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Un départ douloureux

  • Photo du rédacteur: France Beaulieu
    France Beaulieu
  • 8 juin
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 6 juil.

Chapitre 6: Partie 1


Lundi 27 octobre 2025 • 8h00


Au petit matin, Éliane fut réveillée par une odeur de pain grillé et de café. Elle avait à peine dormi. Toute la nuit, elle s’était retournée dans son lit sans parvenir à trouver le sommeil.


Elle resta un long moment sans bouger, à fixer le plafond. Dans sa tête, les images défilaient encore et encore, comme un film impossible à arrêter.


— OK… c’est aujourd’hui. Plus de retour en arrière, murmura-t-elle, un peu stressée.


La veille, ses parents avaient fini par accepter son départ, après une discussion… disons, particulièrement difficile. Éliane savait que sa mère avait joué un rôle essentiel dans cette décision. Elle avait toujours su trouver les mots justes, même dans les moments les plus compliqués.


Éliane secoua vivement la tête. Les larmes lui montaient déjà aux yeux. Ce n’était clairement pas le moment de se mettre à pleurer comme une madeleine…


Son cellulaire vibra sous les draps. Un texto de Camille.


Camille : Salut Éli! T’as réussi à dormir?


Éliane : Franchement… pas trop.


Camille : Jacob est arrivé. On part dans quinze minutes. Tu seras prête?


Éliane jeta un coup d’œil à son cadran.


Éliane : 8 heures… pas possible! Ok, je serai prête… À plus!


Elle s’habilla à toute vitesse. Son sac à dos était prêt depuis la veille, mais elle l’ouvrit de nouveau malgré tout.


— Carnet… ok. Stylo… ok. Parchemin… ok. Les 5 coffres… ok. Vêtements… ok. Le médaillon… ok.


Elle s’arrêta brusquement, prise d’un élan de panique.


— La photo… je peux pas partir sans la photo!


Elle se leva d’un bond et attrapa le cadre posé sur sa table de chevet. On y voyait cinq petites filles, identiques en tout point. Elle glissa la photo dans son sac, puis le referma.


— Là… c’est vraiment vrai. Je peux plus reculer. Courage, ma vieille…



En bas, sa mère était assise à la table, les yeux rougis par une nuit tourmentée. Trois sacs en papier brun étaient alignés devant elle.


Éliane sentit son ventre se serrer. Elle aurait voulu dire quelque chose, s’excuser peut-être… mais les mots restèrent coincés dans sa gorge.


— T’as dormi? demanda sa mère, rompant ainsi ce malaise grandissant.


Éliane secoua la tête.


— Pas vraiment… et toi?


Sa mère l’observa un instant avant de répondre.


— Pour être honnête… pas du tout.


Elle se leva lentement, puis s’approcha, les épaules légèrement affaissées. Dans un geste spontané, elle la prit dans ses bras.


Éliane se figea une seconde. Elle n’aimait pas vraiment ces démonstrations d’affection. Ça la mettait toujours mal à l’aise… mais cette fois, elle se laissa aller et serra sa mère très fort.


— Maman…


— Chut… reste là.


Elle ferma les yeux. Elle arrivait à sentir le parfum de sa mère… Elle respira profondément, comme si elle essayait d’ancrer cette odeur pour ne jamais l’oublier.


Quand elles se séparèrent, sa mère garda ses mains dans les siennes.


— Écoute-moi.


Éliane hocha la tête, essayant de contrôler ses larmes qui, elle le sentait, ne tarderaient pas à venir.


— Peu importe ce que tu vas découvrir… ça ne change rien pour nous. Tu m’entends? Tu es notre fille. Un point, c’est tout.


— Merci, maman… murmura-t-elle.


À cet instant, son père sortit de son bureau, une photo à la main. Il s’approcha, visiblement mal à l’aise.


— Bon… moi les grandes émotions, tu sais que c’est pas mon truc.


Éliane le regarda, les yeux brillants.


— Papa…


Il leva une main, comme pour lui demander de l’écouter, sans l’interrompre.


— Attends. Laisse-moi finir. Je suis tombé sur cette photo au sous-sol.


Éliane prit la photo tendue par son père.


— Oh oui… Je m’en souviens comme si c’était hier.



— T’avais quatre ans. Pour notre toute première sortie père-fille, je t'avais amenée pêcher au lac. T’avais peur de tout. Tu ne me lâchais pas d'une semelle… un vrai petit pot de colle.


Un léger rire lui échappa.

— Les vers, tu voulais même pas les regarder. Tu disais que ça bougeait comme des petits serpents.


Éliane sourit malgré elle, happée par ce souvenir.


— Tu t’es approchée. T’as pleuré un peu… mais au bout d’un certain temps, t’en as pris un. Tes petits doigts tremblaient, mais tu l’as fait.


Il secoua doucement la tête.


— Cette journée-là, on a attrapé un seul poisson.


Et là, son père éclata de rire, sans aucune retenue.


— De vrais grands pêcheurs!


— De retour à la maison, fière comme un paon, tu voulais raconter, toute seule, ton aventure à ta mère. Je te revois… Tu entres dans la maison, une vraie tornade, et tu cries : Maman! Maman! Papa m’a montré à accrocher les vers… pis j’ai pleuré juste un peu… pis j’ai pêché un gros poisson… toute seule!


Il marqua une pause.


— Et depuis ce jour, chaque été, on est retournés au lac…


— Ouais. Je me rappelle à quel point j'avais hâte d'y aller... juste toi et moi... seuls.


Le père reprit d'une voix plus sérieuse :


— Le plus important, Éliane, c’est que ce jour-là, tu m’as fait confiance… et tu as surmonté ta peur... Et aujourd’hui, c’est à mon tour de te faire confiance.


Il avala sa salive.


— La petite fille qui avait peur des vers… elle est devenue quelqu’un qui avance même quand elle doute. Je t'admire pour cela.


— Oh… papa, dit Éliane en se jetant dans ses bras. Merci d’être mon papa à moi…


Il prit son visage entre ses mains, la regardant droit dans les yeux.


— Écoute-moi bien, trésor… c’est important. Si jamais ça devient trop difficile… tu reviens, d’accord?


Elle hocha lentement la tête.


— Ok.


— Promis?


— Promis.



Il sortit alors une enveloppe de sa poche. Éliane la prit, intriguée, et l’ouvrit.


Une liasse de billets. Des 5 $, 10 $, 20 $... Ses yeux s’agrandirent.


— Non… papa, c’est trop.


— C’est pour que tu ne manques de rien. On veut pas que tu sois prise au dépourvu, dit son père avec douceur.


Éliane secoua la tête, bouleversée.


— Vous êtes fous… mais je vous aime tellement.


Ils se serrèrent tous les trois dans une longue étreinte silencieuse.


Sa mère murmura :


— Fais attention à toi, ma chérie…


Éliane ferma les yeux. Elle aurait voulu les rassurer, leur dire que rien ne changerait entre eux, que ce n’était pas un adieu, mais au fond d’elle, une part savait que ce départ marquerait un avant et un après.


Un klaxon retentit. Sec. Impatient.


— Ah… Jacob, soupira son père.


— Toujours aussi délicat, murmura Éliane avec un petit sourire triste.


Elle essuya rapidement ses yeux.


— N’oublie pas les sacs. J’ai préparé ça pour vous trois. Sandwiches, jus… pour la route. C’est ma façon de t’accompagner.


Dehors, la voiture attendait. Le moteur tournait. Et soudain, la portière s’ouvrit.


— ÉLIAAAANE!


Camille courut vers elle. Elles se jetèrent aussitôt dans les bras l’une de l’autre.


— Prête? demanda Camille.


— Je pense…


Sa voix était fragile.


Jacob cria depuis la voiture :

— Allez les filles… on n’a pas toute la journée!


Camille leva les yeux au ciel.


— T’es vraiment insupportable, lâcha Camille.


— Ça fait partie de mon charme, répondit-il en lui faisant un clin d’œil.


Un bruit se fit entendre dans les buissons. Éliane se retourna.


— Luidgi!


Le chien fonça vers elle. Éliane s’agenouilla et l’enlaça.


— Mon beau… toi aussi tu le sens, hein? Je vais revenir, je te le promets.


Elle tourna lentement la tête vers la maison. Ses parents étaient sur le perron. Yeux humides. Mains levées. Éliane leva la sienne, la gorge trop serrée pour parler.


Camille lui prit la main.


— Il faut y aller.


Jacob ajusta le rétroviseur.


— Direction l’Isle-aux-Coudres.



Après avoir lancé un dernier regard à ses parents, Éliane reporta son attention devant elle.


Les larmes lui montèrent aux yeux malgré tous ses efforts pour les retenir. Elle serra son sac à dos contre sa poitrine, comme pour y puiser du courage.


— Ok… on y va.


La voiture se mit en route.


Peu à peu, la maison s’éloigna derrière eux, emportant avec elle une partie de son passé.


Fin de la partie 1.


Éliane quitte sa famille. Elle est désormais en route vers l'inconnue. La sœur qu'elle cherche l'attend-elle vraiment au bout du chemin?


L'aventure continue dans la partie 2. Bonne lecture! 💚


France



👉 Tome 1


 
 

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