Mission complicité
- France Beaulieu
- 2 févr.
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 15 mai
Chapitre 2: Partie 1
Samedi 25 octobre 2025 • 9h15

Le soleil d’automne éclairait déjà la chambre d’Éliane quand elle ouvrit les yeux. Elle s’étira longuement dans son lit. Aujourd’hui, c’était enfin le grand jour : ses seize ans.
Elle enfila ses petits bas, glissa ses pieds sur le plancher froid et s’approcha de la fenêtre.
Quelle belle saison, pensa Éliane. Toutes ces couleurs, le chant des oiseaux... la matinée avait vraiment un air de fête aux yeux d'Éliane.
— Seize ans… murmura-t-elle. Enfin.
Elle se dirigea vers la cuisine, guidée par l’odeur du café et du pain grillé.
Son père, déjà parti pour une intervention à l’hôpital de Lévis, avait laissé un petit mot sur le frigo...
Joyeux anniversaire ma grande! On fête ça ce soir. Papa.

Elle relut le mot deux fois... Ça lui fit chaud au cœur, même si elle aurait préféré qu'il soit
là en vrai.
Sa mère, occupée à ranger des dossiers dans son sac, la salua rapidement.
— Bon anniversaire ma puce! lança-t-elle en déposant un baiser sur sa joue. Je file, mais profite bien de ta journée, et puis… ne traîne pas trop à la maison, d’accord?
Éliane haussa un sourcil, étonnée. Ne pas traîner à la maison? Drôle de conseil pour un samedi.
Elle s’assit à la table, Luidgi déjà couché à ses pieds, les yeux brillants d’espoir.
Elle mordit dans sa tartine chaude et prit une gorgée de café au lait. Le silence de la maison l’enveloppait, brisé uniquement par le tic-tac régulier de l’horloge.
Qu’est-ce que je pourrais faire ce matin? se demanda Éliane.
Avancer mon projet de science… réviser un peu pour mon examen de maths… ou juste m’installer dans le salon avec un livre? Oui, ça serait tranquille… mais maman ne veut pas que je traîne trop à la maison. Il doit bien y avoir une raison…
Tout en réfléchissant à son emploi du temps, elle tendit un morceau de tartine vers Luidgi. Il bondit aussitôt et attrapa le bout avec un petit gémissement de victoire.
— Espèce de voleur! s’exclama-t-elle en riant.

Soudain, la sonnette retentit. Luidgi bondit en aboyant joyeusement.
— Du calme, mon grand! dit Éliane en se levant.
Elle ouvrit et son visage s’illumina.
— Cam!
Sa meilleure amie se tenait là, rayonnante, avec son éternel sourire. Ses cheveux blonds, attachés en queue de cheval, et son gros foulard à carreaux, beaucoup trop grand pour elle, lui donnaient un air à la fois décontracté et adorable.
— Bon matin, la fêtée! lança Camille en entrant sans même prendre le temps de refermer la porte. Alors, ça fait quoi d’avoir seize ans?
— Rien encore, rigola Éliane en refermant la porte. Mais j’ai le pressentiment que ça va être une journée spéciale.
— Oh, ça va l’être, crois-moi! s’exclama Camille. J’ai prévu quelque chose...
Éliane pencha légèrement la tête, sans trop comprendre.
— Toi? Prévoir quelque chose un samedi matin? D’habitude, tu dors jusqu’à midi!
— Ha ha, très drôle, répliqua Camille en lui tirant la langue. Aujourd’hui, c’est ton anniversaire, et je refuse de te voir rester en pyjama toute la journée.
Éliane posa son assiette et la dévisagea un instant. Son amie n’était pas très bonne comédienne.
— Dis-moi… mes parents ne t’auraient pas envoyée en mission pour… m’éloigner de la maison, par hasard?
Camille ouvrit la bouche, la referma aussitôt, puis éclata de rire.
— Tu me connais trop, avoua-t-elle en levant les mains. Tes parents m’ont donné une mission secrète : t’emmener loin d’ici jusqu’à… trois heures cet après-midi.
Éliane se mit à rire, amusée par la situation.
— J’en étais certaine! Ce matin, maman était beaucoup trop mystérieuse.
— Alors, tu joues le jeu? demanda Camille avec un sourire espiègle.
— Bien sûr que oui. J’ai envie de voir jusqu’où ils iront avec leur surprise.
Éliane hocha la tête avec enthousiasme et leva le pouce.
— Deal! lança-t-elle, prête à suivre son amie dans cette aventure.
Luidgi, excité par l’ambiance, se mit à aboyer et tourner autour d’elles.
Camille jeta un coup d’œil par la fenêtre, puis se tourna vers son amie, impatiente...
— Allez, Éliane, on bouge! Faut sortir, là! Il fait tellement beau! On est fin octobre pis il fait encore super chaud. On serait folles de rester enfermées.
Éliane leva les yeux au ciel en attrapant sa tasse.
— Minute, là… j'suis encore en pyjama.
Voyant le regard impatient de son amie, Éliane soupira, faussement dramatique.
— Ok, ok… laisse-moi cinq minutes. Le temps de m’habiller et je suis prête. Promis.
— Cinq minutes, pas plus! lança Camille en pointant l’horloge.
Éliane monta à sa chambre à toute vitesse, déjà emportée par l’enthousiasme de son amie. Elle choisit son jean préféré et un chandail chaud, puis enfila ses espadrilles blanches.
En se regardant dans le miroir, elle eut une petite boule dans la gorge...
— Seize ans... ça fait bizarre...
Elle passa une main sur son visage et tourna sur elle-même, cherchant le moindre changement.
— Éli! Dépêche-toi! cria Camille depuis le rez-de-chaussée.
— Oui, oui, j'arrive! répondit-elle, jetant un dernier regard rapide au miroir.
En redescendant, Éliane surprit Camille en train de texter quelqu'un.... Étrangement, en voyant Éliane, son amie cacha rapidement son cellulaire dans la poche de son manteau.
Quelque chose se tramait...
Éliane, sans détour, lui demanda :
— À qui textais-tu?
— Oh... un faux numéro. C'est rien. Allez, la star du jour, on y va!
Éliane et Camille sortirent de la maison et furent aussitôt enveloppées par la douceur du matin. Elles marchaient côte à côte sur le chemin de gravier, profitant pleinement de chaque instant.
— Alors, où on va? Au parc? Au cinéma? demanda Éliane, trop curieuse.
— Du calme, Éli… c’est une surprise… répondit Camille, amusée de la faire attendre.
Éliane la regarda avec ce regard suppliant qu’on utilise quand on veut obtenir quelque chose.
— Ok, ok… je te donne un seul indice… dit Camille, taquine. On s’en va là où tu pourras te lécher les babines…
— Me lécher les babines??? Tu me prends pour Luidgi, ma parole! s’exclama Éliane en pouffant de rire.
— Réfléchis bien, Éli… quelque chose que tu adores boire…
— Un chocolat chaud? s’écria Éliane, les yeux suppliants.
— Bravo! dit Camille en tapant dans ses mains. Et pour bien démarrer la journée, direction Chez Mario!
— Génial! cria Éliane en sautillant sur place.

Le long de la rue, des boutiques et des terrasses donnaient à l’endroit un petit air de carte postale.
Et devant elles se dressait le célèbre resto Chez Mario, reconnu pour ses poutines aux homards et aux fruits de mer... Sans oublier le fameux Spécial Mario, un chocolat chaud, spécialité de la maison.
— Miam… murmura Éliane, les yeux gourmands. C'est trop bon... j’en salive déjà!
***
Cher lecteur, chère lectrice,
Si vous voulez savoir ce qui rend ce chocolat chaud si spécial… voici la recette :

- Chocolat noir fondu dans une tasse d’eau chaude,
- Une bâton de cannelle,
- Sans oublier un nuage de crème fouettée avec du caramel fondant sur le dessus,
- Et une guimauve grillée déposée au centre juste avant de servir.
Bon appétit!
***
Tout en marchant, elles bavardaient avec entrain du lycée, des nouvelles séries qu’elles avaient vues, et des anecdotes rigolotes sur leurs amis.
— Sérieusement… soupira Éliane. Seize ans… ça fait bizarre.
— Bizarre comment? demanda Camille.
Éliane baissa légèrement les yeux, jouant avec le bord de son chandail.
— Je ne sais pas… excitant, je crois. Comme si c’était le début de quelque chose de nouveau.
Elle inspira profondément, puis se tourna vers Camille.
— Et… surtout, ne te moque pas… mais j’ai un peu peur, là.
— Hein? Peur de quoi? demanda Camille, attentive.
— De grandir... j'imagine, avoua Éliane. Je veux rester… tu sais… le bébé de mes parents. Tu comprends ce que je veux dire? Tout est mélangé dans ma tête. Je veux vieillir, avoir plus de liberté… mais en même temps, ça fait peur… Tu sais, les responsabilités... ça devient vraiment sérieux, là…
Camille hocha la tête doucement.
— Ouais, je comprends trop. C’est pas du tout ridicule. T’as seize ans, là… c’est normal de te sentir comme ça.
— Mais toi… t’as pas peur? demanda Éliane, les yeux grands.
— Franchement, moi aussi, ça me fait un peu flipper, dit Camille sérieusement. Mais bon… j'imagine que c’est normal, non? Grandir, ça fait toujours un peu peur. Mais te casse pas la tête avec ça. Et je te rassure tout de suite... t’es toujours la même qu’hier : généreuse, intelligente… et complètement têtue!
Éliane rit de bon cœur. Elle respira plus librement, comme si un poids venait de disparaître.
— Merci, Camille… vraiment. Je me sens déjà mieux.
— C’est pour ça qu’on est les meilleures amies, dit Camille. On peut tout se dire…
— Même les trucs sérieux… murmura Éliane, le sourire aux lèvres.
— Alors… tu es prête pour ton chocolat chaud Spécial Mario? demanda Camille d'un ton plus léger.
— Oh oui! répondit Éliane dans un éclat de rire.
Elles arrivèrent devant le petit resto. Une odeur de café fraîchement moulu et de chocolat chaud flottait dans l’air.
— Mmm… ça sent déjà trop bon, murmura Éliane.
Elles s’arrêtèrent quelques instants devant la porte, échangeant un regard complice.
— Prête? demanda Camille en lui tendant la main.
— Plus que prête! répondit Éliane en serrant celle de son amie.
Elles entrèrent dans le resto, main dans la main, laissant derrière elles le vent frais d’automne… et tous leurs soucis.
Fin de la partie 1
La suite t'attend... va sans tarder lire la partie 2 💛
France
👉 Tome 1


