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La veille du grand jour

  • Photo du rédacteur: France Beaulieu
    France Beaulieu
  • 18 janv.
  • 7 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 20 heures

Vendredi, 24 octobre 2025 • 17h45

Le ciel s’assombrissait quand Éliane rentra de l’école. La lumière orangée du soleil couchant baignait les champs autour de la maison familiale, dessinant des ombres longues et mystérieuses sur les arbres. Elle monta le chemin de gravier d’un pas léger, encore gonflée d’adrénaline après son entraînement de handball.


Pourquoi les jours passent-ils toujours trop vite quand on s’amuse ? pensa-t-elle, un sourire étirant ses lèvres.


Sur le perron, Luidgi l’attendait, allongé, la queue battant joyeusement contre les marches.


— Salut mon beau ! lança-t-elle en s’accroupissant pour lui gratter le cou. Tu m’as tellement manqué !


Le chien se roula sur le dos, les pattes en l’air, quémandant des caresses. Éliane rit.


C’est fou comme il peut être mignon quand il veut, pensa-t-elle, avant de se relever et d’entrer.


Dès qu’elle franchit la porte, une odeur appétissante de pâté chinois lui chatouilla les narines. Un classique du vendredi soir. Mais l’air dans la maison semblait… différent. Comme si les murs retenaient un secret.


— Salut ma puce ! lança sa mère depuis la cuisine. Ta journée s'est bien passée ?


— Super… répondit Éliane en déposant son sac. Je suis crevée, par contre. Entre l’école et le handball.


Son père apparut sur le pas de la porte, encore vêtu de sa chemise d’hôpital mais sans cravate. Il avait l’air fatigué, pourtant ses yeux brillaient d’une étincelle étrange.


— Eh bien, ça tombe à point ! Un bon souper et une bonne nuit de sommeil, c’est parfait avant… euh, avant la fin de semaine !


Il marqua une pause sur « fin de semaine » qui ne laissa pas Éliane indifférente. Elle fronça les sourcils.


Ils cachent quelque chose…


— Vous êtes louches, lança-t-elle en s’installant à table.


Sa mère s’immobilisa un instant.


— Lou… louches ?


— Oui. Genre… secrets. Mais bon, je ne vais pas insister, dit Éliane avec un petit sourire malicieux.


Ses parents échangèrent un regard rapide, nerveux, puis éclatèrent d’un rire un peu forcé. Éliane secoua la tête, amusée.


Toujours la même comédie… pensa-t-elle.


— Alors, raconte-moi ta journée ! lança sa mère, essayant de relancer la conversation.


— Oh, tu sais… handball, devoirs… rien de bien palpitant, répondit Éliane, mais ses yeux suivaient chaque geste de ses parents. Elle avait toujours eu ce don pour détecter quand quelque chose clochait.


Le repas fut animé. Son père raconta une anecdote exagérée sur un patient — bien sûr sans aucun détail confidentiel — et sa mère riait à chaque phrase. Éliane les observa en silence, le menton appuyé sur ses mains, amusée malgré elle. Parfois, elle avait l’impression que ses parents vivaient dans un petit monde à part, fait de rires, de souvenirs et de clins d’œil complices.


— Et toi, ma grande ? Comment s’est passé ton examen d’histoire aujourd’hui ? demanda sa mère.


Éliane redressa la tête.


— Je pense que je m’en suis bien tirée. Certaines questions étaient faciles… par contre, d’autres, c’était la galère. Heureusement qu’il y avait des choix de réponses.


— Moi, c’était ma matière préférée, intervint son père. Apprendre ce qui s’est passé avant notre arrivée… ça m’a toujours fasciné. Les grandes dates, les personnages, les batailles... passionnant !


Éliane leva les yeux au ciel, un sourire au coin des lèvres.


— Bon, voilà papa qui est reparti sur sa grande passion…


— Eh bien excuse-moi d’aimer un peu l’histoire! répliqua-t-il, faussement vexé.


— Non, mais c’est vrai, admit-elle en riant. Tu serais capable de me dire la date exacte de la guerre de Cent Ans sans réfléchir.


— Facile. De 1337 à 1453.


Éliane éclata de rire.


— Voilà. Pas besoin de Google avec toi !


Sa mère secoua la tête, toujours souriante.


— Vous êtes incorrigibles. Toujours en train de débattre, vous deux.


— C’est la meilleure façon d’apprendre, dit son père, fier.


— Peut-être pour toi, mais moi, j’apprends mieux avec des images ou des vidéos, répliqua Éliane. Les textes pleins de dates, c’est juste… soporifique.


— Soporifique… Voilà un mot qui vaudrait au moins vingt points au Scrabble ! répondit-il avec un petit sourire.


Éliane éclata de rire.


— T’exagères toujours, papa !


— Peut-être, mais je reconnais le talent quand je l’entends, dit-il fièrement.


— Vous devriez vous inscrire à un jeu télévisé, tous les deux ! dit sa mère, amusée.


Éliane sourit avant de replonger sa fourchette dans son assiette. Ces échanges légers, c’était leur petit rituel du soir. Sans eux et leurs rires, la maison lui semblerait bien vide.


Après avoir terminé, elle se leva pour aider sa mère à ranger.


— Laisse, ma chérie, dit sa mère en lui retirant le plat. Tu as besoin de te reposer.


— Tu me chouchoutes beaucoup trop, répondit Éliane en roulant des yeux.


— Peut-être… mais c’est plus fort que moi.



Elle haussa les épaules, sourit et monta à l’étage. Dans sa chambre, elle jeta son sac sur le sol et s’affala sur son lit. Son cellulaire vibra aussitôt. Un message de Camille.


Camille : Alors, prête pour DEMAIN ? 🎉

Éliane : J’suis trop nerveuse. J’vais pas dormir cette nuit, c’est sûr.

Camille : T’inquiète, ça va être mémorable. Fais-moi confiance.

Éliane : Pourquoi ? T’as l’air de savoir plus de choses que moi. 👀

Camille : Moi ? Rien du tout. Bonne nuit, ma vieille ! ❤️


Éliane éclata de rire.


Camille cache quelque chose… c’est sûr… pensa-t-elle.


Elle lança son cellulaire sur l’oreiller, puis se dirigea vers sa fenêtre. Elle posa la main contre la vitre froide et inspira profondément.


Son regard se perdit dans l’obscurité des champs qui entouraient la maison. Les arbres se balançaient doucement sous le souffle du vent. Un léger frisson lui parcourut le dos.


Devant elle, les couleurs de l’automne semblaient figées dans une paix rassurante. Tout était si calme. Elle se sentit chanceuse, elle qui n’aimait pas le froid. Cet automne était exceptionnellement doux, un bel automne comme elle les aimait.


Absorbée dans ses pensées, Éliane n’entendit pas son père arriver derrière elle.


— Tu rêves encore debout ? demanda-t-il.


Éliane se retourna, prise sur le fait.

— Oui… je pensais à demain.

Il entra, les mains dans les poches, le regard sérieux mais doux.


— Tu sais, ma grande… demain, c’est un cap important. Seize ans, ce n’est pas rien. Éliane leva les yeux au ciel.


— Tu me répètes ça depuis des semaines.


— Parce que c’est vrai, insista-t-il. À seize ans, on se croit déjà grand. Plus vieux qu’on ne l’est vraiment. Moi, à ton âge… je me croyais invincible. J’avais une bande d’amis... disons qu’ils m’ont parfois entraîné dans des mauvais plans.


Il marqua une pause.


— Le soir de mes seize ans, on est sorti tard… je voulais faire la fête. Je n’avais peur de rien, je me croyais adulte. Et, disons… j’avais un peu trop bu. Mon frère, ton oncle Robert, m’avait vu partir avec ma bande. À deux heures du matin, je n’étais toujours pas rentré. Imagine l’angoisse pour mes parents…


Il secoua la tête, le sourire triste.


— Mon frère a fait le tour de la ville en voiture. Il a vu l’auto de mon ami Sébastien garée dans le stationnement d’un bar miteux, Chez Denis. Il est entré… et là, il m’a trouvé… dans un sale état.


Éliane fronça les sourcils, captivée.


— Il m’a pris par le bras et, laisse-moi te dire, il m’a ramené à la maison en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Le lendemain matin… oh là là, la gueule de bois ! Je m’en souviens comme si c’était hier.


Il inspira profondément.


— Au petit-déjeuner, mon frère s’est installé devant moi et m’a dit : « Pour grandir, vouloir plus de liberté, c’est bien… mais cela s’accompagne d’une certaine dose de responsabilité. Il faut faire les bons choix. »


Il sourit.


— Cette phrase m’a suivi toute ma vie. Faire les bons choix… Et crois-moi, Éliane, je suis tellement fier de toi. Tu es sérieuse et responsable. Tu as la tête sur les épaules.


Il la prit par les épaules.


— Reste telle que tu es, Éliane.


Il posa sa main sur sa joue, puis se dirigea vers la porte.


— Bonne nuit, ma grande. Demain, c’est un nouveau jour.


La porte se referma doucement. Éliane resta immobile quelques secondes. Une larme glissa sur sa joue. Une larme de bonheur. Elle savait qu’elle était chanceuse d’avoir des parents comme les siens.



Après la douche, elle enfila son pyjama préféré, puis se laissa tomber sur son lit. Son cœur battait trop vite pour qu’elle s’endorme. Ses pensées virevoltaient entre la fête, Camille, ses parents et ce vide étrange qui la suivait depuis quelques semaines.


Elle se tourna à gauche, puis à droite. Luidgi était allongé sur le tapis, sa respiration régulière lui procurant un sentiment de sécurité.


Si seulement je pouvais savoir ce qui va vraiment se passer demain…


Ses yeux se posèrent sur une photo accrochée au mur : elle et Camille à la plage, un été. Elles riaient, couvertes de sable. La voir la calma un peu.


— Demain… seize ans. C’est pas rien, murmura-t-elle.


Un mélange d’excitation et de nervosité l’envahit. Ses yeux se fermèrent enfin, un sourire au coin des lèvres. Au loin, le vent soufflait à travers une lucarne du grenier, faisant grincer légèrement les vieilles poutres. Comme si le grenier lui-même lui soufflait un secret.


Luidgi grogna dans son sommeil. Éliane lui frotta doucement la tête.


— Merci d’être là, murmura-t-elle, un peu pour elle-même, un peu pour le chien. Le monde semblait soudain rempli de mystères, mais elle n’était pas seule pour les affronter.


Fin du chapitre 1


***


Question du Mois


Et toi, cher lecteur,

Ferme les yeux et repense à ton anniversaire préféré.

Qu’est-ce qui le rendait si spécial ?

Les gens ? Le cadeau ? L’ambiance ?


***


Envie de répondre à cette question ?


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👉 Tome 1


 
 

Merci de voyager à travers les mots avec moi !

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