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La veille du grand jour

  • Photo du rédacteur: France Beaulieu
    France Beaulieu
  • 18 janv.
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 14 mai

Chapitre 1: Partie 3


Vendredi 24 octobre 2025 • 17h45


Le soleil se couchait quand Éliane rentra de l’école. Elle monta le chemin de gravier d’un pas léger, encore toute excitée après son entraînement de handball.


Pourquoi les jours passent-ils toujours trop vite quand on s’amuse? pensa-t-elle.


Comme toujours, sur le perron, Luidgi l’attendait, allongé, la tête relevée et les yeux fixés sur elle, prêt à bondir dès qu'elle franchirait la porte.


— Salut mon beau! lança-t-elle en s’accroupissant pour lui gratter le cou. Tu m’as tellement manqué!


Le chien se roula sur le dos, les pattes en l’air, quémandant des caresses. Éliane rit.


C’est fou comme il peut être mignon quand il veut, pensa-t-elle, avant de se relever et d’entrer.


Dès qu’elle franchit la porte, une odeur appétissante de pâté chinois chatouilla ses narines. Un classique du vendredi soir.


— Salut ma puce! lança sa mère depuis la cuisine. Ta journée s'est bien passée?


— Super… répondit Éliane en déposant son sac. Je suis crevée, par contre. Entre l’école et le handball.


Son père apparut sur le pas de la porte, encore vêtu de sa chemise d’hôpital. Il avait l’air fatigué.


— Encore une grosse journée, papa?


— Comme toujours…


Il déposa ses clés sur le comptoir, puis passa une main dans ses cheveux.


— Deux chirurgies… une urgence aussi… Ça n’arrêtait pas.


— C’était grave? demanda-t-elle.


Il haussa les épaules, comme s’il cherchait les bons mots.


— Disons que… j’ai connu pire… mais c’était pas une journée facile... Quoi qu’il en soit, ça tombe à point. Un bon repas et une bonne nuit de sommeil, c’est parfait avant… euh, avant la fin de semaine.


Il marqua une pause sur « fin de semaine » qui ne laissa pas Éliane indifférente. Elle fronça les sourcils.


Ils cachent quelque chose…



— Vous êtes louches, lança-t-elle en s’installant à table.


Ses parents échangèrent un regard rapide avant de s'asseoir à leur tour.


— Lou… louches? demanda sa mère, un peu surprise.



— Oui. Genre… secrets. Mais bon, je ne vais pas insister, dit Éliane, en essayant de paraître indifférente.


Ses parents, visiblement nerveux, laissèrent échapper un rire un peu trop forcé. Éliane secoua la tête, amusée. Toujours la même comédie… pensa-t-elle.


— Alors, raconte-nous ta journée! lança sa mère en essayant de relancer la conversation.


— Oh, tu sais… cours de maths, de français... rien de bien palpitant, répondit Éliane, mais ses yeux suivaient chaque geste de ses parents. Elle avait toujours eu ce don pour détecter quand quelque chose clochait.


Le repas fut animé. Son père raconta une anecdote sur un patient... bien sûr, en prenant soin d’exagérer chaque petit détail, et sa mère riait à chaque phrase.


Éliane les observa en silence, le menton appuyé sur ses mains, amusée malgré elle. Parfois, elle avait l’impression que ses parents vivaient dans un petit monde à part, fait de rires, de souvenirs et de clins d’œil complices.


— Et toi, ma grande? Comment s’est passé ton examen d’histoire aujourd’hui? demanda sa mère.


Éliane redressa la tête.


— Je pense que je m’en suis bien tirée. Certaines questions étaient faciles… par contre, d’autres, c’était la galère. Heureusement qu’il y avait des choix de réponses.


— Moi, c’était ma matière préférée, intervint son père. Apprendre ce qui s’est passé avant notre arrivée… ça m’a toujours fasciné. Les grandes dates, les personnages, les batailles... passionnant!


Éliane leva les yeux au ciel, découragée…


— Bon, voilà papa qui est reparti sur sa grande passion…


— Eh bien, excuse-moi d’aimer un peu l’histoire! répliqua-t-il, faussement vexé.


— Non, mais c’est vrai, admit-elle en riant. Tu serais capable de me dire la date exacte de la guerre de Cent Ans sans réfléchir.


— Facile. De 1337 à 1453.


Éliane soupira...


— Voilà. Pas besoin de Google avec toi!


Sa mère secoua la tête, visiblement touchée par leur échange...


— Vous êtes incorrigibles. Toujours en train de débattre, vous deux.


— C’est la meilleure façon d’apprendre, dit son père.


— Peut-être pour toi, papa, mais moi, j’apprends mieux avec des images ou des vidéos. Les textes bourrés de dates, c’est juste… soporifique.


— Soporifique… Ça, c’est un mot qui doit valoir au moins vingt points au Scrabble! répondit-il avec un petit sourire.


Éliane partit d'un fou rire.


— T’exagères toujours, papa!


— Peut-être, mais je reconnais le talent quand j’en vois un, dit-il fièrement.


— Vous devriez vous inscrire à un jeu télévisé, tous les deux! dit sa mère, amusée.


Éliane sourit avant de replonger sa fourchette dans son assiette. Ces échanges légers, c’était leur petit rituel du soir. Sans eux, la maison lui semblerait bien vide.


Après avoir terminé, elle se leva pour aider sa mère à ranger.


— Laisse, ma chérie, dit sa mère en lui retirant le plat. Tu as besoin de te reposer.


— Tu me chouchoutes beaucoup trop, répondit Éliane en roulant des yeux.


— Peut-être… mais c’est plus fort que moi.


Elle haussa les épaules, ravie d'échapper à cette corvée, et monta à l’étage. Dans sa chambre, elle jeta son sac sur le sol et s’affala sur son lit.


Son cellulaire vibra aussitôt. Un message de Camille.


Camille : Alors, prête pour DEMAIN? 🎉

Éliane : J’suis trop énervée. J’vais pas dormir cette nuit.

Camille : T’inquiète, ça va être mémorable. Fais-moi confiance.

Éliane : Pourquoi? T’as l’air de savoir plus de choses que moi. 👀

Camille : Moi? Rien du tout. Bonne nuit, ma vieille! ❤️


Éliane pouffa de rire.


Camille cache quelque chose… c’est sûr… pensa-t-elle.



Elle lança son cellulaire sur l’oreiller, puis se dirigea vers sa fenêtre.


Elle posa la main contre la vitre et observa les champs qui entouraient la maison. Les arbres se balançaient doucement sous le vent, et elle se surprit à apprécier cette tranquillité.


Tout était si calme. Elle se sentait chanceuse, elle qui n’aimait pas le froid. Cet automne était exceptionnellement doux, un bel automne comme elle les aimait.


Absorbée dans ses pensées, Éliane n’entendit pas son père arriver derrière elle.


— Tu rêves encore debout? demanda-t-il.


Éliane se retourna, prise sur le fait.

— Oui… je pensais à demain.

Il entra, les mains dans les poches, le regard sérieux, mais doux à la fois.


— Tu sais, ma grande… demain, c’est une étape importante. Seize ans, ce n’est pas rien.

Éliane leva les yeux au ciel.


— Tu me répètes ça depuis des semaines.


— Parce que c’est vrai, insista-t-il. À seize ans, on se croit déjà grand. Moi, à ton âge… je me croyais invincible. J’avais une bande d’amis... disons qu’ils m’ont parfois entraîné dans des mauvais plans.


— Que veux-tu dire par « des mauvais plans »?


Il marqua une pause.


— Le soir de mes seize ans, on est sorti tard… je voulais faire la fête. Je n’avais peur de rien, je me croyais « adulte ». Et, disons… j’avais un peu trop bu. Mon frère, ton oncle Robert, m’avait vu partir avec ma gang d’amis. À deux heures du matin, je n’étais toujours pas rentré. Imagine l’angoisse pour mes parents…


Il secoua la tête, l'air triste à ce souvenir.


— Peux-tu imaginer... Mon frère a fait le tour de la ville en voiture. Il a vu l’auto de mon ami Sébastien garée dans le stationnement d’un bar crasseux. Il est entré… et là, il m’a trouvé… dans un état lamentable.


Éliane, captivée, retenait son souffle, impatiente de connaître la suite...


— Il m’a pris par le bras et, laisse-moi te dire qu'il m’a ramené à la maison en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Le lendemain matin… oh là là, la gueule de bois! Je m’en souviens comme si c’était hier.


Il inspira profondément.


— Au petit-déjeuner, mon frère s’est installé devant moi et m’a dit : « Quand tu grandis, vouloir plus de liberté, c’est bien… mais cela s’accompagne d’une certaine dose de responsabilité. Il faut faire les bons choix. »


Il sourit, perdu dans ses souvenirs.


— Cette phrase m’a suivi toute ma vie. Faire les bons choix


Il la prit par les épaules, la regardant droit dans les yeux.


— Tu es sérieuse et responsable. Reste telle que tu es, Éliane. Je suis tellement fier de toi.


Il posa sa main sur sa joue...


— Bonne nuit, ma grande. Demain, c’est un nouveau jour.


Puis il se dirigea vers la porte. Elle se referma doucement derrière lui.


Éliane resta immobile quelques secondes. Une larme glissa sur sa joue. Une larme de bonheur. Elle savait qu’elle était chanceuse d’avoir des parents comme les siens.



Après la douche, elle enfila son pyjama préféré, avant de se laisser tomber sur son lit.


Son cœur battait trop vite pour qu’elle s’endorme. Ses pensées virevoltaient entre la fête, Camille, ses parents et ce vide étrange qui la suivait depuis quelques semaines.


Luidgi, allongé sur le lit à ses côtés, dormait paisiblement. Sa respiration calme et régulière lui donnait un étrange sentiment de sécurité.


Si seulement je pouvais savoir ce qui va vraiment se passer demain…


— Demain… seize ans. C’est pas rien, murmura-t-elle.


Au loin, le vent soufflait à travers la fenêtre du grenier, faisant grincer légèrement les vieilles poutres… comme si le grenier lui-même lui soufflait un secret.


Luidgi grogna dans son sommeil. Éliane lui frotta doucement la tête.


— Merci d’être là, chuchota-t-elle, un peu pour elle-même, un peu pour le chien.


Elle ferma alors les yeux, et le sommeil l’emporta.



Fin du chapitre 1


On se retrouve au prochain chapitre. 🧡


France



👉 Tome 1


 
 

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