvrir… Et si elle veut pas de moi?


— Éli… sérieux… elle peut pas te rejeter comme ça. T’es sa sœur.


Éliane ferma les yeux.


— Merci d’être là…


— Toujours.


Un bref silence s'installa entre elles, puis Camille ajouta :


— Bon… essaie de dormir un peu là. Demain, grosse journée.


Éliane sourit faiblement.


— Ouais…


Soudain, quelqu’un cogna discrètement à sa porte.


Toc toc.


Éliane releva la tête.


— Camille… faut que j’te laisse.


— Ton père?


— Je pense…


— Ok. Respire. Ça va bien aller.


— Bonne nuit…


— Bonne nuit, Éli.


Elle raccrocha, puis lança d’une toute petite voix...


— Entre…



La porte s’ouvrit lentement.


Son père entra dans la chambre. Il avait l’air tellement fatigué. Pendant quelques secondes, aucun des deux ne parla, puis il s’approcha du lit.


— Ça va?


Éliane haussa les épaules sans répondre.



Il s’assit au bout du lit, les mains posées sur ses genoux.


— Écoute… je sais que je me suis emporté tantôt.


Elle baissa les yeux.


— Moi aussi…


Après quelques minutes interminables où aucun des deux n’osait parler, son père reprit la parole.


— J’essaie juste de comprendre comment ma fille peut vouloir partir seule vers quelque chose d’aussi… inconnu.


Sa voix vacilla un peu.


— Papa, j’peux pas rester ici… sans au moins essayer. J’ai besoin de connaître la vérité sur ma naissance… ma famille.


Son père la regarda longtemps.


— Je sais. Je comprends tout ça… mais honnêtement, ça me fait peur. Je vois bien que c’est important pour toi.

Éliane se tourna vers lui et serra tendrement ses mains dans les siennes.


— Papa… j’ai besoin que tu me fasses confiance…


— J’te promets pas d’être d’accord avec tout ça… mais j’vais pas t’empêcher d’y aller.


Éliane, surprise, n’en croyait pas ses yeux…


— Pour vrai…?


Il acquiesça en silence.


— À une condition.


— Laquelle? Tout ce que tu veux…


— Tu nous appelles tous les soirs, peu importe où tu es. Même si c’est juste pour deux minutes.


— Je te le promets.


— Pis au moindre problème… tu reviens.


— D’accord… ça marche! dit-elle avec enthousiasme.


Son père posa ses mains sur ses épaules et la regarda droit dans les yeux.


— Et surtout…ta maison sera toujours ici. Si tu ne trouves pas ce que tu cherches… reviens. On t’aidera.


Éliane, au bord des larmes, se sentit soudain beaucoup mieux. Franchement, elle avait les meilleurs parents du monde.


— Merci papa… merci tellement…


Son père lui caressa doucement les cheveux avant de quitter la chambre, les épaules voûtées, le regard triste. La porte se referma derrière lui.



Éliane regarda tous les objets étalés autour d’elle et poussa un long soupir.


— Dire que je dois apporter tout ça avec moi… Ce ne sera pas si facile…, dit-elle découragée.


Son regard parcourut la chambre. Pendant quelques secondes, elle observa les étagères, le coin près de son bureau… puis ses yeux s’arrêtèrent sur son sac à dos d’école posé près de la porte.


— Ok… ça fera l’affaire.


Elle attrapa le sac et le déposa sur le plancher avant de l’ouvrir grand. Elle commença à tout empaqueter minutieusement, prenant le temps de réfléchir à la position de chaque objet.



Les vêtements furent roulés serrés et glissés dans le fond. Les cinq coffres trouvèrent leur place au centre, protégés entre les chandails. Le parchemin fut rangé délicatement dans une pochette intérieure avec la carte de l’île. Son carnet et son crayon restèrent facilement accessibles dans la poche avant.


Finalement, Éliane passa le médaillon autour de son cou et regarda son sac à dos bien rempli. Il avait l’air beaucoup plus lourd qu’un simple sac d’école… mais au moins, tout y entrait.


Éliane s’étendit sur son lit. Elle repensa à ses parents. La pensée de les quitter, même pour quelques jours, lui serra le cœur.


Oui, elle avait peur.


Peur de ce qu’elle allait découvrir.


Peur d’être rejetée.


Peur que toute cette histoire ne mène nulle part.


Mais malgré tout… elle n'avait aucun doute. Elle devait y aller.


Elle se glissa sous ses couvertures, le cœur rempli d’une détermination nouvelle.


Demain, au lever du soleil, elle quitterait tout ce qu’elle connaissait pour partir à la recherche de la vérité.


L’Isle-aux-Coudres…


C’était là que tout commencerait.


Fin de la partie 3.


Et si ce voyage n'était que le début d'un plus grand secret?

Le prochain chapitre pourrait tout changer... Bonne lecture! 💚


France



👉 Tome 1


 
 

Merci de voyager à travers les mots avec moi !

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