Le point de départ
- France Beaulieu
- 3 mai
- 7 min de lecture
Dernière mise à jour : 29 mai
Chapitre 5: Partie 1
Dimanche 26 octobre 2025 • 7h30

Après la nuit agitée qu’elle venait de vivre, Éliane avait fini par s’endormir aux petites heures du matin.
Une sensation humide vint troubler son sommeil, lui chatouillant délicatement la joue.
— Mmm…
Elle grimaça légèrement avant d’ouvrir un œil.
Luidgi.
Évidemment.
Le gros labrador noir était étendu à côté d’elle, la queue battant doucement. Comme chaque matin, il la réveillait à coups de lichettes sur le visage.
— Toi… t’es vraiment impossible, murmura Éliane d’une voix endormie.
Elle tourna la tête vers son cadran.
7 h 30.
— Non mais sérieux… Luidgi… je viens juste de m’endormir…
Elle laissa retomber sa tête sur l’oreiller, épuisée. Pendant quelques secondes, elle resta là, les yeux ouverts, à fixer le plafond.
Sa main glissa lentement sur le lit jusqu’à toucher le coffret posé juste à côté d’elle. Il était toujours là, bien réel.
Et tout lui revint d’un coup.
Le carnet.
Le parchemin.
La carte.
L’Isle-aux-Coudres.
Olivia… sa sœur.
— C’est impossible… j’peux pas garder ça pour moi.
Elle se redressa, passa une main dans ses cheveux en bataille, puis attrapa son cellulaire sur la table de chevet.
Il était beaucoup trop tôt pour appeler quelqu’un… sauf Camille.
Elle hésita une seconde… puis appuya.
Une sonnerie. Deux sonneries.
— … Allo… ?
— Cam… c’est moi.
— Éli? Attends… il est genre… super tôt… qu’est-ce qui se passe?
— Faut que tu viennes. Maintenant.
— Quoi? Là? Mais…
— S’il te plaît, Cam… c’est vraiment important.
Le ton d’Éliane coupa court à toute discussion.
— Ok. J’arrive. Donne-moi… 20-30 minutes.
— Merci…
Elle raccrocha.
Trente minutes plus tard, Camille arriva à vélo. Comme à son habitude, elle entra, telle une vraie tornade, sans même sonner.
— Bonjour monsieur! Bonjour madame! lança-t-elle en passant comme une flèche.
Les parents d’Éliane échangèrent un regard inquiet.
Sans demander son chemin, Camille monta les marches quatre à quatre… puis s’arrêta net
devant la chambre.
— Qu’est-ce qui…
Camille ne put terminer sa phrase, étonnée par ce qu’elle voyait. La pièce était dans un désordre total… Des vêtements au sol. Des feuilles chiffonnées un peu partout. Des objets éparpillés ici et là. Rien à voir avec la chambre toujours impeccable d’Éliane.
— Mais qu’est-ce qui s’est passé ici?
Elle entra doucement, contournant un livre au sol, puis se pencha pour ramasser un pantalon qui traînait sur le plancher.
— Touche pas… s’il te plaît.
Camille sursauta et se retourna.
Éliane était là, à l’entrée de la salle de bain. Pâle. Les yeux rouges, cernés. Les cheveux encore humides.
— Éli… oh mon dieu… t’as l’air d’avoir pas dormi pantoute… qu’est-ce qui se passe?
Éliane secoua la tête.
— J’ai… j’ai fait un rêve étrange. Non… pas un rêve. Tu vas me prendre pour une folle... mais je crois que… j’ai des visions.
Camille s’approcha, inquiète.
— Ok… Déjà là, j’aime pas comment ça commence. Des… visions? Sérieux?
Éliane baissa la tête et montra le médaillon à Camille.
— Quand je touche ça… je sens comme une chaleur, et après… je vois des images.
Camille la regarda avec étonnement, les yeux écarquillés.
— Genre… des souvenirs?
— Non… pas vraiment… C’est comme si on me montrait des images de mon passé… ou de mon avenir… C’est tellement étrange…
— Attends… là, tu me fais peur. Honnêtement, Éli, je ne comprends rien à ce que tu me racontes…
Éliane s’assit sur le lit, serrant le petit coffre contre elle.
— Je pense que… tout ce qu’on m’a dit sur ma naissance… c’est pas vrai.
Les mots restèrent suspendus entre elles, sans que ni l’une ni l’autre ne sache quoi répondre.

Puis, sans prévenir, Éliane craqua. Elle se jeta dans les bras de Camille.
— Hey… murmura Camille en la serrant fort. Respire… j’suis là… ok? J’suis là.
Éliane pleura de longues minutes, incapable de parler, puis, peu à peu, elle raconta tout.
La boîte noire.
La clé.
La malle.
La photo des cinq bébés.
La lettre de sa mère.
Les cinq coffres.
Le médaillon, le rubis et cette lumière rouge.
Et enfin… La vision.
Olivia.
L’île.
L’auberge.
Le symbole des cinq feuilles.
Tout y passa.
Camille, abasourdie, écoutait, les yeux grands ouverts.
— Une minute Éli… j’suis perdue là…
Elle leva les yeux vers elle.
— Donc, si j'ai bien compris, tu me dis que t’aurais… QUATRE sœurs? Perdues quelque part au Québec?
— Oui.
— Et qu’y en a une sur une île…
— L’Isle-aux-Coudres.
— Wow! C’est… complètement malade.
— Tellement…
— Et tes parents là-dedans?
Éliane baissa la tête, cherchant ses mots.
— Hier, j’étais tellement en colère contre eux, que la seule chose que je voulais, c’était de
rester seule.
— Quoi?! Tu veux dire qu’ils ne savent pas encore? demanda Camille, surprise.
— J’ai pas eu la force de leur parler. Pas encore. Ils ont dû vivre un enfer hier… à cause de moi.
— Surtout, ne te culpabilise pas Éli… Je suis certaine que tes parents vont comprendre… ils t’aiment.
— Je sais… je sais… murmura Éliane comme pour elle-même.
— Tu penses que ta mère biologique pourrait être là-bas? À l’Isle-aux-Coudres? interrogea Camille.
Éliane haussa les épaules.
— Peut-être pas, mais… ma sœur Olivia, oui. J’en suis certaine. Je dois la retrouver.
Camille la dévisagea pendant quelques secondes, analysant toutes les informations reçues, puis elle dit…
— Bon… ben… on va y aller.
— … Quoi?
— On va trouver comment s’y rendre.
— On?
Camille haussa un sourcil.
— Tu pensais quoi? Que j’allais te dire « bonne chance » pis rester ici?
Un petit sourire apparut malgré tout sur le visage d’Éliane.
— Cam…
— Nope. Si tu pars, j’suis là. Point.
Éliane, reconnaissante, ne sut pas quoi dire tout de suite. Elles échangèrent un regard complice, rempli d’émotion.
— Merci, Cam…
Elles s’installèrent devant l’ordinateur. Éliane tapa rapidement sur le clavier.
— Donne-moi deux secondes… j’vais juste voir c’est quoi cette place-là…

En un rien de temps, une page remplie d’images apparut sur l’écran.
— Regarde… l’Isle-aux-Coudres.
Camille se pencha, intriguée.
— Oh… c’est donc ben beau…
Des photos défilaient : un vieux moulin, une église blanche à deux clochers, des maisons colorées au bord du fleuve, un bateau échoué dans l’herbe, et l’eau qui s’étendait à perte de vue.
Éliane ne quittait pas l’écran des yeux.
— Éli, essaie de trouver comment on s’y rend.
— Ouais… attends…
Éliane changea d’onglet et ouvrit une carte.
Le curseur s’arrêta sur un point au milieu du fleuve.
— L’Isle-aux-Coudres.
— Éli… cherche un itinéraire pour s’y rendre…

— J’ai trouvé! Là… regarde… nous, on part d’ici, à Saint-Antoine-de-Tilly…
— Ouais.
— Si je comprends bien, on doit se rendre à Québec, et passer par le pont Pierre Laporte… pour ensuite aller jusqu’à Saint-Joseph-de-la-Rive. C’est ça?
— Exact.
Elle s’arrêta, zooma un peu plus.
— Pis là… on devra prendre un traversier pour aller sur l’Isle-aux-Coudres.
Éliane se renversa légèrement sur sa chaise, un peu découragée.
— … C’est loin quand même, dit-elle. On fait pas juste un petit détour. C’est minimum... deux heures de route.
Camille l’observa un instant et dit d’une voix déterminée :
— Vraiment… on s’en fous. Mais une chose est sûre… on ne peut pas partir comme ça, sans rien prévoir. Faut qu’on s’organise.
Éliane croisa les bras, contrariée.
— Comment on est supposées faire pour se rendre là-bas? J’ai même pas de voiture... encore moins un permis.
Elle joua nerveusement avec ses manches.
— Et mes parents… j’veux vraiment rien leur demander.
Camille, mystérieuse, attrapa son cellulaire.
— Camille… qu’est-ce que tu fais?
— Fais-moi confiance.
Elle composa un numéro.
— Allo? fit une voix masculine.
— Jacob?
— Ouais… ? il est tôt là…
— T’aimes ça, les aventures?
— Euh… ça dépend… pourquoi?
Camille jeta un coup d’œil à Éliane.
— On a besoin de toi. Demain.
— On?
— Moi… pis Éliane. On part pour l’Isle-aux-Coudres.
— Quoi? T’es sérieuse?
— Full sérieuse.
— Pourquoi MOI?
— Parce que t’as une voiture… et un permis.
— Ouais…… mais pourquoi pas les parents d’Éliane? Je ne comprends rien à votre histoire… pourquoi vous devez aller aussi loin?
— Longue histoire, Jacob. Disons que c’est important. Pour Éliane.
— Et l’école? Tu y as pensé?
— Pas d’école pour demain. Y a plus urgent…
Une pause.
— … ok. J’embarque.
— Sérieux?
— Ouais. J’passe vous prendre demain matin.
— T’es le meilleur chum!
— Je sais.
Elle raccrocha avec un sourire victorieux.
— Voilà.
Éliane la regarda, un peu sous le choc.
— Tu viens vraiment avec moi?
—Certainement! Et Jacob aussi. T’es pas toute seule là-dedans.
— Mais…
— Pas de « mais ». Tu cherches ta sœur, on t’aide à la trouver. Fin de l’histoire.
Éliane serra chaleureusement sa meilleure amie dans ses bras.
— On a bien bossé… merci tellement Cam. Sans toi… je n’sais pas si j’y serais arrivée…
Camille sourit.
— Ben oui, voyons… J’te l’ai dit. On est ensemble.
L’horloge se fit entendre. Onze coups.
Camille sursauta légèrement et regarda l’heure.
— Déjà onze heures… je dois filer. Ma mère m’attend pour aller magasiner. Je te laisse…
Éliane hocha la tête, un peu à contrecœur.
Avant de partir, Camille se retourna vers elle.
— Le pire s'en vient, tu sais...
— Pourquoi?
Camille regarda Éliane, sérieuse.
— Éli... faut que tu parles à tes parents. Genre... tu peux pas partir demain sans rien dire.
Éliane eut un petit rire nerveux.
— Ah… ouais…
— Allez, bon courage. À demain!
Elle lui fit un petit signe de la main avant de quitter la pièce.
Éliane resta seule un moment.
Elle imprima la carte, puis inspira profondément.
— Bon... faut que j'y aille...
Fin de la partie 1
La rencontre d'Éliane avec ses parents changera-t-elle tout?
Pour découvrir la suite, lis la partie 2.🧡
France
👉 Tome 1


