Les visions du passé
- France Beaulieu
- 29 mars
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 15 mai
Chapitre 4: Partie 2
Dimanche 26 octobre 2025 • 2h30 du matin

Tout ça… c’était trop. Une fatigue écrasante s’abattit sur elle… comme si plusieurs jours venaient de passer en quelques minutes.
Elle secoua légèrement la tête.
— Je ne peux pas rester ici… pas maintenant… murmura-t-elle pour elle-même.
Elle devait descendre. S’éloigner.
Ses doigts tremblaient légèrement alors qu’elle rassemblait les objets : la photo usée, le petit bonnet brodé, le parchemin, les cinq coffres… le médaillon.
En cherchant autour d’elle, ses yeux tombèrent sur un coin du grenier où s’empilaient de vieux sacs de jute. Elle s’en approcha, les examina rapidement. La plupart étaient troués.
— Sérieux… même ça, c’est usé jusqu’à la corde…, souffla-t-elle, agacée.
Finalement, elle en trouva un encore solide. Un peu rêche, mais intact.
— Parfait… ça fera l’affaire.
Elle y déposa soigneusement ses trouvailles, veillant à les disposer avec délicatesse, comme un trésor précieux qu’on refuse d’abîmer. Elle noua le sac, le serra contre elle, puis se dirigea vers l’escalier.
Chaque marche grinçait sous ses pas. Habituellement, ces bruits la rassuraient, mais cette nuit… c’était différent.
Arrivée à mi-chemin, elle ralentit. Des voix s’élevaient doucement de la cuisine.
Ses parents étaient encore réveillés et parlaient à voix basse… mais il y avait quelque chose dans la voix de sa mère. Une fragilité qu’elle ne lui connaissait pas.
Attirée malgré elle, Éliane descendit lentement quelques marches, retenant son souffle. Chaque mot devenait plus clair. Elle s’arrêta juste assez pour voir sans être vue.

Son père, debout, fixait un point invisible. Sa mère, assise à la table, serrait un cadre entre ses mains. Même de loin, Éliane reconnut la photo.
Sa fête de cinq ans.
— Tu te souviens, Paul… de ses cinq ans? murmura sa mère, la voix brisée.
Son père releva légèrement la tête.
— Oui… répondit-il calmement.
Elle inspira, comme pour se donner du courage.
— On voulait tellement faire quelque chose de spécial… Tu te rappelles? On s’était dit que… comme Éliane était toute seule… ça lui ferait du bien d’avoir un compagnon.
— Un petit labrador. Elle ne le lâchait plus, ajouta-t-il.
Un faible sourire passa sur leurs visages, vite effacé.
— Elle était tellement heureuse, dit sa mère.
Elle serra le cadre un peu plus fort contre elle.
— Je n’arrive pas à oublier… tous ces moments… nous trois…
Sa voix s’éteignit brusquement, brisée par l’émotion.
Éliane ressentit un pincement au cœur.
Elle descendit de quelques marches supplémentaires, juste assez pour apercevoir la cuisine. La lumière du plafonnier révélait leurs visages fatigués, leurs épaules voûtées.
Dans l’ombre, Éliane n’osait plus bouger, le sac serré contre elle. Elle n’avait jamais vu ses parents comme ça. Jamais.
— Tu penses… qu’on aurait dû lui dire avant? demanda doucement sa mère, la voix chevrotante.
Son père passa une main sur son visage.
— Tu te souviens… à quel point Mme Beauregard, la directrice de l’orphelinat, a insisté sur ce point…
Éliane retint sa respiration.
— De ne rien révéler à la petite… avant ses seize ans, poursuivit-il.
Ses doigts se crispèrent sur le sac.
— C’était très important, continua son père. Il doit bien y avoir une raison pour nous demander de garder ce secret aussi longtemps…
Sa voix était grave. Fatiguée.
Sa mère hocha lentement la tête, essuyant une larme.
— On ne pouvait pas agir autrement… C’était pour la protéger…, dit-elle faiblement.
Une boule se forma dans sa gorge. Plus rien ne faisait de sens. Mais étonnamment, Éliane ne ressentait ni colère, ni peur… À la place, une culpabilité écrasante pesait sur son cœur.
Ils ont fait ça pour moi… pensa-t-elle.
Elle aurait voulu descendre. Les rejoindre. S’asseoir près d’eux et les rassurer. Leur dire que tout allait bien… même si c’était faux. Mais aucun mot ne venait. Son esprit était vide, son cœur trop plein d’émotions.
Elle observa ses parents. Ils avaient l’air… épuisés. Inquiets. Et ça lui fit mal. Vraiment mal. Elle les aimait… plus que tout. Et là… elle avait l’impression d’être en train de tout faire éclater.
Sa mère leva doucement la tête et croisa son regard. Une larme coula sur sa joue.
Elle aurait voulu parler. Dire quelque chose. N’importe quoi. Mais aucun son ne sortit. Alors, simplement, Éliane détourna le regard et poursuivit son chemin vers sa chambre.
Elle entendit le léger sanglot de sa mère derrière elle, mais ne se retourna pas. Sinon, elle allait craquer… et elle n’en avait plus la force.
Elle n’était pas prête. Pas maintenant. Le moment des explications devra attendre. Pour l’instant, elle voulait juste se réfugier dans la tranquillité de sa chambre.
Lorsqu’elle entra, elle referma la porte doucement derrière elle. Éliane resta là, adossée à la porte, incapable de penser, le regard perdu dans le vide… puis, après un long moment, elle finit par déposer le sac de jute sur son lit.
Elle sentit les larmes lui monter aux yeux, mais les retint. Trop d’émotions s’étaient déjà échappées cette nuit.
Elle dénoua le nœud lentement. Ses gestes étaient plus calmes maintenant, plus contrôlés. Un à un, elle sortit les objets et les déposa délicatement sur sa table de chevet.
— C’est fou… tout ça était ici depuis tout ce temps, se dit-elle.
Elle laissa échapper un petit rire nerveux. C’était complètement irréel.
— J’deviens complètement folle…, murmura-t-elle.
Elle ouvrit son coffre. Ses doigts se refermèrent sur le médaillon. Le métal était froid.

Elle s’allongea alors sur son lit et serra le médaillon dans ses mains, tout contre elle, en espérant que celui-ci lui apporte des réponses.
Ses yeux brûlaient de fatigue. Son corps était épuisé, mais son esprit… refusait de s’arrêter. Les images revenaient en boucle.
La femme. Les bébés. Le rubis. La voix. Et maintenant…
Ses parents. Leur peur. Le secret.
Peu à peu, la fatigue prit le dessus. Ses pensées devinrent floues. Désordonnées…
Puis… le noir.
Elle ne savait pas combien de temps s’était écoulé… peut-être quelques minutes… peut-être une heure… mais quelque chose la tira doucement du sommeil.
Une sensation étrange. Une chaleur. Elle fronça légèrement les sourcils, encore à moitié endormie. La chaleur s’intensifia. Dans ses mains. Le médaillon.
Ses yeux s’ouvrirent à moitié.
— Quoi... ?
Sa voix était pâteuse. La chaleur devint presque brûlante… Et c’est là que tout bascula.
Les premières images apparurent d’abord floues, comme à travers une vitre embuée.
Éliane était là, debout… ou flottant… impossible à dire. L’air vibrait autour d’elle, chargé d’une énergie étrange.
Des sons, étouffés, résonnaient dans le lointain : des rires, des pas…
Des silhouettes apparaissaient puis disparaissaient avant qu’elle ne puisse les toucher.
Tout tournait, tout se mêlait… mais certaines images revenaient avec insistance.

Puis lentement, une forme apparut. Une route pavée, et au centre, un bâtiment au toit rouge avec des volets usés, décolorés. Peut-être une auberge… ou une vieille maison abandonnée.
Elle avança, hésitante. Attirée bien malgré elle... comme si quelque chose l’appelait.
Un lampadaire en fer forgé se dressait à l’angle de la route. Sa lumière vacillante projetait des ombres mouvantes tout autour.
Elle chercha un nom, une indication.
Sur un panneau de bois, les lettres se mêlaient, floues : Cordes? Coudes? Coudres?
Elle plissa les yeux. Impossible à lire clairement, mais le mot s’imprima dans sa mémoire comme une énigme.
Puis, une voix. Douce. Féminine.
— Je t’attends…
Éliane tourna la tête.
La brume se dissipa légèrement, révélant une silhouette fine, presque irréelle.
Une fille, jeune, avec de longs cheveux bruns.
— Olivia… murmura Éliane. Le nom sortit tout seul, comme une évidence.
La fille hocha lentement la tête, ses lèvres remuant à peine.
Puis, un symbole apparut, gravé dans la pierre. Un cercle. Cinq feuilles.
Éliane s’approcha, tendit la main… encore un peu… mais juste avant que ses doigts ne touchent la pierre, un bruit sourd éclata. Violent.
Tout se mit à trembler. La brume se déchira, la lumière s’éteignit…
Et tout disparut.
Éliane se réveilla en sursaut. Le cœur affolé, le front humide. La chambre, plongée dans l’obscurité.
Éliane demeura là quelques secondes, sous le choc de cette deuxième vision, plus précise, plus vivante…
Elle passa une main sur son visage, mais les images refusaient de s’effacer.
Le toit rouge.
Le lampadaire.
Le symbole.
Et ce nom… Olivia… qui tournait sans cesse dans sa tête.
— C’était elle… j’en suis sûre…, chuchota-t-elle.
Elle se releva doucement, baissa les yeux sur le médaillon, toujours dans sa main. Un faible éclat rouge palpitait au cœur du rubis. À peine visible. Comme un battement.
Elle posa sa main dessus. Le métal était froid. Elle attendit. Une autre vision. Un autre signe. Mais rien ne vint.
De nouveau le silence.
Éliane s'étendit de nouveau dans son lit, les yeux ouverts dans le noir. Elle le savait. Elle ne se rendormirait pas. Cette nuit, quelque chose avait commencé, et elle le sentait au plus profond d’elle-même…
Ce n’était pas un rêve.
C’était un appel.
Fin de la partie 2
Passe à la prochaine partie... si tu veux connaître la vérité. 💛
France
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