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Sur les traces de Lyla

Photo du rédacteur: France Beaulieu
France Beaulieu
31 août
8 min de lecture

Dernière mise à jour : 28 sept.

Chapitre 8 : Partie 3


Mardi 28 octobre 2025 • 19 h 30


Le froid commençait à se faire sentir. Éliane frotta ses mains l’une contre l’autre pour les réchauffer, puis souffla doucement dessus.


— J’ai vraiment froid.


Olivia acquiesça en grelottant.


— Moi aussi. On devrait rentrer à l’Auberge. On pourra regarder la carte au chaud et essayer de comprendre ce qu’elle veut dire.


— Bonne idée.


Elles prirent le chemin du retour, pressées de retrouver la chaleur de l’Auberge du Toit Grenat.


À leur arrivée, Madeleine les accueillit avec son habituel sourire chaleureux.

— Olivia, ma chérie… Bonsoir, Éliane. Vous semblez avoir froid toutes les deux. Vous aimeriez manger quelque chose?


— Oh oui, mamie! J’ai tellement faim… et je suis gelée!


Olivia échangea un regard avec Éliane.


— Mamie… on pourrait manger dans ma chambre?


— Bien sûr, répondit Madeleine. Je vais vous faire monter votre repas.


— Merci, mamie.


Les deux filles montèrent rapidement à l’étage.


À peine entrée dans la chambre, elles s’installèrent à la petite table et Olivia déplia la carte qu’elle tenait toujours entre ses mains.


Sur celle-ci, un nom apparaissait clairement : Tadoussac. On pouvait y voir le dessin d’une baie. De petites vagues y étaient représentées et, au centre, un minuscule bateau semblait flotter sur l’eau.


— Regarde ça.


— Quoi?


— On dirait… une baleine.


Éliane regarda de plus près.

— Ouais. Ce bateau, l’Éperlan… tu crois que c’est un bateau de pêcheur?


— Peut-être.


Un nom figurait sur cette carte… LYLA.


Olivia resta silencieuse quelques secondes, puis elle releva les yeux vers sa sœur.


— Donc, si je me fie à cette carte, notre sœur devrait se trouver à… Tadoussac?


— Je pense que oui, dit Éliane, peu convaincue.


Olivia se laissa tomber contre le dossier de sa chaise.


— Si tu m’avais raconté tout ça ce matin… je t’aurais prise pour une folle.


Éliane éclata de rire.


— Éli, tu peux dormir ici ce soir, si tu veux, proposa Olivia. Ça nous laissera le temps de faire quelques recherches.


— Bonne idée! Tu crois qu’on pourrait partir demain? demanda Éliane, toute excitée.


— Euh… là, tu vas un peu trop vite pour moi!


— Ben quoi? Si on doit retrouver trois sœurs, faut pas perdre de temps! Prends ton cell et cherche Tadoussac… On va commencer par là!



À cet instant, on cogna à la porte.


— Je peux entrer?


— Mamie! lança Olivia.


Dans un geste précipité, Olivia replia la carte .


— Entre!


Madeleine entra en poussant devant elle une petite table roulante.

— Voilà votre repas. Service aux chambres! J’espère que vous avez faim.


— Oui, merci, mamie.


Madeleine aperçut les deux filles penchées sur leur cellulaire.


— Vous travaillez sur quelque chose?


Olivia lança un petit coup d’œil à Éliane.


— Ouais… On essayait de voir ce qu’on pourrait faire demain.


— Demain?


— On veut profiter un peu de notre journée sur l’île, s'empressa d'expliquer Éliane.


— Ah! Dans ce cas, vous devriez aller voir le moulin. C’est tellement beau là-bas. Et faites un tour du côté de la pointe aussi. La vue sur le fleuve vaut le détour, surtout le matin.


— Ça pourrait être cool, répondit Olivia.


Madeleine se dirigea vers la porte, puis se retourna.


— Bon, mes chéries, je vais vous laisser manger tranquillement. Profitez bien de votre soirée, d’accord? Et Olivia, ne veille pas trop tard!


Olivia lui adressa un grand sourire.


— Promis. Bye, mamie! lança Olivia en lui faisant un petit signe de la main.


Olivia tendit l’oreille jusqu’à ce que ses pas s’éloignent dans le corridor. Elle déplia aussitôt la carte.


— J’aime pas ça lui mentir… Je lui ai jamais rien caché. Là, je me sens comme si je trahissais sa confiance.


— Je comprends... T'aurais préféré lui dire qu'on fait des recherches sur Tadoussac?

Olivia soupira.


— Pas vraiment... La connaissant, elle aurait posé genre mille questions.


Un silence s’installa entre elles. Leur discussion leur avait ouvert l’appétit. Elles se servirent enfin à manger, sans pour autant abandonner leurs recherches. Entre deux bouchées, elles continuèrent de faire défiler les informations sur leurs cellulaires.


— Bon… Tadoussac est à environ trois heures d’ici, dit Olivia.


— Trois heures? Sérieux?


— Un peu plus… un peu moins. Ça dépend du trajet.


Olivia se pencha vers Éliane et lui montra le trajet sur son écran.



— Tu vois, ici, il faudra prendre le traversier, puis continuer sur la route pendant un bon moment.


Après, on devra reprendre un traversier pour rejoindre Tadoussac.


Éliane leva les sourcils.


— Deux traversiers?


— Exact. C’est pas à l’autre bout du monde… mais c’est pas à côté non plus.


— On pourrait prendre l’autobus?


— Peut-être.


— Tu peux trouver un itinéraire avec les horaires?


Olivia fit défiler quelques pages.


— Il y a des autobus, mais les horaires ne sont pas géniaux.


— Comment ça?


— Il faudrait partir tôt et faire plusieurs correspondances. Et si on rate un autobus…


— On est coincées.


— Exactement.


Éliane réfléchit un moment.


— Il doit bien y avoir une autre solution.


Olivia esquissa un sourire, visiblement amusée.


— J’ai mieux que ça à te proposer… mon scooter.


Éliane cligna des yeux, comme si elle avait mal entendu.


— Ton… scooter?


— Oui. Il n’est pas très rapide, je te l’accorde, mais il a un coffre à l’arrière. Tu pourras y mettre ton sac à dos.


— On va vraiment partir à la recherche de notre sœur sur un… scooter?


— Pourquoi pas?


— C’est complètement ridicule.


— Non… c’est ce qu’on appelle vivre dangereusement! lança Olivia avec un clin d’œil.


— Super. J’espère au moins que ton vivre dangereusement inclut un casque, répondit Éliane.


— Arrête de stresser! Ça va bien aller. Enfin… j’espère, lança Olivia en riant. J’ai passé mon permis samedi dernier.


— Samedi dernier? De mieux en mieux…


— Oh, arrête de t’en faire. Je suis certaine que je maîtrise.


Éliane leva les yeux au ciel, mi-découragée, mi-amusée.


Olivia se redressa d’un bond.


— Minute! Il faut qu’on prépare nos affaires.


Elle se dirigea vers son garde-robe. Éliane la suivit des yeux.


— T’es certaine que tu vas réussir à ouvrir la porte sans tout faire tomber?


Olivia se retourna.


— Très drôle…



À peine eut-elle le temps d’entrouvrir la porte qu’une pile d’objets de toutes sortes s’écroula sur le sol.


Éliane éclata de rire.


— Wow! Ça, c'est vivre dangereusement...


— Vas-y, gêne-toi pas!


Olivia enjamba tant bien que mal les objets éparpillés sur le sol.


— Tu sauras que, dans mon bordel, tout est à sa place!


Elle fouilla parmi tout ce bazar avant d’en sortir un petit sac de transport.


— Tada!


Olivia posa fièrement le sac sur le lit.


— On va pouvoir mettre nos vêtements là-dedans… et tout ce qu’il nous faut pour le voyage.


— Faudrait quand même voyager léger.


— Ouais, t’as raison.



21 h 00


Après une bonne trentaine de minutes à tout préparer, les deux filles s’écroulèrent sur le lit. Elles étaient crevées, mais franchement contentes. Elles avaient un moyen de transport, un itinéraire, un sac… et surtout, une destination : Tadoussac.


Olivia ne disait plus rien. Elle fixait le plafond, sérieuse.


Éliane remarqua aussitôt son changement d’attitude.


— Oli… qu’est-ce qu’il y a?


— Je pensais à mes grands-parents… Je sais pas comment je vais leur annoncer ça. J'ai mal au ventre juste à l'idée...


Éliane se rapprocha d'elle et posa doucement une main sur son épaule.


— Hé, là... calme-toi. Respire.


Olivia prit une grande inspiration, mais sa voix resta tremblante.


— Depuis l’accident, ils ont toujours été là pour moi. Ils m’ont accueillie chez eux, ils ont tout fait pour m’aider… Et là, je vais leur dire que je pars avec toi... J’ai l’impression de les laisser tomber.


— Tu les laisses pas tomber.


— Je sais… mais eux, ils vont peut-être pas le voir comme ça.


— Tu sais, tu dois juste trouver la bonne façon de leur dire.


Olivia grimaça.


— Facile à dire...


Elle détourna les yeux, visiblement agacée.


— Je pourrai jamais leur annoncer ça en face, parce que si je les vois…


Elle s’arrêta un instant, la gorge nouée.


— Je me connais… je vais craquer.


— Et tu vas rester?


Olivia hocha lentement la tête.


— C’est certain. Je vais culpabiliser et finalement, je partirai pas.


Éliane réfléchit un instant avant de proposer :


— Alors, écris-leur une lettre.


Olivia se redressa.


— Une lettre?


— Ben oui. Si c’est plus facile pour toi de leur dire les choses par écrit, fais-le.


Olivia resta songeuse un moment avant de hocher la tête. Elle se leva, ouvrit le tiroir de sa table de chevet et en sortit un carnet ainsi qu’un crayon.


Elle alla s’asseoir sur le lit, posa le crayon sur la feuille et resta un moment sans savoir quoi écrire. Finalement, elle prit une grande inspiration et se lança.



Chers Mamie et Papi,


Pour commencer, je veux vous dire merci pour tout ce que vous avez fait pour moi depuis l’accident. Vous m'avez donné un chez-moi et surtout, tellement d’amour. Je ne pourrai jamais vous rendre tout ce que vous avez fait pour moi.


J’ai quelque chose à vous annoncer, et je ne sais vraiment pas comment vous le dire. Je suis désolée de vous l’écrire dans une lettre, mais si je vous l’avais dit en face, je n’aurais jamais trouvé le courage de partir. Je vous aurais regardés… et je serais restée.


Une larme roula sur la joue d’Olivia et tomba sur la feuille. Elle l’essuya rapidement du bout du doigt avant de reprendre son crayon. Les mots semblaient soudain beaucoup plus difficiles à écrire.


Aujourd’hui, il s’est passé quelque chose que je n’aurais jamais imaginé. J’ai rencontré Éliane, et j’ai découvert qu’elle était ma sœur. Et il semblerait que j'ai d'autres soeurs quelque part. Vous vous rendez compte? C'est complètement fou!


Je ne comprends pas encore tout ce qui se passe, mais je sais que je dois partir avec Éliane pour les retrouver. On va aller à Tadoussac. Je ne sais pas combien de temps je serai partie, mais je sais que si je n’y vais pas maintenant, je risque de le regretter toute ma vie.


Je ne veux surtout pas que vous pensiez que je vous abandonne. Une fois à Tadoussac, je vais vous appeler. Je vous le promets.


Je vous aime tellement.


Votre petite Olive 💓


Olivia posa son crayon.


— Tu crois qu’ils vont comprendre?


Éliane se pencha vers elle pour relire quelques lignes.


— Olive?


— Ben oui! Depuis que je suis toute petite, ma grand-mère m’appelle Oli… ou Olive.


— Olive… C’est trop cute! se moqua Éliane.


Olivia lui tira la langue avant de déposer le carnet sur la petite commode, près de la lampe. Son regard s’arrêta ensuite sur le sac de voyage posé sur le lit.


— Sérieux… tout ce que j’ai tient là-dedans, dit-elle en pointant le sac.


Leurs regards se croisèrent. Elles étaient sœurs depuis à peine quelques heures, et pourtant, quelque chose avait déjà changé entre elles.


Elles avaient encore beaucoup de questions. Beaucoup de choses à découvrir, mais maintenant, elles allaient les affronter ensemble.


Olivia attrapa son cellulaire.


— Bon… il est déjà passé neuf heures.


— Et?


— Je mets mon alarme à six heures.


Éliane ouvrit de grands yeux.


— Six heures?! T’es malade!


— Ben quoi? Je te rappelle, chère sœur, qu'on a trois heures de route à faire...


Éliane se glissa sous les couvertures.


— Tu penses qu’on va réussir à dormir?


Olivia éteignit la lampe.


— Dormir? Aucune chance.


Éliane soupira en remontant les couvertures jusqu’à son menton. Tant pis pour le sommeil.

Demain, elles prenaient la route. Tadoussac les attendait… et Lyla aussi, quelque part.


Fin de la partie 3.


Direction Tadoussac pour Olivia et Éliane! Pour Olivia, ça signifie dire au revoir à ses grands-parents, quitter tout ce qu'elle connaît et se lancer vers l'inconnu... avec une sœur qu'elle vient à peine de rencontrer.


La suite t'intrigue? Alors, ne manque pas la partie 1 du chapitre 9... elle t'attend!


Bonne lecture ! 🤎


France





👉 Tome 1


 
 

Merci de voyager à travers les mots avec moi !

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