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L’appel dans la nuit

Photo du rédacteur: France Beaulieu
France Beaulieu
13 sept.
7 min de lecture

Dernière mise à jour : 28 sept.

Chapitre 9 : Partie 1


Mardi 28 octobre 2025 • 22 h 30


Le départ pour retrouver cette troisième sœur était prévu pour le lendemain. Éliane savait qu’elle ne dormirait presque pas. Elle était à la fois excitée, nerveuse et inquiète.


Olivia était assise sur le lit, les jambes croisées, le dos appuyé contre le mur. Elle jouait machinalement avec un fil qui dépassait de la couverture.


La pluie tapotait doucement contre la fenêtre.


— Tu crois qu’elle nous attend? demanda Olivia.


Éliane haussa les épaules.


— Je sais pas. Je sais même pas si elle sait qu’on existe.


Elles continuèrent à discuter une bonne partie de la nuit. Elles se racontèrent leurs souvenirs d’enfance, leurs secrets… parfois même des trucs qu’elles n’avaient jamais osé raconter à personne.


Elles riaient, se posaient mille questions, enchaînaient les anecdotes et découvraient sans arrêt de nouvelles choses l’une sur l’autre.


Plus elles parlaient, plus cette drôle d’impression grandissait : comme si, au fond, elles se connaissaient depuis toujours.


Peu à peu, la fatigue finit toutefois par les rattraper. Olivia se glissa sous les couvertures.


— Bonne nuit, Éli.


— Bonne nuit, Oli.


Quelques minutes plus tard, la respiration d’Olivia devint régulière. Elle dormait profondément, mais Éliane, elle, n’arrivait toujours pas à fermer l’œil.


Elle se tourna sur le dos et fixa le plafond. Elle avait beau essayer de penser à autre chose, son esprit revenait toujours à Lyla.


Éliane jeta un coup d’œil vers la table de chevet. Son médaillon était posé là. Elle tendit la main et le prit doucement entre ses doigts. Le métal était froid.


— Lyla…


Elle murmura son prénom.


C’est à cet instant qu’elle sentit une légère chaleur. Surprise, Éliane desserra aussitôt les doigts et regarda le médaillon.


— C’est quoi, ça?


La chaleur devenait maintenant vraiment intense.


— Olivia…


Elle voulut la réveiller, mais Olivia dormait à poings fermés. Éliane allait l’appeler une nouvelle fois lorsqu’elle sentit soudain que quelque chose n’allait pas.


Les contours de la chambre commencèrent à onduler. Le plafond sembla s’éloigner. Éliane cligna des yeux, incrédule.


— Non…


Sa respiration s’accéléra. Tout se mit à tourner autour d’elle. La chambre semblait disparaître lentement, comme si elle était en train de s’effacer.


Éliane serra le médaillon de toutes ses forces. Une dernière pensée lui traversa l’esprit.


Lyla.


Puis tout bascula.



Une lumière blanche, aveuglante, apparut au loin. Elle se trouvait dans un endroit qu’elle ne reconnaissait pas. Tout était flou. Des formes apparaissaient autour d’elle, puis disparaissaient.


Elle fit quelques pas.


— Où suis-je?


Aucune réponse. À cet instant, elle entendit une respiration rapide. Éliane se retourna, paniquée.


Un cri retentit. Un cri d’angoisse et de peur, si terrible qu’il lui glaça le sang.


— Qui est là?


Le cri retentit encore, plus fort et plus désespéré.



Une silhouette apparut dans l’obscurité.


Éliane distingua peu à peu une fille aux longs cheveux bruns et bouclés, dont les yeux verts semblaient briller dans le noir.


Son regard était rempli de peur, mais Éliane ne pouvait détacher les yeux d’elle, comme si quelque chose la poussait à s’approcher.


Elle fit lentement un pas vers la jeune fille.


— Lyla! C’est moi!


Lyla leva les yeux vers elle. Soudain, Éliane ressentit quelque chose de très fort. La peur de Lyla la traversa comme une décharge. Ses mains se mirent à trembler. Elle avait l’impression de ressentir exactement la même panique que Lyla.


— Je suis là! cria Éliane. Je vais t’aider!


Lyla se retourna brusquement et se mit à courir.


— Attends!


Éliane partit à sa poursuite, mais quelque chose apparut derrière Lyla. Une ombre, grande, noire, et mouvante.


Elle sentit la peur monter en elle.


— Lyla! COURS!


Lyla trébucha et tomba.


— Relève-toi!


Éliane courut vers elle.


— Vite! Donne-moi ta main!


Lyla tendit la sienne. Leurs doigts allaient presque se toucher mais une force invisible repoussa Éliane brutalement.


— NON!


Éliane courut vers elle.


— Je suis là!


Lyla leva les yeux. Leurs regards se croisèrent et, cette fois, Éliane entendit clairement sa voix.


— Aide-moi…


Éliane tendit les bras, mais l’ombre se referma autour de Lyla.


Un cri déchirant retentit.


— LYLA !


Tout devint blanc.



Éliane se réveilla en sursaut, complètement en sueur. Son cœur battait à toute vitesse et elle avait du mal à reprendre son souffle. Pendant quelques secondes, elle ne reconnut même pas la chambre.


Elle passa une main sur son front et regarda autour d’elle.

Olivia dormait encore.


Éliane se tourna vers elle et la secoua.

— Olivia…


Aucune réaction.


Elle la secoua encore.


— Olivia!!!


Olivia bougea finalement et ouvrit les yeux avec difficulté.


— Quoi? Qu’est-ce qu’il y a?


Éliane essayait de parler, mais sa respiration était encore trop rapide.


— Je crois que… je viens de voir Lyla.


Olivia se redressa immédiatement.


— Lyla?!


Éliane hocha la tête. Son visage était encore pâle et ses mains tremblaient.


— Qu’est-ce que tu as vu?


— Elle avait peur.


— Pourquoi?


— Je sais pas. Il y avait une ombre.


Olivia se rapprocha d’elle.


— Une ombre?


— Oui… Elle était derrière elle. Lyla courait. Elle essayait de s’enfuir.


Sa voix trembla.


— J’ai essayé de l’aider.


Olivia posa doucement une main sur son bras.


— Et?


— J’ai tendu la main. J’étais juste là… mais quelque chose m’a repoussée.


Les yeux d’Éliane commencèrent à se remplir de larmes.


— Je pouvais pas l’atteindre.


Olivia la regardait sans savoir quoi dire.


Éliane essuya rapidement une larme.


— Elle criait, Oli.


Sa voix se brisa.


— Elle avait tellement peur.


Les larmes commencèrent à couler sur ses joues.


— Et après… j’ai ressenti sa colère.


Elle porta une main à sa poitrine.


— C’était tellement fort.


Olivia s’approcha davantage.


— Éliane…


Mais Éliane continuait.


— Je ressentais vraiment ce qu’elle ressentait.


Sa respiration recommença à s’accélérer et elle se mit à pleurer plus fort.


Olivia la prit dans ses bras.


— Hé… calme-toi. Je suis là.


Éliane secoua la tête contre son épaule.


— J’arrive pas…


Ses sanglots devinrent incontrôlables. Olivia lui frotta doucement le dos.


— Respire. Regarde-moi.


Éliane releva les yeux.


— Inspire doucement.


Olivia inspira lentement pour lui montrer.


— Voilà. Maintenant, expire.


Éliane l’imita. Elles recommencèrent plusieurs fois. Peu à peu, la respiration d’Éliane ralentit.


Elle resta blottie contre Olivia, les yeux rouges et le visage mouillé de larmes.


— Je veux juste qu’elle soit correcte, murmura-t-elle.


Olivia lui prit la main.


— Demain, on part, et on va la chercher.


Encore bouleversée par tout ce qui s’était passé durant la nuit, Éliane se recoucha quelques instants plus tard.


Olivia resta assise près d’elle, veillant silencieusement jusqu’à ce qu’elle s’endorme. Mais son sommeil fut loin d’être paisible. Éliane s’agita sous les couvertures, bougea plusieurs fois et murmura des mots incompréhensibles, comme si quelque chose la tourmentait encore.


Pendant qu’Éliane dormait, Olivia resta quelques instants à la regarder, puis son regard se posa sur la lettre qu’elle avait préparée pour ses grands-parents.


Depuis qu’elle avait décidé de partir, une même question revenait sans cesse dans son esprit : faisait-elle vraiment la bonne chose? Elle savait qu’elle devait retrouver Lyla, mais l’idée de quitter ses grands-parents sans leur parler lui faisait mal. Elle ne pouvait s’empêcher de se sentir coupable.



Olivia déplia la lettre et la relut attentivement. Elle aurait voulu tout leur raconter, mais certaines choses étaient encore trop difficiles à mettre par écrit.


Après plusieurs minutes, elle finit par plier soigneusement la lettre et la déposa bien en vue sur sa table de chevet.


— J’espère que vous me pardonnerez…


Longtemps, Olivia resta les yeux ouverts dans le noir, avant de finir par s’endormir, épuisée.


6 h 00


L’alarme du cellulaire d’Olivia retentit. Elle l’éteignit rapidement pour ne pas réveiller Éliane.


Trop tard…


Éliane ouvrit les yeux et aperçut Olivia assise sur son lit, les cheveux un peu en bataille.


— Oli, comment tu vas?


— Bof… pas fort. Je me sens mal de quitter mes grands-parents comme ça.


Éliane se redressa dans son lit et la regarda avec douceur.


— Je comprends…


Olivia soupira.


— Et toi, tu as réussi à dormir?


Éliane secoua légèrement la tête.


— Sérieux… je me sens complètement vidée.


Olivia hésita.


— Tu préfères attendre avant de partir?


Éliane secoua immédiatement la tête.


— Au contraire.


Elle posa une main sur son médaillon.


— Depuis la vision de cette nuit, j’ai encore plus envie de partir. Je veux retrouver Lyla et m’assurer qu’elle va bien.


Olivia se redressa aussitôt.


— Alors, on part.


Elles se levèrent aussitôt et se préparèrent en un temps record. Quelques minutes plus tard, leurs sacs étaient prêts.


Éliane regarda autour d’elle.


— OK. On a tout.


Olivia vérifia une dernière fois son sac.


— T’as pris ton médaillon?


Éliane posa une main sur son pendentif.


— Toujours.


— Et la carte?


Éliane roula des yeux.


— Olivia…


— Quoi?


— Elle est là. Arrête de t’inquiéter.


Elles prirent leurs sacs et regardèrent une dernière fois la chambre. Éliane posa la main sur la poignée de la porte.


— Prête?


Olivia regarda une dernière fois la lettre.


— Prête.


Éliane ouvrit doucement la porte. Le couloir était silencieux.


Elles avancèrent sans faire de bruit, traversèrent l’auberge et sortirent par la porte arrière sans croiser personne.


Le jour s’était levé sur un ciel clair, lavé par la pluie de la nuit.


Elles se dirigèrent vers un petit bâtiment situé derrière l’auberge. Olivia ouvrit la porte. Le scooter était là.


Elles déposèrent leurs sacs dans le porte-bagages.


Éliane regarda le scooter d’un air méfiant.


— Tu es sûre que… ce truc roule encore?


Olivia éclata de rire.


— Évidemment! C’est mon fidèle destrier.


— Oui, mais moi, j’ai zéro expérience avec un scooter.


— Alors, c’est le moment d’apprendre.


Elle lui tendit un casque.


— Allez, grimpe!


Éliane s’installa derrière elle, pas très rassurée.



Olivia vérifia la sangle de son propre casque avant de regarder celle d’Éliane.


— Mets-le bien serré.


Éliane resserra la sangle.


— Si on se casse la figure, je te jure que je vais te hanter jusqu’à la fin de tes jours.


Olivia se mit à rire.


— Marché conclu.


Le moteur ronronna et, avant qu’Éliane ait le temps de changer d’avis, le scooter bondit sur la route.


Éliane s’accrocha immédiatement à Olivia.


— Doucement!


— Je vais doucement.


— Pour toi, peut-être!


Olivia éclata de rire.


— T’inquiète, je contrôle!


Éliane serra un peu plus fort.


Derrière elles, l’auberge disparut peu à peu. Il n’y avait plus de retour possible. Elles avaient fait leur choix.


Une sœur les attendait quelque part à Tadoussac. Elles allaient la retrouver. Quoi qu’il arrive.


Éliane ferma les yeux une seconde. Elle pensa à la vision de cette nuit. À Lyla. À sa peur. À sa voix lorsqu’elle avait murmuré : « Aide-moi. »


Elle ouvrit les yeux. Cette fois, elle n’avait plus peur.


— Lyla, murmura-t-elle.


Olivia accéléra légèrement tandis que le paysage défilait sous leurs yeux.


Cap sur Tadoussac.


Lyla, on arrive.


Fin de la partie 1.


Éliane et Olivia prennent enfin la route vers Tadoussac, déterminées à retrouver Lyla. Mais la vision d'Éliane cache peut-être un avertissement...


Tu veux en savoir plus? Alors, ne manque pas la partie 2 du chapitre 9 !


Bonne lecture ! 💙


France





👉 Tome 1


 
 

Merci de voyager à travers les mots avec moi !

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