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Mission complicité

  • Photo du rédacteur: France Beaulieu
    France Beaulieu
  • il y a 20 heures
  • 7 min de lecture
Samedi 25 octobre 2025 • 9h15

Le soleil d’automne éclairait déjà la chambre d’Éliane quand elle ouvrit les yeux. Elle s’étira longuement dans son lit, le cœur battant un peu plus vite que d’habitude. Aujourd’hui, c’était enfin le grand jour : seize ans.


Elle enfila ses chaussettes, glissa ses pieds sur le plancher froid et s’approcha de la fenêtre. Dehors, le ciel était clair. Les arbres, flamboyants de rouge et d’orangé, laissaient tomber leurs feuilles, comme s’ils célébraient son anniversaire eux aussi. Le chant des oiseaux donnait à la matinée une ambiance de fête.


— Seize ans… murmura-t-elle. Enfin.


Elle se dirigea vers la cuisine, guidée par l’odeur du café et du pain grillé. Son père, déjà parti pour une intervention à l’hôpital de Lévis, avait laissé un petit mot sur le réfrigérateur :



Sa mère, occupée à ranger des dossiers de la clinique dentaire dans son sac, la salua rapidement.


— Bon anniversaire ma puce ! lança-t-elle rapidement en déposant un baiser sur sa joue. Je file, mais profite bien de ta journée, et puis… ne traîne pas trop à la maison, d’accord ?


Éliane fronça les sourcils. Ne pas traîner à la maison ? Drôle de conseil pour un samedi.


Elle s’assit à la table, Luidgi déjà couché à ses pieds, les yeux brillants d’espoir. Elle mordit dans sa tartine chaude et prit une gorgée de café au lait. Le silence de la maison l’enveloppait, brisé uniquement par le tic-tac régulier de l’horloge.


Qu’est-ce que je pourrais faire, ce matin ? se demanda Éliane.


Avancer mon projet de science ? Ou réviser un peu pour mon examen de maths ? Ou juste m’installer dans le salon, avec un livre… Mais en même temps, maman ne veut pas que je traîne trop à la maison. Il doit bien y avoir une raison.


Tout en réfléchissant à son emploi du temps, elle tendit un morceau de tartine vers Luidgi. Il bondit aussitôt et attrapa le bout avec un petit gémissement de victoire.


— Espèce de voleur ! s’exclama-t-elle en riant.



Soudain, la sonnette retentit. Luidgi bondit en aboyant joyeusement.


— Du calme, mon grand ! dit Éliane en se levant.


Elle ouvrit et son visage s’illumina.


— Camille !


Sa meilleure amie se tenait là, rayonnante, avec son éternel sourire lumineux. Ses cheveux blonds, attachés en queue de cheval, brillaient au soleil. Son gros foulard à carreaux, beaucoup trop grand pour elle, lui donnait un air à la fois décontracté et adorable.


— Bon matin, la fêtée ! lança Camille en entrant sans même prendre le temps de refermer la porte. Alors, ça fait quoi d’avoir seize ans ?


— Rien encore, rigola Éliane en refermant la porte. Mais j’ai le pressentiment que ça va être une journée spéciale.


— Oh, ça va l’être, crois-moi ! s’exclama Camille en lui donnant un petit coup de coude complice. J’ai prévu quelque chose.


Éliane haussa un sourcil.


— Toi ? Prévoir quelque chose un samedi matin ? D’habitude, tu dors jusqu’à midi !


— Ha ha, très drôle, répliqua Camille en lui tirant la langue. Aujourd’hui, c’est ton anniversaire, et je refuse de te voir traîner en pyjama toute la journée.


Éliane posa son assiette et la dévisagea un instant. Son amie n’était pas très bonne comédienne.


— Dis-moi… mes parents ne t’auraient pas envoyée en mission pour… m’éloigner de la maison, par hasard ?


Camille ouvrit la bouche, la referma aussitôt, puis éclata de rire.


— Tu me connais trop, avoua-t-elle en levant les mains. Oui, c’est exactement ça. Tes parents m’ont donné une mission secrète : t’emmener loin d’ici jusqu’à… trois heures cet après-midi.


Éliane éclata de rire à son tour.


— J’en étais sûre ! Maman a été beaucoup trop mystérieuse ce matin.


— Alors, tu joues le jeu ? demanda Camille avec un sourire malicieux.


— Bien sûr que oui. J’ai envie de voir jusqu’où ils iront avec leur surprise.


Éliane éclata de rire et leva le pouce. « Deal ! » lança-t-elle, prête à suivre son amie dans cette aventure.


Luidgi, excité par l’ambiance, se mit à aboyer et tourner autour d’elles.


Camille jeta un coup d’œil par la fenêtre, puis se tourna vers Éliane avec un large sourire.


— Allez, Éliane, on bouge ! Faut sortir, là ! Il fait tellement beau ! On est fin octobre pis il fait encore super chaud. On serait folles de rester enfermées.


Éliane leva les yeux au ciel en attrapant sa tasse.


— Minute, là… je suis encore en pyjama.


— Justement ! insista Camille en riant. Dépêche-toi avant que le soleil disparaisse pour vrai. Faut en profiter pendant que ça passe.


Éliane soupira, faussement dramatique.


— Ok, ok… laisse-moi cinq minutes. Le temps de m’habiller et je suis prête. Promis.


— Cinq minutes, pas plus ! lança Camille en pointant l’horloge.



Éliane monta les escaliers en souriant, déjà emportée par l’enthousiasme de son amie. Elle choisit son jean préféré, un chandail confortable couleur bordeaux et enfila ses espadrilles blanches. En se regardant dans le miroir, elle eut une petite boule dans la gorge : elle se sentait différente, comme si en franchissant le cap des seize ans, elle avait grandi d’un seul coup.


En redescendant, Camille l’attendait, l’air faussement pressé.


— Allez, la star du jour, on y va !


Elles sortirent de la maison et furent aussitôt enveloppées par la douceur du matin. Éliane et Camille marchaient côte à côte sur le chemin de gravier, leurs éclats de rire résonnant autour d’elles.


— Alors, où on va ? Au parc ? Au cinéma ? demanda Éliane, curieuse.


— Du calme, Éli… c’est une surprise… répondit Camille en souriant.


Éliane la regarda avec ce regard suppliant qu’on utilise quand on veut attendrir quelqu’un.


— Ok, ok… je te donne un seul indice… dit Camille, taquine. On s’en va là où tu pourras te “lécher les babines”…


— Me lécher les babines ??? Tu me prends pour Luidgi, ma parole ! s’exclama Éliane en éclatant de rire.


— Réfléchis bien, Éli… quelque chose que tu adores boire…


— Yes !!! Un chocolat chaud ? s’écria Éliane, les yeux brillants.


— Bravo, Éli ! Pour bien démarrer la journée, direction Chez Mario !


— Super ! cria Éliane en sautillant presque sur place.


Devant elles, le coin du resto Chez Mario s’étalait avec ses quelques boutiques et terrasses. Les lampadaires anciens et les devantures en bois donnaient à l’endroit un petit air de carte postale.


L’air sentait le café chaud et les feuilles mouillées. Son ventre gargouilla rien qu’en pensant à son chocolat préféré, le fameux Spécial Mario.


— Miam… murmura Éliane, les yeux brillants. Rien que d’y penser, j’ai déjà envie d’en boire une tasse entière.


— C’est le secret de Mario, dit Camille en riant. Et aujourd’hui, il est pour toi.


***


Cher lecteur,


Si tu veux savoir ce qui rend ce chocolat chaud si spécial… voilà la recette :


- Chocolat noir fondu dans une tasse d’eau chaude,


- Une bâton de cannelle,


- Sans oublier un nuage de crème fouettée avec du caramel fondant sur le dessus,


- Et une guimauve grillée déposée au centre juste avant de servir.


Bon appétit !


***


Tout en marchant, elles bavardaient avec entrain du lycée, des nouvelles séries qu’elles avaient vues, et des anecdotes rigolotes sur leurs amis.


— Sérieusement… soupira Éliane, seize ans… ça fait bizarre.


— Bizarre comment ? demanda Camille.


Éliane baissa légèrement les yeux, jouant avec le bord de son chandail.


— Je ne sais pas… excitant, je crois. Comme si c’était le début de quelque chose de nouveau.


Elle inspira profondément, puis se tourna vers Camille.


— Et… surtout, ne te moque pas… mais j’ai un peu peur, là.


— Hein ? Peur de quoi ? demanda Camille, attentive.


— De grandir, avoua Éliane. Je veux rester… tu sais… le bébé de mes parents. Tu comprends ce que je veux dire ? Je me sens trop bizarre… tout est mélangé dans ma tête. Je veux vieillir, être libre… mais en même temps, ça fait peur… Tu sais, les responsabilités... ça devient vraiment sérieux, là…


Camille hocha la tête doucement.


— Ouais, je comprends trop. C’est pas du tout ridicule. T’as seize ans, là… c’est normal de te sentir comme ça. C’est une grosse étape, quoi.


— Mais toi… t’as pas peur ? demanda Éliane, les yeux grands.


— Si ! dit Camille en souriant. Franchement, moi aussi, ça me fait un peu flipper. Mais bon… c’est normal, non ? Grandir, ça fait toujours un peu peur. Mais t’inquiète, on va y arriver ! Et tu sais quoi ? Personne ne te demande de changer. T’es toujours la même qu’hier… généreuse, intelligente… et complètement têtue !


Éliane rit de bon cœur. Elle respira plus librement, comme si un poids venait de disparaître.


— Merci, Camille… vraiment. C’est bizarre… mais je me sens déjà mieux en te parlant.


— C’est pour ça qu’on est les meilleures amies, dit Camille en lui donnant un petit coup de coude. On peut tout se dire… même les trucs un peu plus sérieux.


— Même les trucs sérieux… murmura Éliane, le sourire aux lèvres.


— Alors… tu es prête pour ton chocolat chaud Spécial Mario ? demanda Camille d'un ton plus léger.


— Oh oui ! répondit Éliane avec un rire.


Elles arrivèrent devant le petit resto, sa grande fenêtre donnant sur la rue et l’enseigne peinte à la main : Chez Mario. Une odeur de café fraîchement moulu et de chocolat chaud flottait dans l’air.


— Mmm… ça sent déjà trop bon, murmura Éliane.


Elles s’arrêtèrent quelques instants devant la porte, échangeant un regard complice.


— Prête ? demanda Camille en lui tendant la main.


— Plus que prête ! répondit Éliane en serrant celle de son amie.


Et avec un dernier sourire, elles entrèrent dans le resto, laissant derrière elles le vent frais et les feuilles d’automne.



À la semaine prochaine...


France


👉 Tome 1

 
 

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