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Les liens du passé

  • Photo du rédacteur: France Beaulieu
    France Beaulieu
  • 15 mars
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 15 mai

Chapitre 3: Partie 3


Samedi 25 octobre 2025 • 23h50


La ficelle rouge glissa doucement entre ses doigts et tomba sur le plancher poussiéreux du grenier.


Éliane resta un instant sans bouger, le parchemin encore enroulé dans ses mains. Son cœur battait si fort qu’elle avait l’impression qu’il résonnait dans toute la pièce.


Qu’allait-elle découvrir cette fois?


— Je… je dois savoir, murmura-t-elle, la voix tremblante.


Avec précaution, elle déroula le parchemin.


Le papier était épais, jauni par le temps. La texture légèrement rugueuse résista sous ses doigts. Au moment où le rouleau s’ouvrit complètement, un petit objet glissa hors du parchemin.


Toc.


Une petite clé tomba.


Éliane sursauta légèrement, se pencha aussitôt et la ramassa.


Elle était minuscule, faite d’un métal doré ancien qui brillait doucement, comme si le temps n’avait jamais réussi à ternir son éclat.


Ses yeux s’agrandirent.


Ces feuilles… C’était le même symbole que sur le carnet de sa mère, à une exception…



Tout en haut, à la place d’une cinquième feuille, il y avait un petit rubis rouge qui brillait doucement.


Une fine chaînette dorée y était attachée. Éliane hésita un instant, puis passa le bijou autour de son cou.


Elle tourna la clé doucement entre ses doigts, observant les moindres petits détails, et remarqua deux petites lettres gravées dans le métal.


M. E.


Éliane plissa les yeux.


M… E…


Qu’est-ce que cela pouvait bien signifier?


Son regard glissa lentement vers le carnet posé devant elle et une pensée lui traversa l’esprit.


Maison d’Éryndor?


Sa mère… ferait-elle partie de cette maison?


Tout devenait de plus en plus étrange… comme si chaque objet qu’elle découvrait la rapprochait d’un monde qu’elle ne connaissait pas.


Puis, comme si la réponse se cachait quelque part dans ces lignes, elle reporta son regard sur le parchemin et se mit à lire...



À toi, ma première-née, gardienne de la première clé de notre destinée, celle qui ouvrira la voie à tes quatre sœurs…


Si ces mots reposent aujourd’hui entre tes mains, c’est que le temps du silence est révolu.



Je n’ai pas pu vous élever ensemble, toi et tes sœurs. J’ai dû vous cacher, vous séparer, pour vous protéger d’un destin qui vous dépassait. J’ai pleuré jusqu’à ne plus sentir mon propre souffle lorsque l’on vous emporta… une par une.


Vous êtes cinq sœurs, nées d'un même souffle, liées avant même votre premier cri.


Toi, Éliane, fus la première à voir le jour. Première née, première porteuse. La clé repose à présent entre tes mains. Garde-la précieusement, car elle te révélera, au moment opportun, un passage, le rappel d’un monde que tu n’as pas vu, mais que ton sang reconnaîtra.


Le symbole qui y est gravé n’est pas un simple ornement. Il est l’Emblème d’Éryndor, le sceau ancien de notre lignée.


La tige et ses cinq feuilles représentent les héritières de notre maison, liées entre elles.


Un monde parallèle existe, toujours là, tapi dans l’ombre, n’attendant que ta venue.


Tes sœurs vivent aussi, bien que dispersées en ce vaste Québec. Aucun hasard ne les a placées là. Chacune fut confiée à une famille différente dans un seul but… tromper ceux qui nous traquaient.


Tu ne les connais pas encore, et peut-être elles-mêmes s’ignorent, mais vos âmes demeurent liées comme les doigts d’une seule main.

Il viendra pour toi l’heure où le rubis brillera d’une lueur que nul œil ordinaire ne verra. Ce jour-là, ne crains pas l’appel : il sera le premier frémissement du retour, et te révélera un pouvoir dont tu ne soupçonnes pas encore l’existence.


Ne m’en veux pas pour toutes ces années volées. Ce que je craignais approche, et il est temps de vous retrouver.


Lorsque tu seras prête, cherche celles qui portent ton reflet. L’une d’elles t’attend déjà.

Suis la carte.


Son prénom est Olivia.


Un jour viendra où vos pas se rejoindront, et où mes bras, longtemps vides, pourront enfin se refermer sur vous cinq.


Je t’aime plus que ma propre vie. Même de loin. Même dans l’ombre.


Ta mère.



Éliane releva brusquement les yeux vers la clé qu'elle tenait encore dans sa main.


L’Emblème d’Éryndor…


Alors ce symbole n'était pas qu'un simple dessin. C’était le sceau d’une maison.


Sa maison.



Pendant ce temps, en bas, dans la cuisine, ses parents restaient debout. Ils avaient bien essayé d’aller se coucher, mais l’inquiétude les en avait empêchés.


— Elle est encore là-haut… murmura sa mère.


— Je sais… répondit son père. Elle a besoin de temps.


Sa mère hocha la tête, mais son regard restait rempli d’angoisse.


— Oui… mais pourquoi reste-t-elle si longtemps dans le grenier? Qu’est-ce qu’elle peut bien y découvrir? demanda-t-elle d’une voix inquiète.


— Peu importe ce qu’il y a dans cette malle, répondit son père calmement. On sera là quand elle descendra.


Il posa doucement sa main sur celle de sa femme.


— Elle doit se sentir libre de tout découvrir à son rythme.


La mère baissa les yeux.


— Et si… si on avait fait une erreur?


Sa voix tremblait légèrement.


— On n’aurait jamais dû lui cacher la vérité aussi longtemps…


Son père resta silencieux un moment avant de répondre.


— On a fait ce qu’on croyait juste.


— Et si elle nous déteste pour ça? Et si elle ne nous le pardonne pas... murmura-t-elle.


— C’est notre fille, dit doucement son père. Elle nous aime.


Elle leva les yeux vers lui.


— Et si, après ce soir… plus rien n’est pareil entre nous?


Le père serra un peu plus sa main.

— Peut-être que certaines choses vont changer...


Il fit une courte pause.


— Mais la vérité ne détruit pas toujours les liens. Parfois, au contraire, elle les rend plus forts.


Sa mère resta silencieuse, son regard perdu dans le vide.


Au-dessus d’eux, le plancher craqua légèrement. Ils levèrent les yeux vers le plafond. L’inquiétude était là… mais ils savaient qu’Éliane avait besoin d’être seule pour comprendre.



Au grenier, Éliane reposa doucement le parchemin dans la malle. Secouée par toutes ces révélations, elle se leva lentement, serrant fermement le carnet contre sa poitrine.


Elle fit quelques pas, puis s’approcha de la lucarne.


À travers la vitre poussiéreuse, la lune d’automne brillait dans le ciel. Sa lumière pâle éclairait les arbres qui bougeaient doucement sous le vent froid de la nuit.


Éliane ne savait plus quoi penser. Trop d'informations. Trop d'incertitudes. Elle devait remettre un peu d’ordre dans tout ça.


Pour elle, son monde venait de basculer. Quelques minutes plus tôt, ses parents lui avaient révélé la vérité. Une vérité qu’ils lui avaient cachée pendant seize ans.


Elle était adoptée.


Son regard se posa sur le carnet qu’elle tenait toujours contre elle... le carnet de sa mère. Cette dernière y racontait une partie de son histoire, une histoire teintée de joie, de tristesse, de peur et de douloureux sacrifices.


Elle avait donné naissance à cinq bébés... cinq filles.


Pour les protéger, elle n'avait pas eu le choix : elle avait dû les laisser partir, chacune confiée à une famille différente. Des familles dispersées à travers le Québec, avec pour seul espoir qu’un jour elles puissent se retrouver.


Mais où? Comment pourrait-elle les retrouver?


Elle n’avait que seize ans. Elle ne savait rien de ce monde qui venait de s’ouvrir devant elle.


Ses pensées s’embrouillaient. Les questions se multipliaient.


Et sa mère… était-elle encore en vie après toutes ces années?


Éliane se sentait perdue. Dépassée. Comme si quelqu’un venait de lui confier une mission beaucoup trop grande pour elle.


Elle ferma les yeux quelques secondes, essayant de calmer le tourbillon dans sa tête, puis elle se retourna lentement.


Son regard se posa sur la vieille malle ouverte. Les objets qu’elle avait sortis étaient encore là, éparpillés tout autour. Encore ébranlée par toutes ces révélations, Éliane effleura machinalement le rebord de la malle. Ses mains glissèrent sur son fond. Une vibration étrange, un petit clic, la fit sursauter.


— Qu’est-ce que tu me caches encore… murmura-t-elle.


Hésitante, Éliane se pencha un peu plus…


Les planches du fond de la malle étaient usées, et le bois craqua légèrement sous la pression. Elle posa ses mains sur le fond, inspira profondément… et appuya. Un dernier déclic retentit, plus net cette fois.


Éliane se figea, le souffle suspendu.


Visiblement, la malle n’avait pas encore livré tous ses secrets…


Fin du chapitre 3


Pour Éliane, rien ne sera plus jamais comme avant... 💚


France



👉 Tome 1

 
 

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