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La carte oubliée

  • Photo du rédacteur: France Beaulieu
    France Beaulieu
  • 14 avr.
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 14 mai

Chapitre 4: Partie 3


Dimanche 26 octobre 2025 • 4 h 30 du matin


La chambre baignait dans une lumière douce, éclairée seulement par la lampe de chevet.


Par la fenêtre entrouverte, le vent d’octobre faisait bouger les volets par petits coups irréguliers.


Éliane n’avait pas dormi.


Elle avait essayé, mais chaque fois qu’elle fermait les yeux, certaines images revenaient sans cesse, s'imposant à elle avec une intensité troublante.


Ses yeux étaient gonflés d’avoir trop pleuré et sa tête lui faisait mal, mais son esprit refusait de ralentir. Elle tentait de rassembler les morceaux, de comprendre, de donner un sens à tout ça…


— J’ai dû manquer un détail… un mot…, murmura Éliane d’une voix endormie.

Assise sur son lit, elle fixait le coffre dans ses mains, espérant y trouver une réponse. Mais rien ne venait.


Son regard se dirigea alors vers la table de chevet… avant de s’arrêter net.


Le parchemin.


Elle l’avait déjà lu plusieurs fois, mais elle ressentait un vide... comme si elle était passée à côté de quelque chose d’important.


Cette fois, elle le prit avec précaution et le déroula lentement, décidée à ne rien laisser passer.


Avec patience, elle s’arrêta sur chacune des phrases. Et soudain, un passage attira son attention.


Lorsque tu seras prête, cherche celles qui portent ton reflet.


L’une d’elles t’attend déjà.


Suis la carte.


Son prénom est Olivia.


Son cœur fit un bond.


— Suis la carte… ? Comment avait-elle pu passer à côté d’une telle information?


Déstabilisée, elle jeta un regard curieux autour d'elle, examinant les moindres recoins... comme si la réponse allait apparaître dans la pièce.


— Mais… j’ai vu aucune carte…, dit Éliane, découragée.


Sans trop réfléchir, elle rouvrit le coffre. Le médaillon scintilla faiblement à l’intérieur, attirant aussitôt son attention. Chaque fois qu’elle l’avait touché, une chaleur étrange l'avait envahie… suivie de visions.


Alors peut-être que…


Elle hésita un instant, puis le prit entre ses doigts. Dès que le rubis effleura sa peau, tout bascula.



Cette fois-ci, ce n’était ni floue ni confus.


C’était clair. Précis.


Une grande maison de pierre se dressait devant elle, imposante, avec un toit rouge foncé.


Un écriteau en bois portait un mot gravé : Coudres.


Et là, encore une fois… ce symbole. Toujours le même. Cinq feuilles.


Puis une silhouette apparut. Une jeune fille qui lui ressemble. Ces yeux. Ce visage…


C’est elle.


Olivia…


La jeune fille leva lentement les yeux, comme si elle pouvait la voir. Et dans ce silence irréel, une voix résonna, douce mais lointaine.


Trouve la carte… elle te mènera jusqu’à moi…


Puis… plus rien.


Éliane inspira brusquement, comme si elle revenait de très loin.


Trouve la carte… elle te mènera jusqu’à moi… ?


Sa voix tremblait encore. Elle regarda autour d’elle, retrouvant peu à peu sa chambre, la lumière, le silence. Tout semblait normal… et pourtant, plus rien ne l’était.


Ses yeux s’accrochèrent au coffre qu’elle tenait toujours dans ses mains… et si…


Un doute s’installa. Elle l’ouvrit de nouveau, fouilla l’intérieur, inspecta chaque coin.


Rien.


— Mais elle est où, cette fichue carte?! lâcha-t-elle, frustrée. Tu te moques de moi ou quoi?!


Avec colère, elle retourna le coffre d’un geste brusque… et c’est là qu’elle la vit.


— Hein… ?


Elle rapprocha le coffre de la lampe, le cœur battant de plus en plus vite. À l’arrière, gravée directement dans le bois, une carte apparut.


— Non… c’est pas possible…



Ses doigts effleurèrent la surface avec délicatesse, comme si elle craignait que tout disparaisse.


— Comment j’ai fait pour ne pas voir ça avant… ?


Avec son doigt, elle suivit les lignes lentement. Des vagues. Une île.


L’Isle-aux-Coudres.


Une maison… exactement comme dans sa vision.


Auberge du Toit… quoi? Grenat? dit-elle, surprise.


Les détails prenaient forme peu à peu, puis, tout en haut, un nom attira son regard.


Olivia


Ce prénom… Sa sœur.


En bas, plus sombre, le symbole des cinq feuilles apparaissait encore, accompagné d’un nom : Maison d’Éryndor.


Après l’excitation suscitée par sa découverte, ses angoisses revinrent à la surface… Sa gorge se serra.


— Est-ce que tu voulais que je vous retrouve… maman… ? murmura Éliane d’une voix fragilisée par l’émotion.


Ses yeux se remplirent de larmes, mais cette fois, elles n’étaient pas seulement liées à la peur. Elle éprouva une sorte de soulagement… On dirait que tout le poids ressentit depuis l’annonce de son adoption s'envolait, libérant un flot de larmes jusque là contenu.


Après des heures à se sentir perdue, à ne rien comprendre, et à se poser plusieurs questions... quelque chose venait enfin de changer. Un début de réponse. Un chemin à suivre.


Ce n’était peut-être qu’un point de départ, mais c’était suffisant pour qu’elle se sente un peu moins perdue.


Cette carte… c’était elle. Sa mère. Elle avait laissé ça pour la guider. Comme si, malgré son absence, elle veillait encore sur elle.


Au rez-de-chaussée, l’ horloge se mit à sonner.


Un coup. Deux. Trois. Quatre. Cinq coups.


Éliane ferma les yeux un instant. Cinq heures du matin. Elle n’avait pas fermé l’œil de la nuit.

En bas, elle entendait de légers bruits dans la cuisine. Le son du robinet, le froissement d’un sac de thé, la voix faible de sa mère, et celle de son père, grave, fatiguée :


— Claire, elle a besoin de temps... laissons-la tranquille.


Avec force, Éliane serra le coffre contre elle.


Du temps? Non. J’ai besoin de réponses, pensa-t-elle.

— J’ai pas dormi de toute la nuit… c’est pas possible… je n’arrive plus à penser… en plus, je dois ressembler à un épouvantail…



Après une bonne douche chaude, elle enfila son pyjama avant de retourner dans sa chambre. Luidgi était là, allongé de tout son long sur le lit. Elle décida de se coller à lui, cherchant un certain réconfort.


Elle devait dormir un peu, mais une seule idée l’obsédait à ce moment-là…


— Pourquoi… tu m’as laissée, maman?


Silence.


Une larme coula.


— Est-ce que tu es encore en vie?


La question lui fit peur, mais en même temps… après toutes ces années, il était possible qu’elle soit morte… mais il y avait aussi une chance qu’elle soit toujours vivante…


L’inconnu restait effrayant, oui.


Ce qu’elle allait découvrir la terrifiait, oui.


Sa vie allait prendre un grand virage, oui.


Mais cette idée, un jour, de retrouver celle qui l'a mise au monde, donnait à Éliane une lueur d'espoir dont elle avait tant besoin en ce moment.


— Et si je n’étais pas prête?


Mais au fond d’elle, quelque chose brûlait plus fort que le reste. Plus fort que la peur. Plus fort que le doute.


— Je dois y aller.


— Je te trouverai, Olivia…


Un soupir.


— Je vous trouverai toutes.


Le vent frappa doucement la fenêtre pendant que le ciel commençait lentement à s’éclaircir. La nuit s’effaçait peu à peu. Et en elle… quelque chose venait de naître.


Une détermination nouvelle. Une volonté de vouloir aller jusqu’au bout.


Puis Éliane sentit enfin la fatigue reprendre le dessus. Son corps devenait lourd, ses pensées ralentissaient, comme si tout son être acceptait enfin de lâcher prise.


Enfin, elle savait où aller. Elle venait de trouver des réponses… celles qui la mèneront à sa première destination : l’Isle-aux-Coudres.


C’est là que tout commencera.


Ses paupières se fermèrent lentement, sans résistance. Et cette fois, il n’y eut ni visions, ni peur, ni doute... juste une douce obscurité réconfortante.



Fin du chapitre 4


Le mystère ne fait que commencer... 💜


France



👉 Tome 1

 
 

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